Noël tragique à Madison Avenue : le premier mort de Wall StreetAUTEUR: Michel PORCHERON
(avec la presse française)
Thierry de la Villehuchet, 65 ans, co-fondateur de Access International, société feeder fund, qui a levé 1,5 milliards d’euros en Europe pour les investir chez Bernard Madoff, s'est donné la mort mardi matin à New York dans son bureau.
Thierry Magon de la Villehuchet, Français installé depuis longtemps à New York, n'aurait pas résisté à la pression qui a suivi l'éclatement du scandale. Il craignait que ses clients n'intentent des actions en justice contre lui. Il a été retrouvé mort dans son bureau de la Madison Avenue.
Pièce du système Madoff, du nom de ce financier new-yorkais accusé d'une fraude de 50 milliards de dollars (35,7 milliards d'euros), il assurait la promotion de fonds auprès de grosses fortunes européennes. Il les a ruinées, il a préféré mettre fin à ses jours.
« Depuis une semaine, a raconté un de ses proches, il cherchait nuit et jour le moyen de récupérer la mise de ses investisseurs, en menant une action aux Etats-Unis contre des responsables américains. Il n'a pas supporté la course à la recherche des responsabilités à laquelle se sont livrés les Européens » (La Tribune.fr)
L’affaire Madoff fait son premier mort
Le suicide de la Villehuchet (premier suicide connu depuis le début de l’affaire Madoff) intervient au moment où les interrogations sur la capacité de Madoff à avoir agi seul se multiplient. Plusieurs experts américains en fraude estiment que Bernard Madoff bénéficiait de complices pour monter une escroquerie d'une telle ampleur et pendant aussi longtemps. Pour l'instant, seul « Bernie » Madoff a été incriminé.
Les fonds levés auprès de Madoff « dans le cadre du fonds Luxalpha déposé chez UBS » représentaient la quasi-totalité de la gestion (2 milliards) de Thierry de la Villehuchet.
Ainsi l'affaire Madoff a fait son premier mort, un homme qui se suicide. Le corps a été trouvé par un agent de sécurité de l'immeuble où se trouve la société de Thierry de la Villehuchet qui avait les deux poignets tailladés. Un couteau a été trouvé sur le sol ainsi qu’une boîte ou un flacon de somnifères. Les enquêteurs n'ont trouvé aucune trace de note écrite.
Dans son édition de lundi 23 décembre, le journal économique français Les Echos soulignait que la société de conseil en investissement de Villehuchet était « en grande difficulté » suite à la révélation des 50 milliards de pertes du fonds Madoff.
Apparemment, l’homme d’affaires français était étranger aux gigantesques escroqueries de Bernard Madoff. Le principe de sa collecte était simple : il consistait à promouvoir les formidables performances du fonds de Bernard Madoff et à faire croire aux « heureux élus » qu’ils pouvaient bénéficier de rendements très intéressants : de 4 à 10 % alors que les marchés boursiers plongeaient depuis plusieurs mois. Mardi Thierry de la Villehuchet était décrit par un proche comme un « type parfaitement honnête ».

Bernie Madoff, vu par François Delabruyère
Les feeder funds du puzzle Madoff : complices ou victimes ?
Access International est un feeder fund, une structure qui recueille des capitaux auprès de banques, des hedge funds ou des associations philanthropiques pour les confier à un gestionnaire. Access International mais aussi Kingate, Fairfield, Optima, Ascot ou Thema, etc., toutes ces enseignes défrayent aujourd'hui la chronique. Elles étaient inconnues au bataillon des stars financières. L'espace d'un scandale, les feeder funds, apparus il y a une dizaine d'années, sont devenus le nouveau symbole des maux de la planète finance (Le Monde)
Selon le Figaro (24 décembre 2008), créé en 2003 par Patrick Littaye, Access International Advisors s'adressait en priorité à la clientèle privée très aisée. Année après année, la société réalisait des performances remarquables, entièrement corrélées à ses investissements dans les fonds de Madoff. En 2007, Littaye et La Villehuchet complexifient leurs réseaux financiers. Ils déposent, au Luxembourg, les statuts de la société anonyme Access Partners et deviendront ainsi conseil d'Access Management, la société qui gérait le désormais fameux fonds Alphalux, par lequel des épargnants français sont exposés à la fraude américaine.
« Le carnet d'adresses de ce mondain ne négligeait bien évidemment pas les milieux politiques et économiques. Il fut le discret intermédiaire de nombreuses affaires franco-américaines. Proche de Jean-François Hénin, il lui présente ainsi Leon Black au début des années 1990. De cette rencontre naîtra quelques années plus tard l'affaire Executive Life. La Villehuchet pouvait aussi s'improviser l'organisateur de séjour express en France pour des sénateurs américains, en quête de contacts » (source : Le Figaro)
« A l'inverse des fonds d'investissement traditionnels, les feeder funds ne gèrent pas un portefeuille diversifié. Il s'agit d'intermédiaires distribuant des fonds collectés auprès de grosses fortunes et d'institutions qui sont ensuite investis dans les produits commercialisés par une société de gestion. Ce sont comme des démarcheurs utilisant des techniques de vente sophistiquées en promettant des rendements spectaculaires et réguliers », insiste Simon Hopkins,directeur général d’une société-conseil aux hedge funds basée à Londres.
Il existe deux sortes de feeder funds, rappelle Le Monde : un premier groupe comprend les sociétés extraterritoriales (offshore) de taille moyenne mais dotées de capitaux importants. Access International est ainsi immatriculée dans le grand-duché de Luxembourg. Le second groupe est constitué des grandes banques agissant de concert avec des gestionnaires, à l'instar des Santander-Optimal, Union bancaire privée ou Unicredit Pioneer.
50 milliards partis en fumée
Aujourd'hui, les feeder funds se présentent en victimes de l'escroquerie Madoff, montrant du doigt les lacunes du régulateur boursier américain (SEC), ajoute Le Monde. Pour M.Hopkins, ces fonds sont tout simplement complices de la fraude, car « c'est presque impensable qu'ils n'aient pas été au courant des tenants et aboutissants du système Madoff », précise-t-il. Où sont passés les 50 milliards de dollars (35 milliards d'euros) perdus par Bernard Madoff ? « Partis en fumée. L'effondrement des marchés a fait capoter le petit commerce des feeder funds. Quant à Bernard Madoff, il a creusé des trous pour en combler d'autres. C'est une escroquerie vieille comme la Bourse", souligne encore M. Hopkins.
Par ailleurs, un recours collectif, dit "Class action", a été introduit dans l'Illinois, visant un gérant de fonds qui a investi dans la nébuleuse Madoff. Ses clients le poursuivent pour rupture de loyauté, négligence et enrichissement indu. C'est une première action mais elle devrait faire des petits. Le FBI et les autorités de marchés enquêtent sur la fraude, ils s'interrogent sur la capacité de Bernard Madoff à monter seul une escroquerie d'une telle ampleur. L'homme aurait bénéficié de complicités.
Madoff : une story qui ne fait que commencer
Mercredi 24 décembre, les enquêteurs s’interrogeaient sur la question de savoir si intermédiaires et gérants de fonds en faisaient partie. L'affaire Madoff est encore loin d'avoir révélé tous ses secrets. Dix jours après la découverte, vendredi 12 décembre, de l'affaire Madoff, aucune liste exhaustive de fonds affectés n’a été publiée.
Bernard Madoff a-t-il agi seul comme il le prétend ? Selon le Wall StreetJournal du lundi 22 décembre, l'enquête sur l'escroquerie de l'investisseur américain se concentrerait sur l'un des responsables de sa société et sur le cabinet d'audit qui validait ses comptes. Interrogé par la SEC, le gendarme boursier US, Frank Dipascali, le « lieutenant », de M. Madoff qui gérait les comptes des clients, aurait fourni des réponses jugées « évasives » et « incompréhensibles », indique le quotidien américain cité par Le Monde.