Garion a écrit:C'est bien joli le blabla de Poutine.
Mais, est-ce qu'ils n'ont pas envahi la Crimée ? (un territoire qu'ils avaient cédé et qui donc leur appartenait plus ?)
Garion, très respectueusement, je ne crois pas que ce soit un argument très valable, pour pleins de raisons...
D'abord, la cession de la Crimée en 1954, tient du symbolisme... Là encore pour plusieurs raisons.
- Officiellement c'est fait en forme de cadeau d'amitiié du peuple russe au peuple ukrainien, pour célébrer les 300 ans un d'un traité, considéré (avec un peu d'abus) comme le début de la fusion de la région géographique Ukraine dans la Russie (la nation ukrainienne n'existe pas vraiment, et ce n'est pas sûr qu'elle existe à cette heure, n'en déplais à certains amis ukrainiens)
- Il y a une autre justification officielle à l'époque (j'éditerai sans doute pour la préciser si je la retrouve, ou effacer ou rayer, si c'était un souvenir erroné)
- En pratique, c'est encore très symbolique vu de l'Union Soviétique puisque cette rétrocession revient à céder une région à une autre région.. Certes, la constitution des Républiques soviétiques et de l'Union soviétique impose qu'une telle décision frontalière soit faite en accord avec les Républiques.. et c'est bien le cas puisque les deux Républiques votent pour approuver le changement.. Mais l'Union soviétique en pratique contrôle ces deux parlements..
- C'est donc une rétrocession pour des raisons festives, et politiques et non pour rendre réellement un territoire à l'Ukraine
- Il y a des raisons officieuses (je donnerai si nessaire quelques sources de chercheurs à ce sujet).. le but était de faire comme en Lituanie et Estonie, où l'on avait encouragé les Russes à s'installer, c'est à dire russifier les Républiques soviétiques satellites de la Russie... Là, la dilution étant plus difficile (il y a beaucoup d'Ukrainiens), on s'aide en ajoutant une grosse population russe (enfin futur-ex-russe, disons russophone) à la République soviétique d'Ukraine... Ce qui au départ peut paraitre un peu un effort vain, ça une région russophone avant est russophone après mais ne change pas la réalité en dehors de ses forntières... Sauf que, les jeux de mutation, l'envie même de monter à la capitale est plus facile au sein des républiques qu'en franchissant leur frontière.. donc la russophonie se diffuse à partir de la Crimée, principalement vers la capitale Kiev mais aussi dans le reste du pays, à titre moindre..
Bref, reprendre la Crimée, c'est inverser une décision tout à fait arbitraire, qui a été prise par un grand ensemble qui n'était pas la Russie, au dépends de la Russie (même si certes dominé par les Russes et qui se voyait comme une extension de la Russie), parce qu'à l'époque ce n'était pas vu comme préjudiciable à la Russie (justement parce que l'URSS était une extension de la Russie), décision qui en pratique n'avait que peu de conséquence mais qui une fois que les pays acquiert une réelle indépendance peut être vu comme préjudiciable à la Russie.
Qu'il y ait un sentiment ukrainien de dépossession vis à vis de la Crimée est en réalité assez absurde et soit le fruit d'ignorants, soit le fruit de gens qui soufflent sur le nationalisme ukrainien pour des intérêts politiciens...
À tout ça, on peut ajouter bon nombre de considération (qui me feraient peut-être regarder de travers par quelques amis mais c'est la vérité historique)...
Je ne vais pas écrire que l'Ukraine est une nation fantoche... car le sentiment national commence à être ancré et réel (par commence, je veux dire depuis le début du XXe siècle.. il faut le voir à cette échelle)
Mais disons que ça n'en est pas loin, et que c'est un peu une invention artificielle de l'histoire auxquels les gens ont fini par croire...
(Un peu comme la Belgique quoi... c'est une invention artificielle mais bon, un jour les gens finiront par y croire que ils sont une vraie nation.. ah on me dit que c'est le cas parfois oups... surement des gens mal informés.. )
Dans ce qui forme une nation, il y a en grande partie la langue...
Le biélorusse, l'ukrainien et le russe descendent de la même langue, qui a une autre dénomination que celle que je vais employer mais qu'on pourrait appeler le Vieux Russe.
Deux phénomènes à l'évolution sont à l'oeuvre...
L'extension géographique naturelleme fait naturellement naitre des différences d'accents et de vocabulaire.
Et par ailleurs, parce que ces territoire sont occupés par d'autres conquérants que les Russes, ils subissent l'influence de langues extérieures, des nouveaux mots sont introduits, des différences grammaticales (sachant que les langues qui influencent sont quand même de la même familles des langues slaves et ne sont pas à l'époque si éloignées du Vieux Russe ... donc les apports sont logiques, et ne bouleversent pas le Vieux Russe comme pourrait le faire la rencontre de langues "hétérogènes" (genre le français et le cambodgien), ils l'enrichissent de différences selon la région..
Géographiquement, il n'y a pas de discontinuité soudaine, plus on s'éloigne de Moscou vers l'ouest et le sud ouest, plus l'accent change, plus les mots sont quelques peu différents, mais c'est bien une continuité de la même langue?
Le biélorusse et l'ukranien (qui dans un premier temps sont si peu différencié qu'on les appelle le Ruthénien dans beaucoup de territoires extérieur, notamment l'Europe Centrale ou l'Europe de l'Ouest), comme une seule et même langue - (remarquez l'usage du "Ru" qui n'est pas un hasard)
A l'époque, d'ailleurs, les élites ruthénienne essaient de s'exprmier et d'écrire dans un langue commune aux deux dialectes (ukrainien et biélorusse) en formation, ce qui a deux effets... uniformisatoin du biélorusse et de l'ukrainien (les influences différentes qu'ils ont subies) sont mélangées et leur éloignement est réduit..
Ca a aussi pour effet d'éloigner les deux langues un peu du "Nouveau Russe" en formation.
Tout ce blabla linguistique pour dire quoi
Que la nation ukrainenne et la nation russe, tout comme leur langue, longtemps se confondent.. Donc c'est difficile de dire, à la Russie qu'elle ne serait pas légitime à revendiquer des territoires sur l'ouest de l'Ukraine.. d'autant plus que la nation russe est plus ancienne (ou pour le dire autrement, le sentiment national ukrainien s'est détaché tardivement du sentiment national russe). Longtemps les Ukrainiens, même occupés par d'autres puissancs que la russie se sont vus comme des Russes occupés par des occupants...
D'ailleurs il serait temps de les citer .. certes on pourrait parler quelque peu de la Hongrie et l'Autriche Hongrie sur une part du territoire mais c'est un détail tardif je pense..
On peut songer aussi aux Ottomans...
Je pensais plutôt à la Pologne et la Lituanie (à l'époque Lithuanie) (qui l'une et l'aurte vont occuper d'abord alternativement, ces territoires biélorusses et ukrainiens, puis concomitamment - l'une influençant le nord et l'autre le sud..), et plus tard à la République des Deux Nations qu'elles vont former par la suite en fusionnant sous une même couronne.
Donc le th du Ruthénien... (bref pour simplifier du
Russe influencer par les Polo-Li
thuanien)
Ces Russes occupés par les occupants justement vont inventer le sentiment national ukrainien à ce moment là, pour aider à leur libération... Mais une libération pas pour créer l'Ukraine ou la Biélorussie puisque le premier geste que va faire celui qui en est à l'origine de la naissance de ce snetiment national ukrainien et biélorusse (dans une fédération envisagée ruthénienne) est de rejoindre le Tsarat de Russie (bref je n'exagère quand je disais des "Russes occupés par des occupants")
On appelle ces évènements parfois les Guerres Cossaques, mais plus souvent peut être sous le nom de soulèvement de Khmelnytsky ... Du nom (Bohdan Khmelnytsky) de celui qui leva la révolte... mais qui aussi livra les territoires au Tsar..
Il est à la fois père du sentiment national biélorusse et ukrainien.. et en même temps, il a fait ça lui même par nationalisme russe... (tout comme tous ceux qui le suivaient)
Donc son rôle est ambivalent dans l'histoire ukrainienne, certains le voient comme le premier des ukrainiens, d'autres comme le traitre suprême ..
Depuis que s'est-il passé.. bon entre le XVIIe siècle (et ce retour à la domination russe) et le début du XXème il va y avoir certains qui vont souffler sur ce sentiment national inventé de toute pièce...
Il y a une littérature aussi qui se forme par résistance au russe (le tsarat esssaie de réuniformiser la langue et se heurte à des résistances et ça a les deux effets.. d'un côté les deux langues se rapprochent mais de l'autre, un peu comme quand le judaïsme ou le protestantisme devait être caché et renforçait les croyances, justement parce que c'était vu comme un élément identitaire à protéger... la langue un peu différente, légèrement batarde de la langue officielle qu'on ne peut parler, on la protège.. et si les grammaires assez prochent se rapprochent - par effet de volonté centralisatrice tsariste ... on invente par rébellion des mots différents)
Tant et si bien qu'au XXième siècle, quand le tsarat s'effondre... et que officiellement les bolchéviksencourage les peuples à devenir maitre d'eux même, plusieurs formes de républiques ukrainiennes sont créées en 1917-1918 (d'abord par des gens inspirés par les bolchéviks, puis, en réaction, par l'Empire Allemand, qui veut garder ces territoires sous sa domination et utlise le prétexte du nationalisme ukrainien "v'nez avec nous, on va faire l'Ukraine si si..").. Qui redisparaissent conquisent par la Russie (avec l'approbation de l'Entente Cordiale), qui bien qu'étant sortie de la Guerre à cause de la guerre civile, fait quand même le ménage à ses frontières...
Ce qui se passe de toute façon dès 1917 en Ukraine se confond avec la guerre civile et la révolution russe. Bref pendant quelques années c'est le bordel
Et finalement après quelques années, nous aboutissons à une république soviétique ukrainienne (sans doute en vue de ménager le sentiment national (qui est plutôt à l'échelle de la Russie un sentiment régional)) qui est là pour que l'Ukraine reste Russe (ce qu'elle est fondamentalement finalement) tout en pouvant revendiquer à une légère autonomie, légère originalité...
Sous les soviets, il y aura des courants différents ... après les premières années à louer les particularismes des différentes républiques soviétiques, sous le stalinisme on va à nouveau russophonifier les langues dissidentes... (ce qui crée des réactions en terme de vocabulaire dans le même temps tout en rapprochant les grammaires).. puis à partir de la déstalinisation, on va être à nouveau plus coulant avec l'Ukrainien et le Biélorusse
Et souffler sur le nationalisme
Ca a pour effet que ce qui était une variation géographique progressive, devient avec à la fois la russification forcée qui crée des réaction, mais aussi avec l'encouragement du nationalisme (avec l'aide aussi des moyens de communication) une divergence géographique plus soudaine, et marquée, par plus d'homogénéité. Et une plus forte divergence des langues (par réaction en Ukraine à la russophonification, on a créé des mots pour montrer qu'on était pas russe ... cependant la parenté existe toujours très fortement, mais elle n'est remarquable que dans un sens... comme l'Ukrainien a des mots "russes" et "ukraniens" dans son vocabulaire (il a même plusieurs mots pour la même chose, par exemple un mot russe et un mot ukrainien pour le lait), tandis que l'inverse est quasi inexistant, un locuteur ukrainophone qui n'aurait jamais été en contact de sa vie avec le russe (supposition en pratique absurde, mais ça peut peut-être exister) va le comprendre facilement.. A l'inverse, du point de vue d'un russophone qui n'aurait jamais été en contact avec l'ukrainien (et là c'est probable, genre si il vient de Moscou), l'ukrainien va être une langue incompréhensible pour toute une part des mots...
Mais de la fin du XVIIIe siècle jusqu'à quasiment les années 60 ou 70 (du XXe), voilà comment on voit les différentes langues et les différents senitments "nationaux" d'un point de vue russe (et même d'un point de vue de beaucoup de capitales et de géographes étrangers):
- les Grand Russes (les Russes actuels) et la Grande Russie (la Russie)
- les Petits Russes (les Ukrainiens actuels) et la Petite Russie (l'Ukraine)
- les Russes Blancs (les Biélorusses actuels) et la Russie Blanche (la Biélorussie)
Et même si c'est une interprétation pro-russe ce n'est pas factuellement factuellement faux vu ce que j'ai résumé dans ce post.
Bref, il faut quand même comprendre aussi les Russes, qui certes se trouvent face à un sentiment régional/national ukrainien vieux de 3 siècles et demi.. mais face à un pays qui n'est en pratique apparu sur les cartes qu'il y a 30 ans... (à part une ou deux brèves apparitions dans l'histoire, totalisant au plus deux ans..)... Et dont les frontières ne sont pas si sacrées (d'ailleurs même les vieilles frontières ne le sont pas... on le voit si on regard el'histoire du monde.. parfois de vieille frontirèes sont bouleversées)
N'en déplaise à quelques connaissances ukrainiennes donc..
D'ailleurs pour terminer, l'Ukraine, c'est un peu la Belgique de la Mer Noire... Suivant sa famille on y parle soit l'ukrainien, soit le russe... souvent on sait comprendre les deux langues, parfois parler les deux aussi (surtout à Kiev qui du fait que les criméens sont montés à la capitale comme je l'expliquais, mais aussi de la russonification tsariste et staliniste, mais aussi de la guerre de 2014, qui a fait partir beaucoup de famille russophones de Louhansk et Donetsk soit vers la Russie soit vers Kiev, est beaucoup plus russophone que la région qui l'entoure)
Mais en même temps, le russe bien que officiellement minoritaire dans le pays (mais est-ce vrai), est quand même vu comme un lien commun... À Kiev, et souvent dans le reste de l'Ukraine, quand un inconnu dit merci à un autre inconnu (genre vous tenez une porte, et aucun des deux ne sait si l'autre parle la même langue), le premier réflexe va être de dire Spasibo (Spasiba en prononciation) plutôt que l'ukrainien Dyakuyu (Dyakouyou en prononciant). Parce que Spasiba est dans les deux langues (mais très très peu utilisé en ukrainien)... alors que Dyakouyou n'est que dans une seule...
Hugues
PS: Bon et encore j'ai tu la particularité de l'ukrainien de l'ouest du pays, que même les ukrainophones du reste du pays ne comprennent quasiment pas.. (autant dire que c'est quand même plus marqué que la différence entre le marseillais et le parisien )