Allez hop, pour la route...
Car quitte à parler d'un conflit entre deux nations un minimum est d'avoir une idée de leur histoire commune.
Hugues a écrit:En 1863, la Russie combattait déjà les Nazi...
C'est la première page d'un oukase secret (un décret secret) transmis aux comités de censure territoriaux de l'Empire Russe.Circulaire du ministre de l'intérieur P. A. Valuev
Aux commissions de censure de Kiev, Moscou et Pétersbourg du 18 juillet 1863
Il y a déjà longtemps que l'on se dispute dans notre presse sur la possibilité de l'existence d'une littérature petite russe indépendante. Le motif de ces disputes était les œuvres de certains écrivains, qui se distinguaient par un talent plus ou moins remarquable ou par leur originalité. Récemment, la question de la littérature petite-russe a pris un caractère différent par suite de circonstances purement politiques qui n'ont rien à voir avec les intérêts littéraires proprement dits. Les anciens ouvrages en langue petite russe ne visaient que les classes instruites du sud de la Russie, mais maintenant les adeptes de la nationalité petite russe ont tourné leur regard vers les masses non éclairées, et ceux d'entre eux qui s'efforcent de réaliser leurs plans politiques ont, sous sous prétexte de répandre l'alphabétisation et l'illumination, s'est mis à publier des livres d'apprentissage de la lecture, des abécédaires, des grammaires, de la géographie, etc. Parmi ces personnalités, il y avait de nombreuses personnes dont les actions criminelles ont fait l'objet d'une enquête par une commission spéciale.
À Saint-Pétersbourg, des dons sont même collectés pour la publication de livres bon marché dans le dialecte du sud de la Russie. Beaucoup de ces livres ont déjà été soumis pour examen au Comité de censure de Saint-Pétersbourg. Un nombre considérable de ces livres sont soumis au Comité de censure de Kiev. Ce dernier émet des réserves particulières quant à l'autorisation des publications mentionnées, compte tenu des circonstances suivantes : l'enseignement dans toutes les écoles, sans exception, est dispensé dans la langue panrusse et l'utilisation de la langue petite russe dans les écoles n'est autorisée nulle part ; non seulement la question même de l'utilité et de la possibilité d'utiliser ce dialecte dans les écoles n'est pas résolue, mais même l'initiation de cette question est acceptée par la majorité des Petits Russes avec indignation, souvent exprimée dans la presse. Cela prouve très bien qu'il n'y avait pas, il n'y a pas et il ne pourra y avoir de langue distincte du petit russe, et que leur dialecte, utilisé par le peuple, est la même langue russe, seulement gâtée par l'influence de la Pologne sur elle ; que la langue russe générale est tout aussi compréhensible pour les Petits Russes que pour les Grands Russes, et même beaucoup plus compréhensible que la langue dite Ukrainienne que leur composent actuellement quelques Petits Russes, et surtout certains Polonais. La majorité des Petits Russes eux-mêmes reprochent aux personnes de ce cercle, qui s'efforce de prouver le contraire, des plans séparatistes, hostiles à la Russie et désastreux pour la Petite Russie.
Ce phénomène est d'autant plus déplorable et mérite l'attention qu'il coïncide avec les intentions politiques des Polonais, et leur doit presque son origine, à en juger par les manuscrits venus à la censure, et par le fait que la plupart des écrits de la petite Russie viennent vraiment des Polonais. Enfin, le Gouverneur général de Kiev trouve également dangereux et nuisible de publier la traduction en petit russe du Nouveau Testament, alors qu'il est désormais examiné par la censure spirituelle.
Tenant compte, d'une part, de l'état actuel alarmant de la société, agitée par les événements politiques, et, d'autre part, sachant que la question de l'alphabétisation dans les dialectes locaux n'a pas encore été définitivement résolue par la loi, le ministre de l'Intérieur a jugé nécessaire, désormais avant de s'entendre avec le ministre de l'Instruction publique, le procureur général du Saint-Synode et le chef des gendarmes concernant l'impression de livres en petit russe, de prendre l'arrêté du département de censure que seules les œuvres dans cette langue qui appartiennent au domaine de la belle littérature sont autorisées à être imprimées ; l'émission de livres dans la langue du petit russe, à la fois au contenu spirituel, éducatif et généralement destiné à l'apprentissage de la lecture pour le peuple, doit être suspendue. A propos de cet ordre, il fut soumis à la plus haute vue de l'empereur, et Sa Majesté se plut à l'honorer de l'approbation royale.
Toute ressemblance .... ne seraient que purement fortuite (non)
Cet oukase est considéré comme une des plus importantes fractures qui ont séparé les nations russes et ukrainiennes.
Un partie des historiens défendent Valuev en disant que la circulaire dans les intentions de son auteur, ne devait durer que quelques mois ou une ou deux années.. Elles étaient liées aux circonstances, de l'Insurrection de Janvier, la dernière manifestation de nationalisme polonais avant la renaissance de la Pologne en 1918 après le conflit mondial, qui aura disparu des cartes plus de 100 ans (et plus encore si on compte que l'état polonais napoléonien n'a été que de courte existence et que la véritable disparition de l'état polo-lithuanien, la République des Deux Nations, date de 1795 - on en a déjà parlé sur le forum, en trois joli repas gastronomiques de la Russie, de la Prusse et de l'Autriche-Hongrie entre 1772 et 1795), où l'on voulait éviter que le soulèvement polonais se prolonge chez les Petits Russes.
Si on accepte cette hypothèse ce devait donc durer une ou deux années..
Cela durera en réalité plus de 42 ans.
Car ce décret ouvre la boite de Pandore et sera l'inspiratoin en 1876, pour Alexandre II (le même empereur), d'un autre décret, interdisant complètement l'usage de la langue (dans le seul domaine où c'était encore autorisé, la littérature), la publication de livres, l'importation de livres etc...
Je le reproduirai volontiers..
En mars 1905, l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg enverra un rapport au gouvernement déclarant que les recherches linguistiques les plus récentes démontrent une erreur historique, que l'ukrainien est une langue indépendante et recommandant l'abrogation des actes anti-ukrainiens de 1863 et 1876.
À la fin de 1905, des périodiques ukrainiens commenceront à paraître. En 1906, 18 journaux et magazines ukrainiens seront publiés à Kiev, Kharkov, Odessa, Katerynoslav, Lubny et d'autres villes d'Ukraine, ainsi qu'à Saint-Pétersbourg et à Moscou.
La Russie est donc un éléphant craintif qui a toujours eu peur de souris (imaginairement nazies)...
Hugues
L'histoire des nations dépasse les histoires de leur dirigeants individuels. Ca s'inscrit inconsciemment dans la culture et la langue.
Cette conception des Russes envers les Ukrainiens ça fait 300 ans qu'elle justifie toute sorte d'actes, vus comme raisonnables côté Russes.
Si Pavlo Tchoubinski écrit en 1863 son poème "Ще не вмерла, Україна" / "L'Ukraine n'est pas encore morte", c'est qu'il y a bien des raisons historiques.
L'ignorer, c'est ne pas comprendre une composante majeure du conflit.
D'un côté donc un peuple qui n'existe pas, et de l'autre des territoires du peuple qui n'existe pas (donc des territoires Russes, puisqu'il n'existe pas) qu'il faut récupérer,
Et un peuple qui n'existe pas qui en fait existe..
Voilà le pourquoi de cette guerre.
Hugues