Shunt a écrit:Que l'on soit d'accord. Je n'ai jamais dit que "Twilight" était un grand film, hein. Et je préfère de loin les "teen movies" de John Hugues à Twilight. Qu'il n'y ait aucune ambiguité là-dessus.
On est d'accord. D'ailleurs, je dois reconnaître que "Twilight" est un film bien fait, dans le sens où il ne cherche pas à trop se hausser du col, il prend son temps pour raconter son histoire.
Comme beaucoup d'ados, en même temps... moi cette scène de la chambre m'a fait rire. Parce que la gamine est en extase devant son prince charmant : il est beau, il est riche, il est fort, il écoute Debussy et joue divinement du piano (scène sans doute la plus kitsch du film). Plus jeune, j'ai connu pas de mal de nénettes qui se laissaient hypnotiser par ce genre de choses, par l'apparat. Aux yeux d'Isabella, Edward est le petit ami rêvé, le jeune homme parfait et bien sous tous rapports (excepté qu'il veut la "croquer" frénétiquement). La gamine nourrit en plus une sorte de complexe de classe. La différence avec son amoureux n'est pas seulement biologique, elle est aussi sociologique. Je n'ai vu pour l'instant que le "1", je ne sais pas du tout comment l'histoire de leur relation va évoluer. Disons que pour un chapitre 1, je peux comprendre cette mise en scène idéalisée, car l'idéalisation du partenaire, c'est quelque chose de récurrent dans les amours adolescentes.
Oui. Mais qu'est-ce que nous dit le film ? En vrac: le héros est beau, mystérieux et riche (facile à idéaliser donc), c'est un vampire (immortel, dangereux, singulier). Moi je veux bien comprendre que la jeune fille voit son amour comme singulier, unique, extra-ordinaire, mais enfin ! Le film doit-il pour autant épouser ce point de vue, en fait confirmer cette illusion: oui celui que tu aimes est bien cet être unique qui te fera entrer dans un univers à part. Au contraire, il semblerait toujours salutaire de montrer la réalité, ce petit ami idéal n'est en fait qu'un "snob" qui utilise une image, une pose, pour séduire et se mettre en valeur.
Passons sur les stéréotypes entretenus par le film, mais c'est vrai que j'ai du mal à ne pas lire le film sous ce double angle: pose romantique d'un côté; manuel à l'égard des jeunes filles de l'autre, avec sa morale, "faites attention aux hommes, ils peuvent vous mordre", c'est-à-dire nous déflorer.
A mes yeux, Bueller n'est pas seulement un passeur. Lui-même prend une leçon quand Cameron défonce le garage de son père. Il prend également une leçon quand sa soeur lui sauve la mise face à Rooney. Ce n'est pas seulement le génie de la lampe. Lui même est métamorphosé à l'issue de cette "folle journée".
Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il a été métamorphosé. Mais c'est vrai, si on regarde attentivement le personnage de Ferris (tellement bien joué par Matthew Broderick), on peut apercevoir comme une faille, une fragilité, soit un personnage qui sait qu'il compose un personnage. Le film est d'autant plus pertinent qu'il s'enrichit selon l'âge du spectateur, plus on sait, plus on voit. Il y a dans ce personnage quelque chose qui ressemble à un numéro d'équilibriste, une légère peur du vide qui se communique insidieusement à ceux qui regardent le film, histoire de nous rappeler que tous les personnages du film sont humains.
Il y a une réplique qui dit tout ça, à la fin du film. Quand Ferris revient dans sa chambre, qu'il n'est pas supposé avoir quittée, ses parents le retrouvent miraculeusement dans son lit et il leur joue la comédie. Sa mère lui demande:
"How do you get to be so sweet?" et il répond, "Years of practice".
Au fond, tout le monde fait semblant. Mais ce n'est pas grave. C'est normal. Être entièrement soi-même, c'est être insupportable. Le film s'éclaire quand on comprend que les personnages se complètent: il y a un temps pour faire semblant et un temps pour tenir tête.
Je reconnais que j'ai forcé le trait dans mon analyseJe trouve en plus l'histoire de cette quête très très drôle. Il n'empêche que Bueller est un arnaqueur. Sympathique. Mais un vrai arnaqueur.
Mais il a quelque chose d'antipathique ! Sinon, son personnage serait sans grand intérêt. C'est une tête à claques, sa soeur a aussi de bonnes raisons de s'énerver. Qui n'en veut pas un peu dans un dessin animé à ses personnages qui s'en sortent toujours à la grande humiliation de celui qui les poursuit ? Il y a quelque chose d'intolérable, de provocant même dans cette décontraction et ce sourire affiché. Mais qui peut en vouloir à un être d'être simplement ce qu'il est. Et qu'est-il sinon un pur personnage de comédie, une plume. L'incarnation d'une certaine légèreté dans monde de plomb, un vent de folie, de fantaisie, soit le déploiement de la pleine puissance de l'imagination.
Ce déploiement serait superficiel sans la présence de Cameron (Alan Ruck) qui oppose lui une autre possibilité existentielle: l'introversion. Il y a un moment suspendu (au bord de la piscine) où on sent qu'il est au point de rupture, dans un état de catatonie. On sait sans qu'il soit besoin de l'expliciter qu'au fond la vie ce n'est pas toujours rigolo, d'où l'intérêt de prendre un jour de congé, de faire un pas de côté. C'est le mouvement (Bueller) qui vient rompre la tentation de l'immobilisme chez Cameron (et tout le trajet parcouru dans cette journée), et il l'explique ensuite dans une longue séquence près du garage chez lui, où le film tente un double trajet: l'impossible retour en arrière (ce qui est fait est fait), donc le caractère irréversible de notre existence (symbolisé par la tentative de suspendre la ferrari sur une cale et de faire défiler le compteur kilométrique à l'envers) qui nous dit également que tout cela n'est pas qu'une illusion, et le quasi monologue de Cameron qui revient par la parole (itinéraire verbal) sur son trajet mental.
En fait, je connais surtout "Ferris Bueller", qui était un film culte de mon adolescence et que j'ai racheté en DVD. Faudrait que je revois "Breakfast Club" dont je n'ai que de très très vagues souvenirs.
Sinon puisqu'on parle teen-movies, tu penses quoi du "American Graffiti" de George Lucas ?
"American Graffiti" ? Je pense que c'est un des meilleur films de George Lucas (sinon le meilleur, tout simplement), à la fois drôle et grave, gentiment nostalgique, bref très réussi. Même si je préfère quand même (et je te le recommande si tu ne l'as jamais vu) "Peggy Sue got married" de Coppola, autre film nostalgique mais au point de vue plus complexe et passionnant. Ce sont deux films sincères, dans le bon sens du terme, intègres dans ce qu'ils montrent. Qu'est-ce qu'une frontière, ce moment fluctuant où l'on a conscience que l'enfance est déjà derrière nous et que nous ne sommes pas encore vraiment des adultes. C'est cette brève suspension, cette fragile épiphanie que montre très bien et le film de Lucas et celui de Coppola.
Et de John Hughes, oui évidemment revoir "The Breakfast Club", une variation plus sérieuse sur des thèmes qui sont déjà abordés dans son premier film, le très réussi "Sixteen Candles".
Silverwitch









