de denim le 07 Juil 2005, 21:52
vous voulez voir la suite ??
tenez la voilà...
je vous le dis c'est la fin du monde nous sommes fichuuuuu !!!
les envahisseurs sont làààà !!
"Aucun des jeunes de cette nouvelle génération d’« Afghans », contrairement à la vieille garde, n’est proche de M. Ben Laden. Les volontaires étaient soumis à un filtrage : les meilleurs étaient sélectionnés pour retourner en Occident commettre des attentats, le séjour afghan servant à les entraîner, mais surtout à forger l’« esprit de corps » qui ferait la force du réseau. Les autres, c’est-à-dire le plus grand nombre, étaient affectés à la brigade étrangère qui combattait aux côtés des talibans contre le commandant Massoud. D’où la difficulté pour les justices occidentales de trouver des chefs d’accusation pertinents pour ceux des prisonniers de Guantanamo dont le seul tort est de s’être trouvés dans les troupes des talibans.
C’est cette nouvelle génération qui fournit l’essentiel des cadres ayant commis les attentats « internationalistes ». C’est elle qui a fait jusqu’ici l’efficacité et la force de l’organisation. Par définition, ces réseaux sont à la fois internationaux et fondés sur d’étroites relations personnelles : ils concilient la globalisation et la cohésion d’un petit groupe homogène d’hommes qui se connaissent bien. Cette solidarité d’anciens combattants « internationalistes », ayant partagé les mêmes camps et les mêmes combats, fait la souplesse et la fiabilité des réseaux. Or, comme l’a analysé Marc Sageman (10), cet esprit de corps se retrouve aux deux bouts du voyage initiatique vers le djihad afghan. C’est en effet au sein d’un petit groupe de « copains » que l’on se radicalise (dans une cité universitaire, un quartier, une mosquée) et que l’on prend la décision de partir. Et, en Afghanistan (ou en Bosnie, en Tchétchénie), on rencontre d’autres « frères » qui peuvent être de Malaisie ou du Pakistan et qu’on ira éventuellement retrouver dans leur pays.
Les membres du réseau se comportent souvent en dépit de toute logique régissant une véritable clandestinité. On partage les appartements et les comptes bancaires, on est témoin au mariage du copain, on cosigne le testament d’un autre, etc. L’étanchéité vient de l’effet de groupe, pas des techniques de l’action secrète.
L’état-major, les cellules de base, les réseaux transnationaux et la chaîne de commandement d’Al-Qaida sont ainsi fondés sur des liens personnels, forgés soit en Afghanistan, soit au niveau local, et qui se transposent ensuite dans une dimension transnationale et « déterritorialisée » (voyages, installation dans d’autres pays, nationalités multiples, etc.). La camaraderie joue un rôle très important, parfois doublée de liens matrimoniaux qui n’ont rien de « traditionnel » : on épouse la sœur de son copain – et non la femme choisie par ses parents –, ce qui implique souvent un rapport de couple moderne, comme en témoigne l’épouse du meurtrier du commandant Massoud, qui raconte comment son mari reprisait lui-même ses vêtements (11). Ces liens très personnels font la force mais aussi la faiblesse des réseaux.
Il suffit parfois à la police de dévider la pelote à partir d’un militant connu (quitte à mettre en cause des innocents ayant pour seul tort d’avoir partagé une chambre ou fréquenté la même mosquée). Ainsi, l’un des responsables de l’attentat de Madrid, M. Jamal Zougam, avait été signalé par la police française à la police espagnole et brièvement incarcéré en novembre 2001. Même s’il n’y a pas encore de base de données sur les volontaires partis en Afghanistan, il est certain qu’un nombre croissant sera identifié (par les documents saisis sur place, les arrestations, les faux passeports utilisés, etc.). Mais, surtout, avec la perte du sanctuaire afghan, il n’existe quasiment plus de lieu où reconstituer cette solidarité de vétérans. Et si on évoque la Tchétchénie, le Sahel, les zones tribales pakistanaises, voire... Fallouja, aucun de ces endroits – même si on peut y bénéficier de complaisances dans les administrations locales – ne peut constituer un sanctuaire durable du fait de la surveillance et des frappes ponctuelles. En un mot, la génération des anciens combattants d’Afghanistan se réduit (la technique de l’attentat-suicide y contribue évidemment) et peine à se renouveler.
Pour éviter la marginalisation, Al-Qaida doit donc élargir son recrutement et forger des alliances. Mais il ne dispose pas de relais, car il ne constitue pas un mouvement politique avec une direction politique, une structure militaire, des compagnons de route, des organisations de sympathisants, etc. Réseau de militants, il n’existe que dans la mesure où ceux-ci commettent des attentats. Aucune sortie vers le politique ne semble donc envisageable. Autrement dit, Al-Qaida ne peut s’allier qu’avec des groupes combattants (même si ceux-ci peuvent avoir une dimension politique, comme dans le cas des talibans ou des Tchétchènes).
Trois stratégies de recherche d’alliances, ou simplement de passage de relais, sont possibles : le franchisage, les associations et le banditisme.
Le franchisage est déjà à l’œuvre. Les auteurs d’attentats « locaux », c’est-à-dire commis par des militants sur leur propre territoire, qu’ils aient ou non effectué un voyage en Afghanistan, entrent dans cette catégorie. Un groupe local, sans lien direct avec l’état-major d’Al-Qaida, comme à Casablanca (ou connecté indirectement, comme dans le cas de l’attentat de Djerba ou celui d’Istanbul), agit au nom de l’organisation ou voit son action revendiquée par celle-ci. Il suffit d’ailleurs que l’opinion publique ou les autorités locales attribuent l’action à Al-Qaida pour que l’effet soit le même. Les cibles sont suffisamment larges (tout ce qui relève de la présence occidentale, du judaïsme ou des intérêts américains) pour qu’il se passe toujours quelque chose quelque part, donnant ainsi l’impression qu’Al-Qaida est partout.
De tels relais locaux peuvent aller d’une organisation structurée et radicalisée (le Jemaah Islamiyah en Indonésie, ou bien les groupes extrémistes pakistanais, dont des membres sont allés avec Al-Qaida en Afghanistan, voire le groupe Zarkaoui en Irak) à une « bande » où révolte juvénile, banditisme et phénomène de secte se conjuguent autour d’un leader local, comme dans le cas de l’attentat de Casablanca. Des cellules peuvent aussi se constituer parmi les internautes éduqués et polyglottes, et se réclamer d’Al-Qaida. L’« al-qaïdisme » pourrait donc survivre à la disparition d’Al-Qaida.
Ce franchisage est d’autant plus aisé qu’il a toujours existé une mouvance radicale recrutant et opérant selon des schémas similaires à ceux d’Al-Qaida, mais sans lui être liée organiquement, tels, en France, le réseau Kelkal (12) et la « bande de Roubaix (13) » en 1995 et 1996. On peut aussi imaginer que des membres de mouvements néofondamentalistes mais non djihadistes (comme des tablighis (14), voire le Hizb-ut-Tahrir (15)) décident de passer à l’action individuellement sous l’étiquette Al-Qaida. Ainsi, les attentats de Tachkent de juillet 2004 contre les ambassades américaine et israélienne peuvent avoir été le fait soit de membres du Mouvement islamique d’Ouzbékistan qui ont combattu avec Al-Qaida contre les Américains en Afghanistan, soit de dissidents du Hizb-ut-Tahrir, même si la première hypothèse paraît la plus vraisemblable.
Des anciens « Afghans » peuvent aussi s’autonomiser, comme M. Al-Zarkaoui (quelle que soit la réalité du rôle qu’on lui attribue). Les volontaires étrangers qui seraient présents à Fallouja ont intérêt à bénéficier du label et à faire croire à l’existence d’une organisation internationale plus structurée qu’elle ne l’est."
intéressant non ??
@+