Lucky a écrit:Une représentation de la réalité, même proche, est forcément simplificatrice, subjective et donc condamnée à la caricature, non ? Ceci dit, je suis d'accord que la différence entre un bon film et un grand film réside sans doute dans sa subtilité, du moins à mon goût, mais il n'est pas obligatoirement partagé par tous...
La caméra possède un pouvoir objectivant sur ce qu'elle capte. Autant une représentation picturale peut-être qualifiée de subjective, autant la subjectivité d'une image de cinéma a pourtant une valeur objective. Elle est un point de vue sur une réalité qui a eu lieu. Cette réalité d'un temps et d'un espace concret s'inscrit sur la pellicule.
Ensuite, il faut envisager certes qu'un film comme toute oeuvre n'épuise pas le réalité certes, mais qu'il y a une représentation plus juste qu'une autre. C'est Jean Renoir qui disait à Satyajit Ray: "On n'a pas besoin de mettre beaucoup de choses dans un film, mais il faut prendre soin de ne mettre que des choses justes". Certains films me font l'effet de savoir une fois pour toutes à quoi ressemble un être humain. Je ne sais comment le dire autrement, mais ils abolissent toute distinction entre l'etre et le paraître. Et ce n'est pas qu'un critère physique, ils font de leurs personnages une caricature, un pantin. L'exemple typique serait Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, visiblement il sait exactement à quoi ressemble une concierge ou un épicier à Paris. Je trouve cette démarche fausse.
Lucky a écrit:Je t'accorde qu'il n'est sans doute pas parfait. Il s'est peut-être trop attaché à des détails, comme la construction d'une identité architecturale pour chaque "peuple", ou le design des armes, alors qu'il aurait pu s'attacher à plus nuancer ses personnages. Il n'en reste pas moins un bon film à mes yeux, car le travail accompli par Jackson et son équipe est colossal... pas parfait, mais tout à fait honnête quand même...
Oui, d'accord. Pour autant ce n'est pas le souci du détail qui m'ennuie le plus: c'est aussi la faiblesse de la forme adoptée. Chaque peuple à sa forme, mais la forme en elle-même, bof. Par contre, on ne juge pas les films à la quantité de travail fourni...Si les films étaient jugés parce qu'ils ont beaucoup travaillé....Mais je partage à priori ta conclusion, surtout que tu connais les films en question mieux que moi.
Lucky a écrit:Je crois qu'il faut quand même faire confiance aux spectateurs pour prendre la chose au second degré, on ne va pas sortir son flingue et dégommer notre voisin pour autant... Un film violent ne justifie le meurtre aux yeux de personne
Ce n'est pas un manque de confiance..Je sais juste que face aux images nous sommes fragiles et aisément manipulables. Plus que notre cerveau ne veut bien l'avouer.
Lucky a écrit:Si, très sincèrement, Le seigneur des anneaux est plus subtile que tu ne le penses. Sauron n'est pas présenté comme le mal, il est un homme qui a été corrompu par le pouvoir, il a été bon autrefois, c'est très explicite. Il en va de même pour Gollum, il n'est pas schizo comme on peut le conclure de ses dialogues avec lui-même. Il y a en lui Sméagol et Gollum, le bien et le mal, qui luttent pour posséder son âme.
Je ne crois pas que l'homme soit entre deux abimes: d'un côté le bien, de l'autre le mal. Ce serait si simple ainsi. Les hésitations des personnages comme Frodon me paraissent également très mécaniques.
Lucky a écrit:Tout à fait d'accord, mais à partir du moment où tu racontes des choses qui n'ont pas existé, techniquement, c'est un mensonge, mais est-ce que c'est grave ? Dédramatisons...
Raconter une histoire ne veut pas dire tromper celui qui l'écoute. Tu lui dis: je te raconte une histoire. D'autres te racontent une histoire et veulent te faire croire que les choses sont simples ou telles que présentées dans l'histoire. Là encore ce n'est pas d'un côté la vérité ou le mensonge. C'est la vérité d'une histoire ou une histoire mensongère.
Silverwitch