La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Le salon francophone est dédié aux sujets n'ayant pas de lien avec la F1 ni autres sports mécaniques. C'est un salon pour se détendre en refaisant le monde.

Modérateurs: Garion, Silverwitch

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 18:48

Shunt a écrit:...d'ailleurs, seriez-vous capable de citer un meilleur film d'heroic fantasy ? Willow ? Legend ? Conan le Barbare (mais là on est assez loin de l'univers de Tolkien) ?


Shunt,

Excalibur de John Boorman? Je ne suis pas certaine que cela soit rigoureusement du même genre et pourtant c'est un film d'une toute autre ambition et d'un tout autre achèvement esthétique. Le cinéma de Boorman est un cinéma très important. Je pense d'ailleurs qu'il plairait beaucoup à Cortese.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 18:57

Lo a écrit:Euh... si c'est juste le jeu des apparences qui te gene chez lynch parce que c'est du déja vu, ça s'applique à 99% du cinéma qui utilise des themes ou des sujets déja traités...
C'est marrant, mais j'ai l'impression que tu es très représentative d'une partie des rédacteurs des cahiers du cinéma... Lynch les a toujours divisés, certains le trouvant génial, les autres imposteur.
Au moins tu reconnais que le début de Lost Highway est réussi, c'est déja ça. Moi j'irais plus loin... Je dirais que je préfère re-voir ces premiers plans d'intérieur de l'appartement en boucle, plutot que la majorité de la production cinématographique actuelle. Et pourtant, je suis loin d'être un fan de Lynch...


Lo,

Non pas du tout. Il faut faire la différence entre la "nouveauté" qui sur le fond n'existe pas réellement, les histoires reprennent des enjeux communs depuis deux mille ans et le "cliché". La vision du monde de David Lynch s'apparente souvent au cliché, et le cliché n'est pas que la répétition d'une figure de récit ou de forme, c'est une figure simplificatrice qui ment sur la réalité. Ainsi montrer un homme et une femme heureux qui courent l'un vers l'autre au ralent sur une plage de sable fin est un cliché. De même quand Sergio Leone filme le meurtre du plus petit enfant par le méchant policier véreux dans Il était une fois en Amérique, c'est un cliché.

Le cinéma de Lynch tend vers le cliché. C'est un cinéma manichéen en noir et blanc sur le fond, ce qui s'oppose à la couleur formelle. J'en parlais tout à l'heure: sa vision du monde qui oppose la surface tranquille à l'enfer caché est une énorme blague. Après je reconnais avec toi que son talent de cinéaste l'amène parfois à produire de belles choses. Je préfère ignorer la position des Cahiers du Cinéma à son sujet et t'affirmer que tu peux trouver d'autres moments de cinéma qui valent bien Lynch aujourd'hui: chez Kiarostami, Iosseliani, Hu Hsia Hsien, Malick, Kubrick, Monteiro (as tu vu son dernier film?) ou chez Polanski par exemple. C'est le paradoxe de Lynch, je pense qu'il connait et sait reconnaître le cinéma: il suffit de le lire parlant avec ravissement du Chinatown de Polanski comme étant l'un des plus grands moments de cinéma de sa vie. Mais chez Polanski la complexité n'est pas que de surface, elle est au coeur de l'humanité que l'on ne peut séparer en deux. D'où l'étonnante association aux yeux de certains: voir David Lynch récompenser le Pianiste de Polanski, film autrement plus intéressant que son propre cinéma et qui pourtant se voit taxer de conservatisme par certains. David Lynch est surement plus intelligent que ses films.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Rainier le 12 Nov 2003, 19:43

silverwitch a écrit:
b.verkiler a écrit:Mais j'aime bien Woody Allen. Pour les mêmes raisons évoquées par silverwitch. (non j'déconne, j'ai pas vraiment compris dans l'ensemble à ce qu'elle a dit sur Allen). Sauf Maris et femmes, je l'ai vu au ciné en VF ça m'a gonflé. Mais sinon ses films m'inspirent la même sympathie que l'homme. (tu constateras que je garde plus de souvenirs de ce que les films me font ressentir que des films eux-mêmes)


"Maris et Femmes", c'est la courte période Cassavetes de Woody Allen. Dans sa mise en scène cela se traduit par l'utilisation d'une caméra portée, très mobile, l'emploi du zoom, etc...Mais j'aime beaucoup ce film malgré ce présupposé esthétique. Il creuse et sonde la vie d'un couple (un peu comme le fera Kubrick à sa manière dans Eyes Wide Shut plus tard, en s'inspirant ouvertement du travail de Woody Allen dans les appartements). Quant à l'homme Woody Allen, je ne sais pas si j'ai de la sympathie pour lui. Je ne le connais pas. Son personnage de cinéma est touchant, parfois odieux.

Silverwitch


Odieux :eek: :eek: :eek:
Qu'est ce qui te fait écrire cela ??
la démocratie et la souveraineté nationale sont comme l’avers et le revers d’une même médaille.
Avatar de l'utilisateur
Rainier
 
Messages: 16919
Inscription: 26 Mar 2003, 22:46
Localisation: Guyancourt for ever

Messagede Shunt le 12 Nov 2003, 19:50

silverwitch a écrit:
Shunt a écrit:...d'ailleurs, seriez-vous capable de citer un meilleur film d'heroic fantasy ? Willow ? Legend ? Conan le Barbare (mais là on est assez loin de l'univers de Tolkien) ?


Shunt,

Excalibur de John Boorman? Je ne suis pas certaine que cela soit rigoureusement du même genre et pourtant c'est un film d'une toute autre ambition et d'un tout autre achèvement esthétique. Le cinéma de Boorman est un cinéma très important. Je pense d'ailleurs qu'il plairait beaucoup à Cortese.

Silverwitch


Juste une question : as-tu vu le Seigneur des Anneaux (la Communauté de l'Anneau et les Deux Tours) ? En quoi est-ce moins ambitieux qu'Excalibur ?
Shunt
 
Messages: 15282
Inscription: 21 Fév 2003, 11:58
Localisation: Lilleshire

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 19:54

Rainier a écrit:
silverwitch a écrit:
"Maris et Femmes", c'est la courte période Cassavetes de Woody Allen. Dans sa mise en scène cela se traduit par l'utilisation d'une caméra portée, très mobile, l'emploi du zoom, etc...Mais j'aime beaucoup ce film malgré ce présupposé esthétique. Il creuse et sonde la vie d'un couple (un peu comme le fera Kubrick à sa manière dans Eyes Wide Shut plus tard, en s'inspirant ouvertement du travail de Woody Allen dans les appartements). Quant à l'homme Woody Allen, je ne sais pas si j'ai de la sympathie pour lui. Je ne le connais pas. Son personnage de cinéma est touchant, parfois odieux.

Silverwitch


Odieux :eek: :eek: :eek:
Qu'est ce qui te fait écrire cela ??


Rainier,

Le terme est sans doute un peu fort...Mais le personnage qu'il interprète dans ses films peut-être très désagréable: égotiste, lunatique, pratiquant le chantage à l'émotion, parano, etc...Le plus drôle est d'ailleurs à ce sujet le rôle étonnant qu'il s'est réservé dans son dernier opus "Anything Else", celui de Dobel. Personnage à la fois lucide et dingue, persuadé d'entendre des propos antisémites partout, adepte forcené de l'autodéfense, etc...

Il n'hésite pas à charger son personnage qui est en gros un double étrange (Dobel, le double) à la fois du personnage connu de Woody Allen ou la conscience du personnage de Jason Biggs dans le film.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 20:08

Shunt a écrit:Juste une question : as-tu vu le Seigneur des Anneaux (la Communauté de l'Anneau et les Deux Tours) ? En quoi est-ce moins ambitieux qu'Excalibur ?


Shunt,

Oui j'ai vu les deux films. Sur un strict plan technique, le film est assez pauvre. La mise en scène de Peter Jackson varie entre l'utilitaire (découpage très pauvre, où l'on cadre celui qui parle en plan moyen) et plans destinés à montrer au public et aux producteurs qu'on avait bien de l'argent à disposition.

Cela se traduit également par une photographie maladroite, utilisant tous les clichés en vogue actuellement (gros travail au labo d'étalonnage), des gris, des bleus...Esthétiquement je trouve ce travail vraiment très pauvre. Quelle est la complexité chez les personnages? Des clichés mécaniques: aucune ambiguité profonde, et une sorte de sirop de sentiment qui recouvre tout. L'amour impossible d'une efle et d'un humain, le méchant magicien contre le gentil, les gentils un peu benêts mais au grand coeur, etc...

Cet équilibre raté entre l'action et la "contemplation" comme tu l'écrirais me dérange énormément. Je trouve vraiment que c'est scénaristiquement très très maladroit. Je passe sur les thématiques tellement simplistes qu'elles en sont ridicules: le fer contre le bois, etc...Pour en arriver aux scènes de bataille, toute en numérique, au montage haché, sans clarté. C'est un film très mal mis en scène. Cinématograpiquement c'est un travail assez disparate.

Je vais même t'étonner. J'ai vu également le dernier Star Wars, l'Attaque des Clones: he bien je préfère le film de Lucas. Moins ambitieux esthétiquement, assumant son côté machinerie (voir les fameux volets de transition entre les plans) ou le relatif dénuement du jeu des acteurs. Les enjeux sont clairs et mieux amenés. Bref cinématographiquement c'est un travail plus honorable que celui de Jackson. Mais j'imagine que le cinéaste a souffert de nombreuses contraintes, adapter un livre aussi attendu, aimé, décortiqué...Quelle horreur.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Solal le 12 Nov 2003, 20:09

Image
Solal
mec sérieux
 
Messages: 9046
Inscription: 06 Mai 2003, 11:40
Localisation: Cape Town, SA

Messagede Rainier le 12 Nov 2003, 20:16

silverwitch a écrit:
Rainier a écrit:
silverwitch a écrit:
"Maris et Femmes", c'est la courte période Cassavetes de Woody Allen. Dans sa mise en scène cela se traduit par l'utilisation d'une caméra portée, très mobile, l'emploi du zoom, etc...Mais j'aime beaucoup ce film malgré ce présupposé esthétique. Il creuse et sonde la vie d'un couple (un peu comme le fera Kubrick à sa manière dans Eyes Wide Shut plus tard, en s'inspirant ouvertement du travail de Woody Allen dans les appartements). Quant à l'homme Woody Allen, je ne sais pas si j'ai de la sympathie pour lui. Je ne le connais pas. Son personnage de cinéma est touchant, parfois odieux.

Silverwitch


Odieux :eek: :eek: :eek:
Qu'est ce qui te fait écrire cela ??


Rainier,

Le terme est sans doute un peu fort...Mais le personnage qu'il interprète dans ses films peut-être très désagréable: égotiste, lunatique, pratiquant le chantage à l'émotion, parano, etc...Le plus drôle est d'ailleurs à ce sujet le rôle étonnant qu'il s'est réservé dans son dernier opus "Anything Else", celui de Dobel. Personnage à la fois lucide et dingue, persuadé d'entendre des propos antisémites partout, adepte forcené de l'autodéfense, etc...

Il n'hésite pas à charger son personnage qui est en gros un double étrange (Dobel, le double) à la fois du personnage connu de Woody Allen ou la conscience du personnage de Jason Biggs dans le film.

Silverwitch


"Humain" aurait été mieux adapté qu'odieux.
la démocratie et la souveraineté nationale sont comme l’avers et le revers d’une même médaille.
Avatar de l'utilisateur
Rainier
 
Messages: 16919
Inscription: 26 Mar 2003, 22:46
Localisation: Guyancourt for ever

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 20:20

Rainier a écrit:
silverwitch a écrit:Rainier,

Le terme est sans doute un peu fort...Mais le personnage qu'il interprète dans ses films peut-être très désagréable: égotiste, lunatique, pratiquant le chantage à l'émotion, parano, etc...Le plus drôle est d'ailleurs à ce sujet le rôle étonnant qu'il s'est réservé dans son dernier opus "Anything Else", celui de Dobel. Personnage à la fois lucide et dingue, persuadé d'entendre des propos antisémites partout, adepte forcené de l'autodéfense, etc...

Il n'hésite pas à charger son personnage qui est en gros un double étrange (Dobel, le double) à la fois du personnage connu de Woody Allen ou la conscience du personnage de Jason Biggs dans le film.

Silverwitch


"Humain" aurait été mieux adapté qu'odieux.


Rainier,

Non. "Humain" cela traduit l'attitude qui est celle d'une mère qui se sacrifie pour sauver son enfant, qui donne par amour, comme celle d'un type qui viole au coin d'une rue. Les deux attitudes sont également humaines. L'une est plus odieuse que l'autre.

C'est cette complexité que je voulais faire ressortir en images certes caricaturales dans le personnage de Woody Allen. Il est humain oui, mais un humain qui peut être aussi largement désagréable.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Caboum le 12 Nov 2003, 20:23

silverwitch a écrit:
Quelle est la complexité chez les personnages? Des clichés mécaniques: aucune ambiguité profonde, et une sorte de sirop de sentiment qui recouvre tout. L'amour impossible d'une efle et d'un humain, le méchant magicien contre le gentil, les gentils un peu benêts mais au grand coeur, etc...


S'tu de la faute à Peter Jackson si J.R.R. Tolkien a écrit le Seigneur des Anneaux avec un méchant magicien (bon au départ qui retourne sa veste) contre un bon, les gentils hobbits au grand coeur.......

Que t'aime pas le film de Jackson, à la limite c'est ton opinion, mais que tu lui mettes tout sur le dos jusqu'à la pauvreté des caractères je trouve le bouchon poussé pas mal loin.
For a player, to be good enough to play for Liverpool, he must be prepared to run over a brick wall, and then fight with me on the other side.
Bill Shankly
Avatar de l'utilisateur
Caboum
Champion de l'univers connu et inconnu
 
Messages: 4997
Inscription: 19 Fév 2003, 22:45
Localisation: J'habite en banlieue de Westmount!

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 20:33

Caboum a écrit:
silverwitch a écrit:
Quelle est la complexité chez les personnages? Des clichés mécaniques: aucune ambiguité profonde, et une sorte de sirop de sentiment qui recouvre tout. L'amour impossible d'une efle et d'un humain, le méchant magicien contre le gentil, les gentils un peu benêts mais au grand coeur, etc...


S'tu de la faute à Peter Jackson si J.R.R. Tolkien a écrit le Seigneur des Anneaux avec un méchant magicien (bon au départ qui retourne sa veste) contre un bon, les gentils hobbits au grand coeur.......

Que t'aime pas le film de Jackson, à la limite c'est ton opinion, mais que tu lui mettes tout sur le dos jusqu'à la pauvreté des caractères je trouve le bouchon poussé pas mal loin.


Caboum,

Je ne crois pas. Le cinéaste est responsable de son film. S'il adapte quelque chose de faible sans l'améliorer, la faute en impute au film...Voilà tout. Il n'avait qu'à prendre plus de liberté. Créer une oeuvre c'est prendre une distance créatrice: il n'est pas l'embaumeur délicat d'une oeuvre à enterrer.

Le manichéisme présent dans le film est lié à une adaptation qui ne cerne pas les limites de ce qu'il adapte. Une bonne direction d'acteurs, une manière de modifier les rappors, de les complexifier, aurait pu permettre de faire mieux. Cela dit comme je le disais à Shunt, j'imagine que la tâche de Jackson était très très difficile.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Shunt le 12 Nov 2003, 20:34

silverwitch a écrit:Quelle est la complexité chez les personnages? Des clichés mécaniques: aucune ambiguité profonde, et une sorte de sirop de sentiment qui recouvre tout.


Dans Excalibur, excuse-moi, mais où est l'ambiguité chez Huter, Morganne ou Mordred ? D'ailleurs Huter ressemble beaucoup à l'aïeul d'Aragorn, dans le Seigneur des Anneaux...

...pour Arthur, Merlin, Lancelot et Guenièvre, je suis d'accord. Mais cette ambiguité est le propre des personnages originaux de la légende arthurienne... Boorman n'a rien inventé.

Quant aux personnages du Seigneur des Anneaux, je ne les trouve pas si univoques... l'exemple le plus facile, c'est ce schyzo de Gollum. Mais il y a aussi Boromir... la nature de la relation entre Sam et Frodon est aussi curieuse... Aragorn vit avec les démons du passé, son amour pour l'elfe n'est pas inébranlable...

...les seuls personnages univoques, ce sont les Orques et les Uruk-ans... mais ce sont des "créations", des êtres artificiels...

L'amour impossible d'une efle et d'un humain, le méchant magicien contre le gentil, les gentils un peu benêts mais au grand coeur, etc...


Je pense que tu as une lecture très premier degré du film et de l'histoire.

Moi j'y ai vu au contraire une sorte de fable marxiste, une réflexion sur l'engagement et l'utopie d'un monde meilleur.

Les "gentils un peu benêts", ça te fait pas penser à la manière dont sont perçus aujourd'hui les militants altermondialistes...

...ce n'est pas pour rien que le Seigneur des Anneaux a été le livre culte des communautés hippies.

Je passe sur les thématiques tellement simplistes qu'elles en sont ridicules: le fer contre le bois, etc...


Si tu t'arrêtes à ça, sans chercher à voir plus loin, effectivement... :roll:
Shunt
 
Messages: 15282
Inscription: 21 Fév 2003, 11:58
Localisation: Lilleshire

Messagede von Rauffenstein le 12 Nov 2003, 20:39

Sans compter que Tolkien a écrit ce livre à l'orée de la deuxième guerre mondiale dont il semble prédire la venue à travers ce livre et qu'on vivait encore dans le traumatisme de la première, où effectivement, on a bel et bien opposé le bois (la chair vivante) au fer (la guerre mécanique). Et ça, c'était pas du manicheisme. C'est 10 millions de morts.
Le fascisme au fait, c'était pas déjà l'histoire d'un mec en marche qui fascinait les foules avec son culte de la personnalité ?
Avatar de l'utilisateur
von Rauffenstein
ultima ratio regum
 
Messages: 46968
Inscription: 20 Fév 2003, 18:01
Localisation: Auteuil

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 20:42

Shunt a écrit:Je pense que tu as une lecture très premier degré du film et de l'histoire.

Moi j'y ai vu au contraire une sorte de fable marxiste, une réflexion sur l'engagement et l'utopie d'un monde meilleur.

Les "gentils un peu benêts", ça te fait pas penser à la manière dont sont perçus aujourd'hui les militants altermondialistes...

...ce n'est pas pour rien que le Seigneur des Anneaux a été le livre culte des communautés hippies.



Shunt,

Tu voulais mon opinion...Commence par une lecture de surface du film, sans plonger dans les référents ou les significations cachées. Moi c'est toujours ce que je fais au départ. Parce que sinon tu prends un gros risque: juger un film non sur ce qu'il est, mais sur les intentions de son auteur. C'est pour ainsi dire toi qui comble les failles de l'oeuvre.

Je ne veux pas polémiquer sur ces films. Je les connais trop mal, et ils sont très loins de moi. Mais encore une fois, l'ambiguité de Gollum par exemple elle n'existe pas: c'est juste un cas clinique (comme dans Fight Club si tu veux), un dédoublement...Le personnage est ou noir ou blanc. La vie ce n'est pas ça. Si tu le souhaites, on pourrait reprendre certaines scènes du film. Je peux me procurer le film en DVD et faire une lecture séquence par séquence. Parce que la fable marxiste, elle a bon dos quand même. Marx se retournerait dans sa tombe.

Ensuite tu souris de mon opposition entre fer et bois (Technique et Nature), pourquoi pas. En ce cas, présente moi en quoi elle échappe à la plus grande banalité. Je n'ai rien vu dans le film qui aille au delà du cliché.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 20:46

Panzerchoumi a écrit:Sans compter que Tolkien a écrit ce livre à l'orée de la deuxième guerre mondiale dont il semble prédire la venue à travers ce livre et qu'on vivait encore dans le traumatisme de la première, où effectivement, on a bel et bien opposé le bois (la chair vivante) au fer (la guerre mécanique). Et ça, c'était pas du manicheisme. C'est 10 millions de morts.


Panzerchoumi,

Crois tu vraiment? Le bois pour Tolkien c'est la Nature, le Tout si tu préfères. La Nature soumise aux vices de la technique. La première guerre mondiale le démontrait déjà outrageusement. Je ne vois donc aucun don de prédiction ici. Mais une constatation assez pauvre. La réalité c'est comment l'humain perd sa liberté d'initiative en partie à cause de la Technique. Ce n'est pas l'homme contre la technique qui le broie, c'est l'homme technique qui broie d'autres hommes. La technique devenue folle.

Ma lecture du film a été peut-etre trop rapide en fait. J'ai surtout vu là un fond d'écologisme. La Nature qui se venge en quelque sorte.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede von Rauffenstein le 12 Nov 2003, 20:52

silverwitch a écrit:
Panzerchoumi a écrit:Sans compter que Tolkien a écrit ce livre à l'orée de la deuxième guerre mondiale dont il semble prédire la venue à travers ce livre et qu'on vivait encore dans le traumatisme de la première, où effectivement, on a bel et bien opposé le bois (la chair vivante) au fer (la guerre mécanique). Et ça, c'était pas du manicheisme. C'est 10 millions de morts.


Panzerchoumi,

Crois tu vraiment? Le bois pour Tolkien c'est la Nature, le Tout si tu préfères. La Nature soumise aux vices de la technique. La première guerre mondiale le démontrait déjà outrageusement. Je ne vois donc aucun don de prédiction ici. Mais une constatation assez pauvre. La réalité c'est comment l'humain perd sa liberté d'initiative en partie à cause de la Technique. Ce n'est pas l'homme contre la technique qui le broie, c'est l'homme technique qui broie d'autres hommes. La technique devenue folle.

Ma lecture du film a été peut-etre trop rapide en fait. J'ai surtout vu là un fond d'écologisme. La Nature qui se venge en quelque sorte.

Silverwitch
Je crois que ta lecture, effectivement, est très manichéenne. Le bien d'un côté, ce qui ne relève pas de cet ouvrage. Le mal de l'autre, ce qui relève de ce genre d'ouvrages.
Le fascisme au fait, c'était pas déjà l'histoire d'un mec en marche qui fascinait les foules avec son culte de la personnalité ?
Avatar de l'utilisateur
von Rauffenstein
ultima ratio regum
 
Messages: 46968
Inscription: 20 Fév 2003, 18:01
Localisation: Auteuil

Messagede Caboum le 12 Nov 2003, 20:56

silverwitch a écrit:
Caboum a écrit:
silverwitch a écrit:
Quelle est la complexité chez les personnages? Des clichés mécaniques: aucune ambiguité profonde, et une sorte de sirop de sentiment qui recouvre tout. L'amour impossible d'une efle et d'un humain, le méchant magicien contre le gentil, les gentils un peu benêts mais au grand coeur, etc...


S'tu de la faute à Peter Jackson si J.R.R. Tolkien a écrit le Seigneur des Anneaux avec un méchant magicien (bon au départ qui retourne sa veste) contre un bon, les gentils hobbits au grand coeur.......

Que t'aime pas le film de Jackson, à la limite c'est ton opinion, mais que tu lui mettes tout sur le dos jusqu'à la pauvreté des caractères je trouve le bouchon poussé pas mal loin.


Caboum,

Je ne crois pas. Le cinéaste est responsable de son film. S'il adapte quelque chose de faible sans l'améliorer, la faute en impute au film...Voilà tout. Il n'avait qu'à prendre plus de liberté. Créer une oeuvre c'est prendre une distance créatrice: il n'est pas l'embaumeur délicat d'une oeuvre à enterrer.

Le manichéisme présent dans le film est lié à une adaptation qui ne cerne pas les limites de ce qu'il adapte. Une bonne direction d'acteurs, une manière de modifier les rappors, de les complexifier, aurait pu permettre de faire mieux. Cela dit comme je le disais à Shunt, j'imagine que la tâche de Jackson était très très difficile.

Silverwitch


Sur ce je ne peux pas être d'accord.

Jackson ne pouvait aucunement prendre de liberté (trop pour dire). Parce que c'était l'oeuvre littéraire sans doute la plus lue et où il y a le plus d'inconditionnel sur la planète.

L'oeuvre de Bakshi y a environs 25 ans avait déçue autant les fidèles que les non-initiés du Seigneur des Anneaux. Les fidèles car le film se terminait au milieu de l'histoire et les non-initié car ils ne comprenait rien à la fin et à l'histoire.

S'attaquer au Seigneur des Anneaux, c'était pas juste faire un film, c'était avoir la pression de million de pure fans inconditionnels de l'histoire et de la Terre du Milieu. Un non respect des personnages ou de l'histoire aurait été suicidaire pour Jackson. Et moi, inconditionnel du Seigneur des Anneaux, je trouve que l'histoire tient assez bien la route. J'aurais aimé qu'on vire Lyv Tyler et la prédominance qu'elle tient en rapport au vrai ersonnage, mais sinon pour le moment (2 premiers volets) le film a la note de passage.
For a player, to be good enough to play for Liverpool, he must be prepared to run over a brick wall, and then fight with me on the other side.
Bill Shankly
Avatar de l'utilisateur
Caboum
Champion de l'univers connu et inconnu
 
Messages: 4997
Inscription: 19 Fév 2003, 22:45
Localisation: J'habite en banlieue de Westmount!

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 20:58

Panzerchoumi a écrit:Je crois que ta lecture, effectivement, est très manichéenne. Le bien d'un côté, ce qui ne relève pas de cet ouvrage. Le mal de l'autre, ce qui relève de ce genre d'ouvrages.


Panzerchoumi,

C'est possible. Je vais essayer de revoir les deux films pour préciser mon opinion. J'ai peu de doutes sur les faiblesses cinématographiques du film, par contre il est clair que je réduis certainement les enjeux du film. Comme je l'ai dit à Shunt je crois, ce genre de film m'est toujours lointain...J'ai du mal à m'y interesser suffisamment.

Autant concernant la technique, la violence, la Nature par exemple, un film comme The Thin Red Line de Terrence Malick est un ravissement parce qu'il me bouscule me montre la guerre au coeur de l'homme, la Nature, l'impossible fuite, autant je suis aveugle à la profondeur du Seigneur des Anneaux. D'ailleurs as tu vu le film de Malick? Si oui qu'en as tu pensé?

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 21:01

Caboum a écrit:Sur ce je ne peux pas être d'accord.

Jackson ne pouvait aucunement prendre de liberté (trop pour dire). Parce que c'était l'oeuvre littéraire sans doute la plus lue et où il y a le plus d'inconditionnel sur la planète.

L'oeuvre de Bakshi y a environs 25 ans avait déçue autant les fidèles que les non-initiés du Seigneur des Anneaux. Les fidèles car le film se terminait au milieu de l'histoire et les non-initié car ils ne comprenait rien à la fin et à l'histoire.

S'attaquer au Seigneur des Anneaux, c'était pas juste faire un film, c'était avoir la pression de million de pure fans inconditionnels de l'histoire et de la Terre du Milieu. Un non respect des personnages ou de l'histoire aurait été suicidaire pour Jackson. Et moi, inconditionnel du Seigneur des Anneaux, je trouve que l'histoire tient assez bien la route. J'aurais aimé qu'on vire Lyv Tyler et la prédominance qu'elle tient en rapport au vrai ersonnage, mais sinon pour le moment (2 premiers volets) le film a la note de passage.


Caboum,

C'est un gros problème alors. Je doute beaucoup de l'intérêt d'adapter un roman culte, aussi lu, aimé et analysé. Qu'a-t-on à gagner d'une illustration aussi réussie soit-elle? Un bon roman se passera d'illustration.

Le risque c'est de ne jamais pouvoir apprécier le film pour ce qu'il est, mais toujours par rapport à un référent écrasant, le livre. Quand Kubrick adapte un roman, je le trouve beaucoup plus fin, plus intelligent tout simplement.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Lucky le 12 Nov 2003, 21:03

silverwitch a écrit:Oui j'ai vu les deux films. Sur un strict plan technique, le film est assez pauvre. La mise en scène de Peter Jackson varie entre l'utilitaire (découpage très pauvre, où l'on cadre celui qui parle en plan moyen) et plans destinés à montrer au public et aux producteurs qu'on avait bien de l'argent à disposition.

La technique cinématographique ne s'arrête pas à la mise en scène et encore moins à ce que j'appellerais le cadrage plutôt que le découpage, non ? Le film peut pécher par là et être bon sous d'autres aspects techniques, non ?

Esthétiquement je trouve ce travail vraiment très pauvre. Quelle est la complexité chez les personnages ?

C'est un rapprochement malheureux de deux phrases, ou je n'ai pas compris ce que tu voulais dire. Quel rapport entre l'esthétique du film et la complexité des personnes ?

Des clichés mécaniques: aucune ambiguité profonde, et une sorte de sirop de sentiment qui recouvre tout. L'amour impossible d'une efle et d'un humain, le méchant magicien contre le gentil, les gentils un peu benêts mais au grand coeur, etc...

Comme le souligne Caboum, cela ne saurait être reproché à Peter Jackson. Et Le seigneur des anneaux n'est pas un huis clos sartrien mais une épopée dont l'un des thèmes est la lutte du bien contre le mal, donc c'est, par essence, un tout petit peu manichéen... :D Tous les films n'ont pas pour ambition de montrer la subtilité des sentiments ou l'ambiguité de la nature humaine, sinon ce serait ennuyeux... :lol:

Cet équilibre raté entre l'action et la "contemplation" comme tu l'écrirais me dérange énormément. Je trouve vraiment que c'est scénaristiquement très très maladroit. Je passe sur les thématiques tellement simplistes qu'elles en sont ridicules: le fer contre le bois, etc...

A l'époque où Tolkien a écrit son roman, c'était une idée nouvelle. L'industrialisation sauvage commençait à peine. A l'époque de José Bové, ça semble peut-être réchauffé, mais bon... :lol:

Pour en arriver aux scènes de bataille, toute en numérique, au montage haché, sans clarté. C'est un film très mal mis en scène. Cinématograpiquement c'est un travail assez disparate.
Je vais même t'étonner. J'ai vu également le dernier Star Wars, l'Attaque des Clones: he bien je préfère le film de Lucas. Moins ambitieux esthétiquement, assumant son côté machinerie (voir les fameux volets de transition entre les plans) ou le relatif dénuement du jeu des acteurs. Les enjeux sont clairs et mieux amenés. Bref cinématographiquement c'est un travail plus honorable que celui de Jackson.

Je ne jugerai pas de l'honorabilité de Lucas par rapport à Jackson, mais le reproche que je ferais à Peter Jackson, c'est certains scènes en CGI qui ne sont pas parfaites, certains effets ratés, qui nous font sortir trop souvent de la magie du film pour se dire "Non, là, ça le fait pas..." :lol: Je trouve les Star Wars mieux finis à cet égard. Peter Jackson aurait peut-être dû s'accorder plus de temps et parfaire un peu... parce qu'on va pas faire un remake l'an prochain, à mon avis... Dommage...


Mais j'imagine que le cinéaste a souffert de nombreuses contraintes, adapter un livre aussi attendu, aimé, décortiqué...Quelle horreur.

Oui, je crois qu'on peut effectivement lui pardonner beaucoup, vu l'enjeu et aussi le nombre incroyables de contraintes techniques qu'il avait...

Silverwitch
Lucky
 
Messages: 496
Inscription: 12 Nov 2003, 01:17

Messagede von Rauffenstein le 12 Nov 2003, 21:07

silverwitch a écrit:
Panzerchoumi a écrit:Je crois que ta lecture, effectivement, est très manichéenne. Le bien d'un côté, ce qui ne relève pas de cet ouvrage. Le mal de l'autre, ce qui relève de ce genre d'ouvrages.


Panzerchoumi,

C'est possible. Je vais essayer de revoir les deux films pour préciser mon opinion. J'ai peu de doutes sur les faiblesses cinématographiques du film, par contre il est clair que je réduis certainement les enjeux du film. Comme je l'ai dit à Shunt je crois, ce genre de film m'est toujours lointain...J'ai du mal à m'y interesser suffisamment.

Autant concernant la technique, la violence, la Nature par exemple, un film comme The Thin Red Line de Terrence Malick est un ravissement parce qu'il me bouscule me montre la guerre au coeur de l'homme, la Nature, l'impossible fuite, autant je suis aveugle à la profondeur du Seigneur des Anneaux. D'ailleurs as tu vu le film de Malick? Si oui qu'en as tu pensé?

Silverwitch
Et si ça ne parlait pas de la Nature, mais de la nature humaine hmmm ?

Les Entes, par exemple, seraient la caricature des éminents et très savants confrères de Tolkien à Oxford (ou Cambridge je ne sais plus, où il professait la philologie).

Arf, trop compliqué tout ça, n'est-ce pas ?
Le fascisme au fait, c'était pas déjà l'histoire d'un mec en marche qui fascinait les foules avec son culte de la personnalité ?
Avatar de l'utilisateur
von Rauffenstein
ultima ratio regum
 
Messages: 46968
Inscription: 20 Fév 2003, 18:01
Localisation: Auteuil

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 21:22

Lucky a écrit:
silverwitch a écrit:Oui j'ai vu les deux films. Sur un strict plan technique, le film est assez pauvre. La mise en scène de Peter Jackson varie entre l'utilitaire (découpage très pauvre, où l'on cadre celui qui parle en plan moyen) et plans destinés à montrer au public et aux producteurs qu'on avait bien de l'argent à disposition.

La technique cinématographique ne s'arrête pas à la mise en scène et encore moins à ce que j'appellerais le cadrage plutôt que le découpage, non ? Le film peut pécher par là et être bon sous d'autres aspects techniques, non ?


Oui. La mise en scène est cependant l'expression du point de vue cinématographique. Le cinéaste filme c'est ce qui fait son point de vue. Le cadrage est lié au choix d'un cadre et d'une distance focale (certains cinéastes ont été réputés pour leur travail en courte focale Kubrick ou Polanski, et d'autres sur des focales longues, comme Wong Kar Wai). Le découpage (externe) c'est l'aspect le plus visible de la mise en scène. Quelle durée pour un plan? Quel plan succède à un autre. Ici je prenais un exemple simple de pauvreté de mise en scène: des scènes de dialogue statiques (théâtrales donc) filmées en champ/contrechamp en plan moyen en cadrant celui qui parle. C'est quand même d'une grande pauvreté. Un bon cinéaste trouvera le moyen d'éviter le statisme des personnages et donc la pauvreté du découpage en intégrant l'action à la parole. En plus cela simplifie la direction d'acteurs. Un comédien est aidé par l'action qui donne un aspect naturel au temps qu'il met. Bref, c'est un vaste sujet.

Lucky a écrit:
silverwitch a écrit:Esthétiquement je trouve ce travail vraiment très pauvre. Quelle est la complexité chez les personnages ?

C'est un rapprochement malheureux de deux phrases, ou je n'ai pas compris ce que tu voulais dire. Quel rapport entre l'esthétique du film et la complexité des personnes ?


La complexité des personnages est partie intégrante de l'esthétique du film. L'esthétique ce n'est pas que la forme, c'est le film tout entier. Le rapprochement tu as raison est un peu hasardeux. Mais vois-tu pour poursuivre l'exemple du dessus, l'esthétique du film est liée à la complexité des personnages. Les personnages sont simplistes parce qu'ils sont des pantins qui jouent un rôle. Les meilleurs moments du films sont ceux où les personnages ont une action intéressante. Quand le magicien (je ne sais plus son nom, le gentil) rencontre Bilbo dans sa maison, là c'est amusant: le cinéaste tire profit de son décor, de l'opposition entre les tailles des personnages pour en faire un ressort d'action. Comme en plus Jackson a un certain sens de l'humour, la scène est réussie et les comédiens sont à l'aise dans un espace et un temps. C'est essentiel.

Lucky a écrit:
silverwitch a écrit:Des clichés mécaniques: aucune ambiguité profonde, et une sorte de sirop de sentiment qui recouvre tout. L'amour impossible d'une efle et d'un humain, le méchant magicien contre le gentil, les gentils un peu benêts mais au grand coeur, etc...

Comme le souligne Caboum, cela ne saurait être reproché à Peter Jackson. Et Le seigneur des anneaux n'est pas un huis clos sartrien mais une épopée dont l'un des thèmes est la lutte du bien contre le mal, donc c'est, par essence, un tout petit peu manichéen... :D Tous les films n'ont pas pour ambition de montrer la subtilité des sentiments ou l'ambiguité de la nature humaine, sinon ce serait ennuyeux... :lol:


Je ne crois pas que l'ambiguité soit ennuyeuse? Ou alors les humains sont très ennuyeux. Il est plus amusant de voir des caricatures à l'écran...Mais pendant un temps seulement. Que le projet global de l'oeuvre soit manichéen me dérange déjà beaucoup, mais que cela s'infiltre partout dans le film me dérange plus encore. D'ailleurs, tu vois ta formulation même est manichéenne...Tu résumes ironiquement le cinéma soit au huit-clos "sartrien" soit à l'épopée. Le cinéma ce n'est pas l'un ou l'autre. L'épopée peut échapper au manichéisme.

Lucky a écrit:
silverwitch a écrit:Cet équilibre raté entre l'action et la "contemplation" comme tu l'écrirais me dérange énormément. Je trouve vraiment que c'est scénaristiquement très très maladroit. Je passe sur les thématiques tellement simplistes qu'elles en sont ridicules: le fer contre le bois, etc...

A l'époque où Tolkien a écrit son roman, c'était une idée nouvelle. L'industrialisation sauvage commençait à peine. A l'époque de José Bové, ça semble peut-être réchauffé, mais bon... :lol:


C'était une idée absolument dans l'air du temps depuis la première guerre mondiale et même avant...Chez les poètes romantiques, chez des philosophes comme Heidegger (qui en est quand même le grand penseur), et même déjà au cinéma chez Murnau ou Von Stroheim...Donc bon...


Lucky a écrit:Je ne jugerai pas de l'honorabilité de Lucas par rapport à Jackson, mais le reproche que je ferais à Peter Jackson, c'est certains scènes en CGI qui ne sont pas parfaites, certains effets ratés, qui nous font sortir trop souvent de la magie du film pour se dire "Non, là, ça le fait pas..." :lol: Je trouve les Star Wars mieux finis à cet égard. Peter Jackson aurait peut-être dû s'accorder plus de temps et parfaire un peu... parce qu'on va pas faire un remake l'an prochain, à mon avis... Dommage...


Je ne juge pas les hommes Lucky, mais la qualité de leur travail de cinéaste. Et franchement avant de voir les films, je ne croyais pas que Lucas s'en sortirait mieux que Jackson hein.


Lucky a écrit:
silverwitch a écrit:Mais j'imagine que le cinéaste a souffert de nombreuses contraintes, adapter un livre aussi attendu, aimé, décortiqué...Quelle horreur.

Oui, je crois qu'on peut effectivement lui pardonner beaucoup, vu l'enjeu et aussi le nombre incroyables de contraintes techniques qu'il avait...


Exactement. Il n'a pas accepté une promenade de santé en s'attelant à cette saga, c'est peu de le dire!

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Moi ce que j'aime dans LODR...

Messagede Lucky le 12 Nov 2003, 21:23

c'est la représentation du rapport de l'homme au pouvoir.

Je veux le pouvoir pour faire le bien qui devient insensiblement je veux le pouvoir pour le garder, et finalement, Tolkien montre l'écroulement total de l'homme de pouvoir, annihilé par le pouvoir qu'il croyait posséder et dont il est devenu la chose.

Je trouve que le personnage d'Aragorn a de la profondeur personnellement : Il est l'héritier du pouvoir des hommes, et les hommes ont besoin de lui pour les fédérer, il sent cet appel sur sa vie, et en même temps, il a peur de prendre le pouvoir, car il sait que sa lignée a failli, et que le pouvoir pourrait bien le détruire, alors il préfèrerait mener sa petite vie tranquille chez les elfes...

C'est sans doute un thème simpliste, mais je suis une fille simple... :lol:

Et je ne voudrais pas ouvrir ici un débat politique, mais lorsqu'on voit nos deux derniers présidents de la république... et qu'on les compare à Gollum... :lol:

Lucky
Lucky
 
Messages: 496
Inscription: 12 Nov 2003, 01:17

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 21:28

Panzerchoumi a écrit:Et si ça ne parlait pas de la Nature, mais de la nature humaine hmmm ?

Les Entes, par exemple, seraient la caricature des éminents et très savants confrères de Tolkien à Oxford (ou Cambridge je ne sais plus, où il professait la philologie).

Arf, trop compliqué tout ça, n'est-ce pas ?


Panzerchoumi,

Alors le discours des Entes est décrédibilisé, peu importe ce qu'ils racontent...Leur colère à voir détruite la Nature par le fer...Si c'est une oeuvre à trous dont il faut deviner les références, je n'en sortirai pas...

Si l'on veut parler de la Nature Humaine, le plus souvent on parle directement d'elle. Cela se fait au moins depuis Homère et n'empêche en rien l'épopée, la saga. Pourquoi parler d'arbres s'ils n'ont d'importance, d'eau si l'on veut parler des hommes? J'avoue que cela me semble un peu exagéré. Il est possible qu'il s'amuse à faire des références aux hommes. Mais cela ne peut être tourné que vers ce que tu décris. Sinon quelle est la valeur de la proposition que tu faisais tout à l'heure à propos de la Nature Humaine et des canons? Apprendra-t-on que la violence chez Tolkien fait référence à une bataille d'escargots dans son jardin anglais.

Pour l'instant je préfère rester très terre à terre.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Lucky le 12 Nov 2003, 21:45

silverwitch a écrit:
silverwitch a écrit:Des clichés mécaniques: aucune ambiguité profonde, et une sorte de sirop de sentiment qui recouvre tout. L'amour impossible d'une efle et d'un humain, le méchant magicien contre le gentil, les gentils un peu benêts mais au grand coeur, etc...

Lucky a écrit:Comme le souligne Caboum, cela ne saurait être reproché à Peter Jackson. Et Le seigneur des anneaux n'est pas un huis clos sartrien mais une épopée dont l'un des thèmes est la lutte du bien contre le mal, donc c'est, par essence, un tout petit peu manichéen... :D Tous les films n'ont pas pour ambition de montrer la subtilité des sentiments ou l'ambiguité de la nature humaine, sinon ce serait ennuyeux... :lol:


Je ne crois pas que l'ambiguité soit ennuyeuse? Ou alors les humains sont très ennuyeux. Il est plus amusant de voir des caricatures à l'écran...Mais pendant un temps seulement. Que le projet global de l'oeuvre soit manichéen me dérange déjà beaucoup, mais que cela s'infiltre partout dans le film me dérange plus encore. D'ailleurs, tu vois ta formulation même est manichéenne...Tu résumes ironiquement le cinéma soit au huit-clos "sartrien" soit à l'épopée. Le cinéma ce n'est pas l'un ou l'autre. L'épopée peut échapper au manichéisme.


Ce que je juge ennuyeux, ce n'est pas l'ambiguité, ce serait le fait qu'il faille toujours la souligner, qu'elle doive toujours être le thème d'un film.

Et si ma formulation est bipolaire, ce n'est pas par manichéisme, je soulignais simplement qu'il y a différent genres de films. J'en ai cité deux diamétralement opposés, ça ne veut pas dire que ce soit les seuls qui existent... :lol:

Et puis après tout, j'aime le manichéisme dans une oeuvre, c'est reposant. Ce que je n'apprécie pas, c'est le manichéisme dans la vie. Au cinéma, il me dérange si c'est un film qui veut nous enfoncer dans la gorge une lecture d'évènement historiques, nous expliquer où sont les gentils et où sont les méchants.

Mais dans un roman ou un film, je trouve le manichéisme bien agréable parfois. Une oeuvre de fiction n'a pas toujours vocation à représenter la réalité, mais parfois à nous... divertir... et le manichéisme EST divertissant... :wink:

Lucky
Lucky
 
Messages: 496
Inscription: 12 Nov 2003, 01:17

Messagede von Rauffenstein le 12 Nov 2003, 21:49

silverwitch a écrit:
Panzerchoumi a écrit:Et si ça ne parlait pas de la Nature, mais de la nature humaine hmmm ?

Les Entes, par exemple, seraient la caricature des éminents et très savants confrères de Tolkien à Oxford (ou Cambridge je ne sais plus, où il professait la philologie).

Arf, trop compliqué tout ça, n'est-ce pas ?


Panzerchoumi,

Alors le discours des Entes est décrédibilisé, peu importe ce qu'ils racontent...Leur colère à voir détruite la Nature par le fer...Si c'est une oeuvre à trous dont il faut deviner les références, je n'en sortirai pas...

Si l'on veut parler de la Nature Humaine, le plus souvent on parle directement d'elle. Cela se fait au moins depuis Homère et n'empêche en rien l'épopée, la saga. Pourquoi parler d'arbres s'ils n'ont d'importance, d'eau si l'on veut parler des hommes? J'avoue que cela me semble un peu exagéré. Il est possible qu'il s'amuse à faire des références aux hommes. Mais cela ne peut être tourné que vers ce que tu décris. Sinon quelle est la valeur de la proposition que tu faisais tout à l'heure à propos de la Nature Humaine et des canons? Apprendra-t-on que la violence chez Tolkien fait référence à une bataille d'escargots dans son jardin anglais.

Pour l'instant je préfère rester très terre à terre.

Silverwitch
Comme je le disais à Shunt ailleurs, depuis que l'homme se racontait des histoires autour d'un bon cuisseau de mamouth dans les cavernes, on n'a pas inventé et créé de nouveaux mythes.

Il n'est pas étonnant de retrouver l'Illiade et l'Odyssée dans l'oeuvre de Tolkien pour la bonne et simple que raison que l'éminent Tolkien était aussi un expert des cultures et civilisations antiques. Il a voulu synthétiser tous les mythes humains en un seul, à travers cette histoire.

Elle prend un relief particulier, de plus, entre les deux guerres mondiales, à l'époque de l'avènement de la civilisation mécanique. La culture et les traditions, les décisions prises en commun à l'assemblée des Sages face à l'efficacité et la rapidité de décision des dirigeants du monde moderne qui ont mis en équation le travail de l'homme, l'ont dépossédé de son savoir et de sa valeur individuelle pour le placer dans l'immense champ du travail en miette dont il n'est même plus un rouage, mais une matière première remplaçable à l'infini.

Sauron, c'est la lignée des rois assyriens, mais aussi Attila, Napoléon et Hitler dont il devine d'un sombre pressentiment l'avènement à sa réelle dimension de monstre universel et intemporel.
Le fascisme au fait, c'était pas déjà l'histoire d'un mec en marche qui fascinait les foules avec son culte de la personnalité ?
Avatar de l'utilisateur
von Rauffenstein
ultima ratio regum
 
Messages: 46968
Inscription: 20 Fév 2003, 18:01
Localisation: Auteuil

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 22:10

Lucky a écrit:Ce que je juge ennuyeux, ce n'est pas l'ambiguité, ce serait le fait qu'il faille toujours la souligner, qu'elle doive toujours être le thème d'un film.

Et si ma formulation est bipolaire, ce n'est pas par manichéisme, je soulignais simplement qu'il y a différent genres de films. J'en ai cité deux diamétralement opposés, ça ne veut pas dire que ce soit les seuls qui existent... :lol:

Et puis après tout, j'aime le manichéisme dans une oeuvre, c'est reposant. Ce que je n'apprécie pas, c'est le manichéisme dans la vie. Au cinéma, il me dérange si c'est un film qui veut nous enfoncer dans la gorge une lecture d'évènement historiques, nous expliquer où sont les gentils et où sont les méchants.

Mais dans un roman ou un film, je trouve le manichéisme bien agréable parfois. Une oeuvre de fiction n'a pas toujours vocation à représenter la réalité, mais parfois à nous... divertir... et le manichéisme EST divertissant... :wink:

Lucky


Lucky,

L'ambiguité n'est jamais le thème d'un film, mais une composante essentielle de la représentation fictionnelle au cinéma. Pourquoi au cinéma particulièrement? Parce que le cinéma est le miroir le plus proche de la réalité. Les personnages qui vivent, aiment ou meurent sur l'écran sont des êtres humains, de chair et de sang, des individus concrets et non des représentations stéréotypées. Je ne crois pas que le cinéma soit le mieux placé pour représenter des mythes. C'est un domaine où le langage est à son aise, dans les contes ou les récits.

J'apprécie assez ta nuance subtile concernant ta proposition "bipolaire". Mais la bipolarité même suppose deux pôles bien distincts. C'est cela que je contredis. Comme par hasard, tu prends deux exemples antinomiques. Cela me gêne un peu, parce que cela renforce ta thèse. Prenons l'exemple d'un film d'aventures comme Pirates de Roman Polanski. Le film respecte de nombreux critères et stéréotypes: le capitaine barbu, le jeune mousse, la belle aristocrate, le méchant officier espagnol, etc...Là où un cinéaste médiocre sombrerait dans le manichéisme, Polanski part des stéréotypes pour creuser la représentation. Il cherche les failles, les creux, et comprend les motivations humaines des personnages. Pour moi c'est le premier critère presque pour qu'un film mérite le déplacement. Qu'il ne nous prémâche pas la réalité et le récit. Devant le film de Jackson, j'ai cette impression de consommer un petit pot pour bébé, rien n'accroche, la recette est en place.

Je ne crois pas que les oeuvres manichéennes soient si innocentes que cela au cinéma. On voit comment certains films de fiction justifient du mieux qu'ils peuvent le droit de tuer. Un film concerne toujours la réalité du monde. Il n'est pas hors du monde. J'espère être claire en disant que les stéréotypes ne me dérangent pas: des magiciens dans le Seigneur des Anneaux avec un costume et barbe blanche ce n'est pas un problème. Ce qui me dérange c'est cette réduction vers le simplisme. D'entraîner le spectateur vers des contrées qu'il connaît par coeur. Le sacrifice des héros, la mort courageuse qui s'oppose à la fourberie des autres. Cela me dérange parce que c'est trop simple. C'est faux. Je ne vois jamais la séduction du Mal dans le Seigneur des Anneaux. Dans Star Wars, les enjeux sont plus stéréotypés, mais cette séduction est présente. Je comprends la colère, l'impatience, les sentiments à l'oeuvre.

Enfin heureusement que le cinéma nous divertit. Mais divertir cela ne signifie pas nous raconter des histoires (au sens de mensonges), cela veut dire aussi nous amuser, nous faire apprendre quelque chose avec le jeu.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Silverwitch le 12 Nov 2003, 22:15

Panzerchoumi a écrit:Comme je le disais à Shunt ailleurs, depuis que l'homme se racontait des histoires autour d'un bon cuisseau de mamouth dans les cavernes, on n'a pas inventé et créé de nouveaux mythes.

Il n'est pas étonnant de retrouver l'Illiade et l'Odyssée dans l'oeuvre de Tolkien pour la bonne et simple que raison que l'éminent Tolkien était aussi un expert des cultures et civilisations antiques. Il a voulu synthétiser tous les mythes humains en un seul, à travers cette histoire.

Elle prend un relief particulier, de plus, entre les deux guerres mondiales, à l'époque de l'avènement de la civilisation mécanique. La culture et les traditions, les décisions prises en commun à l'assemblée des Sages face à l'efficacité et la rapidité de décision des dirigeants du monde moderne qui ont mis en équation le travail de l'homme, l'ont dépossédé de son savoir et de sa valeur individuelle pour le placer dans l'immense champ du travail en miette dont il n'est même plus un rouage, mais une matière première remplaçable à l'infini.

Sauron, c'est la lignée des rois assyriens, mais aussi Attila, Napoléon et Hitler dont il devine d'un sombre pressentiment l'avènement à sa réelle dimension de monstre universel et intemporel.


Panzerchoumi,

Je comprends ta réflexion. Sur le principe je suis d'accord. C'est sur la réalisation des intentions que tu décris que je diverge pour l'instant. Tout cela représenté à l'écran me paraît assez pauvre. Très loin du fabuleux, du fantastique et de l'épopée. Franchement le montage parallèle des deux combats de la fin du deuxième film est très décevant. Ce montage haché, obscur produit un effet assez ennuyeux. Aucune chair, aucune émotion forte.

Quitte à espérer un autre film, il aurait pu être beaucoup plus flamboyant, en accentuant les contrastes, en jouant sur les ombres, sur la dramatisation de la lumière. Regarde chez Kurosawa ou Eisenstein. Eux parviennent à se hisser à la hauteur du souffle du mythe. Là je ne vois qu'un travail appliqué de copiste précautionneux. C'est dommage de n'avoir pas assez confiance dans son support.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede von Rauffenstein le 12 Nov 2003, 22:21

Comme l'a dit Caboum, le problème, ce sont les fans. Y'a qu'à voir comment Chéreau a été accueilli quand il a monté le Ring au Festspielhaus de Bayreuth en 79. Une Walkyrie doit être en peau de bête et Siegfried doit être casqué de cornes d'auroch.

Il n'empêche que le mythe et sa musique sont là. Je trouve même cela extraordinairement bien rendu. La malice des Hobbits. La course des orques. La grâce des Elfes. La fierté des Cavaliers du Rohan. La monstrosité des armées du Mordor Il n'y a rien à dire.

Gollum ! Gollum !
Le fascisme au fait, c'était pas déjà l'histoire d'un mec en marche qui fascinait les foules avec son culte de la personnalité ?
Avatar de l'utilisateur
von Rauffenstein
ultima ratio regum
 
Messages: 46968
Inscription: 20 Fév 2003, 18:01
Localisation: Auteuil

Messagede Cortese le 12 Nov 2003, 22:24

C'est Bilbo le Hobbit qui a été créé avant guerre (1936), par contre le Seigneur des Anneaux qui au début n'en n'était qu'une suite sans ambition particulière, a semble t il échappé à l'idée de départ de l'auteur, pour une raison bien simple : le bouquin est sorti en 1953, je crois, et les trois volumes ont sans doute été écrits pendant et juste après la seconde guerre mondiale.
Sauron c'est tout simplement Hitler.
Maintenant si l'histoire est manichéiste (et c'est vrai), elle ne peut ne pas l'être, parce que contrairement aux films, disons intimistes, qui ne prennent pas beaucoup de risques finalement, l'histoire des Anneaux est le reflet d'une réalité, d'un affrontement armé colossal et mondial, de sacrifices humains affreux. Et face à ça, les humains se sentent tout petits, aussi petits que des Hobbits. Il n'y a devant tant de démesure et d'horreur, plus de place pour la nuance, c'est le domaine du mythe, pas le domaine du roman. D'ailleurs comment reprocher au "Seigneur des Anneaux" son manichéisme, alors que l'histoire officielle, imposée par les vainqueurs, de la Seconde Guerre Mondiale, est encore plus simpliste et manichéiste ?
Cortese
dieu
 
Messages: 33533
Inscription: 23 Fév 2003, 20:32

Messagede von Rauffenstein le 12 Nov 2003, 22:26

Ah tiens, je pensais le "Seigneur des Anneaux" antérieur à la guerre de 39.

Bon. Se battre contre le nazisme, c'était manichéen aussi. Sans doute. Donc il ne faut rien raconter à ce sujet. Pas bien.
Le fascisme au fait, c'était pas déjà l'histoire d'un mec en marche qui fascinait les foules avec son culte de la personnalité ?
Avatar de l'utilisateur
von Rauffenstein
ultima ratio regum
 
Messages: 46968
Inscription: 20 Fév 2003, 18:01
Localisation: Auteuil

Messagede Cortese le 12 Nov 2003, 22:39

Panzerchoumi a écrit:Ah tiens, je pensais le "Seigneur des Anneaux" antérieur à la guerre de 39.

Bon. Se battre contre le nazisme, c'était manichéen aussi. Sans doute. Donc il ne faut rien raconter à ce sujet. Pas bien.


Euh je sais pas. Tout ce que je sais c'est que tous les chefs des contrées du Sud auxquelles j'ai le douteux privilèges d'appartenir, qui osent sélever contre l'Ordre établi sont systématiquement taxé d'"Hitlers" !
Donc finalement, moi quand je lis le SDA, l'ambiguité je ne peux pas ne pas la voir ! Je suis bien placé pour savoir que le Bien et le Mal sont des notions extrêmement relatives.
Moi le peu que j'ai vu du film ne m'a pas franchement plu, et je trouve l'analyse de Silverwitch juste, d'autant plus que j'ai déjà récriminé hier contre le traitement contemporain de la lumière et de la mise en scène, de la caractérisation des rôles et l'inaptitude totale des réalisateurs à ce qui est épique (et pour la plupart du reste aussi d'ailleurs, et c'est pourquoi je fais la grève du cinéma, en espérant qu'un jour il sorte de l'ornière).
Cortese
dieu
 
Messages: 33533
Inscription: 23 Fév 2003, 20:32

Just for the record

Messagede Lucky le 12 Nov 2003, 22:57

Tolkien s'est défendu vigoureusement d'avoir fait une allégorie de la seconde guerre mondiale. Il a affirmé avec force que Le seigneur des anneaux ne devait pas être vu comme tel.

A priori, en étudiant les mythes et légendes germaniques, il en est venu à regretter que les mythes et légendes saxons aient été totalement perdus après l'invasion normande, et il a eu envie de recréer un conte mythologique, pour faire contrepoint à la légende des chevaliers de la table ronde, qu'il considérait comme normande.

Lucky
Lucky
 
Messages: 496
Inscription: 12 Nov 2003, 01:17

Messagede Lucky le 12 Nov 2003, 23:59

silverwitch a écrit:
Lucky a écrit:Ce que je juge ennuyeux, ce n'est pas l'ambiguité, ce serait le fait qu'il faille toujours la souligner, qu'elle doive toujours être le thème d'un film.

Et si ma formulation est bipolaire, ce n'est pas par manichéisme, je soulignais simplement qu'il y a différent genres de films. J'en ai cité deux diamétralement opposés, ça ne veut pas dire que ce soit les seuls qui existent... :lol:

Et puis après tout, j'aime le manichéisme dans une oeuvre, c'est reposant. Ce que je n'apprécie pas, c'est le manichéisme dans la vie. Au cinéma, il me dérange si c'est un film qui veut nous enfoncer dans la gorge une lecture d'évènement historiques, nous expliquer où sont les gentils et où sont les méchants.

Mais dans un roman ou un film, je trouve le manichéisme bien agréable parfois. Une oeuvre de fiction n'a pas toujours vocation à représenter la réalité, mais parfois à nous... divertir... et le manichéisme EST divertissant... :wink:

Lucky


Lucky,

L'ambiguité n'est jamais le thème d'un film, mais une composante essentielle de la représentation fictionnelle au cinéma. Pourquoi au cinéma particulièrement? Parce que le cinéma est le miroir le plus proche de la réalité. Les personnages qui vivent, aiment ou meurent sur l'écran sont des êtres humains, de chair et de sang, des individus concrets et non des représentations stéréotypées. Je ne crois pas que le cinéma soit le mieux placé pour représenter des mythes. C'est un domaine où le langage est à son aise, dans les contes ou les récits.

Une représentation de la réalité, même proche, est forcément simplificatrice, subjective et donc condamnée à la caricature, non ? Ceci dit, je suis d'accord que la différence entre un bon film et un grand film réside sans doute dans sa subtilité, du moins à mon goût, mais il n'est pas obligatoirement partagé par tous... :lol:

J'apprécie assez ta nuance subtile concernant ta proposition "bipolaire". Mais la bipolarité même suppose deux pôles bien distincts. C'est cela que je contredis. Comme par hasard, tu prends deux exemples antinomiques. Cela me gêne un peu, parce que cela renforce ta thèse. Prenons l'exemple d'un film d'aventures comme Pirates de Roman Polanski. Le film respecte de nombreux critères et stéréotypes: le capitaine barbu, le jeune mousse, la belle aristocrate, le méchant officier espagnol, etc...Là où un cinéaste médiocre sombrerait dans le manichéisme, Polanski part des stéréotypes pour creuser la représentation. Il cherche les failles, les creux, et comprend les motivations humaines des personnages. Pour moi c'est le premier critère presque pour qu'un film mérite le déplacement. Qu'il ne nous prémâche pas la réalité et le récit. Devant le film de Jackson, j'ai cette impression de consommer un petit pot pour bébé, rien n'accroche, la recette est en place.

Je t'accorde qu'il n'est sans doute pas parfait. Il s'est peut-être trop attaché à des détails, comme la construction d'une identité architecturale pour chaque "peuple", ou le design des armes, alors qu'il aurait pu s'attacher à plus nuancer ses personnages. Il n'en reste pas moins un bon film à mes yeux, car le travail accompli par Jackson et son équipe est colossal... pas parfait, mais tout à fait honnête quand même...

Je ne crois pas que les oeuvres manichéennes soient si innocentes que cela au cinéma. On voit comment certains films de fiction justifient du mieux qu'ils peuvent le droit de tuer. Un film concerne toujours la réalité du monde. Il n'est pas hors du monde.

Je crois qu'il faut quand même faire confiance aux spectateurs pour prendre la chose au second degré, on ne va pas sortir son flingue et dégommer notre voisin pour autant... Un film violent ne justifie le meurtre aux yeux de personne

J'espère être claire en disant que les stéréotypes ne me dérangent pas: des magiciens dans le Seigneur des Anneaux avec un costume et barbe blanche ce n'est pas un problème. Ce qui me dérange c'est cette réduction vers le simplisme. D'entraîner le spectateur vers des contrées qu'il connaît par coeur. Le sacrifice des héros, la mort courageuse qui s'oppose à la fourberie des autres. Cela me dérange parce que c'est trop simple. C'est faux. Je ne vois jamais la séduction du Mal dans le Seigneur des Anneaux. Dans Star Wars, les enjeux sont plus stéréotypés, mais cette séduction est présente. Je comprends la colère, l'impatience, les sentiments à l'oeuvre.

Si, très sincèrement, Le seigneur des anneaux est plus subtile que tu ne le penses. Sauron n'est pas présenté comme le mal, il est un homme qui a été corrompu par le pouvoir, il a été bon autrefois, c'est très explicite. Il en va de même pour Gollum, il n'est pas schizo comme on peut le conclure de ses dialogues avec lui-même. Il y a en lui Sméagol et Gollum, le bien et le mal, qui luttent pour posséder son âme.

Enfin heureusement que le cinéma nous divertit. Mais divertir cela ne signifie pas nous raconter des histoires (au sens de mensonges), cela veut dire aussi nous amuser, nous faire apprendre quelque chose avec le jeu.

Tout à fait d'accord, mais à partir du moment où tu racontes des choses qui n'ont pas existé, techniquement, c'est un mensonge, mais est-ce que c'est grave ? Dédramatisons...

Silverwitch
Lucky
 
Messages: 496
Inscription: 12 Nov 2003, 01:17

Messagede Maverick le 13 Nov 2003, 00:13

Je regarde Shinning pour la 1er fois en ce moment, jai deja peur !!! :cry: :cry:

Image
Hamilton, champion du monde de F1 moral 2021
Verstappen, champion du monde FIA/Masi 2021

Image
Avatar de l'utilisateur
Maverick
Bête de sexe
 
Messages: 41573
Inscription: 22 Fév 2003, 00:02
Localisation: Dans ton cul !!

Re: Just for the record

Messagede Cortese le 13 Nov 2003, 00:35

Lucky a écrit:Tolkien s'est défendu vigoureusement d'avoir fait une allégorie de la seconde guerre mondiale. Il a affirmé avec force que Le seigneur des anneaux ne devait pas être vu comme tel.

A priori, en étudiant les mythes et légendes germaniques, il en est venu à regretter que les mythes et légendes saxons aient été totalement perdus après l'invasion normande, et il a eu envie de recréer un conte mythologique, pour faire contrepoint à la légende des chevaliers de la table ronde, qu'il considérait comme normande.

Lucky


Oula, ça devient compliqué, là. Vu que les Normands (du moins beaucoup d'entre eux, surtout au XIe siècle quand l'invasion viking était proche dans le temps) sont originaires du Danemark ou du Schleswig-Holstein (en Allemagne) qui en est le prolongement, sachant que pendant l'Occupation, les soldats allemands originaires de cette région arrivait à converser en patois avec les anciens, et que les Saxons ne devaient pas venir d'un coin d'Allemagne bien éloigné de la région sus-nommée, j'aurais bien du mal à croire que tous ces gens qui se sont mélangés dans cette région, minuscule à l'échelle du monde, n'aient pas une histoire commune en remontant un tout petit peu avant.
Evidemment que tout le monde à cru reconnaître Hitler en Sauron (surtout en 1953 !), mais il aurait fallu que Tolkien soit un peu bête pour reconnaitre cette filiation, vu la quantité d'embêtements divers que ça lui aurait amené.
Cortese
dieu
 
Messages: 33533
Inscription: 23 Fév 2003, 20:32

Messagede Silverwitch le 13 Nov 2003, 00:57

Panzerchoumi a écrit:Comme l'a dit Caboum, le problème, ce sont les fans. Y'a qu'à voir comment Chéreau a été accueilli quand il a monté le Ring au Festspielhaus de Bayreuth en 79. Une Walkyrie doit être en peau de bête et Siegfried doit être casqué de cornes d'auroch.

Il n'empêche que le mythe et sa musique sont là. Je trouve même cela extraordinairement bien rendu. La malice des Hobbits. La course des orques. La grâce des Elfes. La fierté des Cavaliers du Rohan. La monstrosité des armées du Mordor Il n'y a rien à dire.

Gollum ! Gollum !


Panzerchoumi,

Boulez/Chéreau à Bayreuth ça date de 76 déjà et on en parle encore. À ce stade certains wagnériens ne sont plus des "fans" mais d'indécrottables conservateurs de musée. Or je ne crois pas que l'art est voué à être figé.

Tu mets de le doigt sur ce qui me gênait dans cette dévotion absolue à la lettre du roman que souhaient certains fans du Seigneur des Anneaux. Si l'on peut comparer directement l'Opéra et le cinéma, alors Peter Jackson doit bénéficier d'une liberté d'interprete afin de révéler son point de vue sur l'oeuvre adaptée ou plutôt non, transcrite cinématographiquement. Je dis transcrite car c'est comme si on changeait l'orchestration avec le nouveau médium. Ce qui compte pour le cinéaste, j'espère que c'est l'esprit avant la lettre. Ici le film me fait un peu penser aux intégristes de la musique classique qui veulent à tout prix qu'on joue les sonates de Mozart sur d'affreux pianoforte du XVIIIè, quitte à faire endurer aux auditeurs des sonorités en ruine.

La question que je me pose Panzer, c'est de savoir comment vient ton plaisir à la vision du film de Jackson. Est-ce une satisfaction de retrouver les souvenirs de lecture? Si tu n'avais pas lu Tolkien ou mal comme moi, il en serait sans doute autrement. Ce film c'est un peu l'eau tiède, difficile à obtenir mais qui ne me contente pas. Enfin c'est vrai que le personnage de Gollum est assez touchant. C'est le seul personnage dont je garde un souvenir ému.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Silverwitch le 13 Nov 2003, 01:18

Lucky a écrit:Une représentation de la réalité, même proche, est forcément simplificatrice, subjective et donc condamnée à la caricature, non ? Ceci dit, je suis d'accord que la différence entre un bon film et un grand film réside sans doute dans sa subtilité, du moins à mon goût, mais il n'est pas obligatoirement partagé par tous... :lol:


La caméra possède un pouvoir objectivant sur ce qu'elle capte. Autant une représentation picturale peut-être qualifiée de subjective, autant la subjectivité d'une image de cinéma a pourtant une valeur objective. Elle est un point de vue sur une réalité qui a eu lieu. Cette réalité d'un temps et d'un espace concret s'inscrit sur la pellicule.

Ensuite, il faut envisager certes qu'un film comme toute oeuvre n'épuise pas le réalité certes, mais qu'il y a une représentation plus juste qu'une autre. C'est Jean Renoir qui disait à Satyajit Ray: "On n'a pas besoin de mettre beaucoup de choses dans un film, mais il faut prendre soin de ne mettre que des choses justes". Certains films me font l'effet de savoir une fois pour toutes à quoi ressemble un être humain. Je ne sais comment le dire autrement, mais ils abolissent toute distinction entre l'etre et le paraître. Et ce n'est pas qu'un critère physique, ils font de leurs personnages une caricature, un pantin. L'exemple typique serait Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, visiblement il sait exactement à quoi ressemble une concierge ou un épicier à Paris. Je trouve cette démarche fausse.

Lucky a écrit:Je t'accorde qu'il n'est sans doute pas parfait. Il s'est peut-être trop attaché à des détails, comme la construction d'une identité architecturale pour chaque "peuple", ou le design des armes, alors qu'il aurait pu s'attacher à plus nuancer ses personnages. Il n'en reste pas moins un bon film à mes yeux, car le travail accompli par Jackson et son équipe est colossal... pas parfait, mais tout à fait honnête quand même...


Oui, d'accord. Pour autant ce n'est pas le souci du détail qui m'ennuie le plus: c'est aussi la faiblesse de la forme adoptée. Chaque peuple à sa forme, mais la forme en elle-même, bof. Par contre, on ne juge pas les films à la quantité de travail fourni...Si les films étaient jugés parce qu'ils ont beaucoup travaillé....Mais je partage à priori ta conclusion, surtout que tu connais les films en question mieux que moi.

Lucky a écrit:Je crois qu'il faut quand même faire confiance aux spectateurs pour prendre la chose au second degré, on ne va pas sortir son flingue et dégommer notre voisin pour autant... Un film violent ne justifie le meurtre aux yeux de personne


Ce n'est pas un manque de confiance..Je sais juste que face aux images nous sommes fragiles et aisément manipulables. Plus que notre cerveau ne veut bien l'avouer.

Lucky a écrit:Si, très sincèrement, Le seigneur des anneaux est plus subtile que tu ne le penses. Sauron n'est pas présenté comme le mal, il est un homme qui a été corrompu par le pouvoir, il a été bon autrefois, c'est très explicite. Il en va de même pour Gollum, il n'est pas schizo comme on peut le conclure de ses dialogues avec lui-même. Il y a en lui Sméagol et Gollum, le bien et le mal, qui luttent pour posséder son âme.


Je ne crois pas que l'homme soit entre deux abimes: d'un côté le bien, de l'autre le mal. Ce serait si simple ainsi. Les hésitations des personnages comme Frodon me paraissent également très mécaniques.

Lucky a écrit:Tout à fait d'accord, mais à partir du moment où tu racontes des choses qui n'ont pas existé, techniquement, c'est un mensonge, mais est-ce que c'est grave ? Dédramatisons...


Raconter une histoire ne veut pas dire tromper celui qui l'écoute. Tu lui dis: je te raconte une histoire. D'autres te racontent une histoire et veulent te faire croire que les choses sont simples ou telles que présentées dans l'histoire. Là encore ce n'est pas d'un côté la vérité ou le mensonge. C'est la vérité d'une histoire ou une histoire mensongère.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede von Rauffenstein le 13 Nov 2003, 01:23

silverwitch a écrit:
Panzerchoumi a écrit:Comme l'a dit Caboum, le problème, ce sont les fans. Y'a qu'à voir comment Chéreau a été accueilli quand il a monté le Ring au Festspielhaus de Bayreuth en 79. Une Walkyrie doit être en peau de bête et Siegfried doit être casqué de cornes d'auroch.

Il n'empêche que le mythe et sa musique sont là. Je trouve même cela extraordinairement bien rendu. La malice des Hobbits. La course des orques. La grâce des Elfes. La fierté des Cavaliers du Rohan. La monstrosité des armées du Mordor Il n'y a rien à dire.

Gollum ! Gollum !


Panzerchoumi,

Boulez/Chéreau à Bayreuth ça date de 76 déjà et on en parle encore. À ce stade certains wagnériens ne sont plus des "fans" mais d'indécrottables conservateurs de musée. Or je ne crois pas que l'art est voué à être figé.

Tu mets de le doigt sur ce qui me gênait dans cette dévotion absolue à la lettre du roman que souhaient certains fans du Seigneur des Anneaux. Si l'on peut comparer directement l'Opéra et le cinéma, alors Peter Jackson doit bénéficier d'une liberté d'interprete afin de révéler son point de vue sur l'oeuvre adaptée ou plutôt non, transcrite cinématographiquement. Je dis transcrite car c'est comme si on changeait l'orchestration avec le nouveau médium. Ce qui compte pour le cinéaste, j'espère que c'est l'esprit avant la lettre. Ici le film me fait un peu penser aux intégristes de la musique classique qui veulent à tout prix qu'on joue les sonates de Mozart sur d'affreux pianoforte du XVIIIè, quitte à faire endurer aux auditeurs des sonorités en ruine.

La question que je me pose Panzer, c'est de savoir comment vient ton plaisir à la vision du film de Jackson. Est-ce une satisfaction de retrouver les souvenirs de lecture? Si tu n'avais pas lu Tolkien ou mal comme moi, il en serait sans doute autrement. Ce film c'est un peu l'eau tiède, difficile à obtenir mais qui ne me contente pas. Enfin c'est vrai que le personnage de Gollum est assez touchant. C'est le seul personnage dont je garde un souvenir ému.

Silverwitch
79/76. Désolé. J'ai chourfé sur mon pad numérique. Pas vu en plus... Bon, t'as compris quand même ce que je voulais dire hein ? Au fait, tu aurais pu relever dans la Matrice que le train-train des frères lumières n'entre pas en gare d'Aix en Provence, mais de la Ciotat. Alors bordel ? Y'a du relachement là.

Perso, je ne pose pas le problème comme ça. Quand Siegfried Wagner se pose en gardien absolu de l'héritage de son père et reproduit avec la plus grande fidélité la messe originelle, oui, ça barbe. mais quand Wagner ouvre son temple à Bayreuth et lâche la purée la première fois sur le Ring, sur Tristan où Parsifal, il n'y a pas répétition. Il y a découverte.

C'est pareil en ce qui concerne le Seigneur des Anneaux. Il y a la première tentative cinématographique de recréer pour l'écran l'univers de Tolkien. Et le lecteur de l'Anneau est aux anges. Qui se plaint ici à part les gens qui n'ont pas accroché au tryptique ? Tous les fans sont unanimes. Ils sont soufflés par la réalisation. Que tu n'aimes pas ensuite les couleurs, ceci et cela, c'est ton problème. Pas le mien. Moi je colle.

Je colle quand je découvre le monde des Hobbits, la lumière du soleil sur leurs terres de leur comté, leurs traditions, leur culture, leur architecture. Je colle encore quand j'entre avec eux dans la forêt des Elfes et découvre ces derniers. Je colle quand je découvre les orques où les cavaliers du Rohan au Gouffre de Helm. Quand j'entre dans le monde souterrain des nains. Quand Gandalf le Gris affronte le ballrog. Je n'imagine pas autrement le monde de Gondor ou de Mordor. Gollum est tel que je l'ai lu. Je suis toujours aussi ému de l'indéfectible amitié de Sam pour Frodon.

Pourquoi ? Parce que c'est la première fois. Et que cette première fois est fidèle à mes attentes. Libre aux réalisateurs à venir de reprendre le conte et de le réaliser autrement.

C'est tout et le reste, c'est du blabla de gens qui n'ont pas aimé l'histoire en soi. Ils en ont le droit. mais on a parfaitement compris que tu n'aimais pas. On en est convaincu rassure toi. Es tu convaincue maintenant que nous avons bien compris que tu n'as pas aimé ?
Le fascisme au fait, c'était pas déjà l'histoire d'un mec en marche qui fascinait les foules avec son culte de la personnalité ?
Avatar de l'utilisateur
von Rauffenstein
ultima ratio regum
 
Messages: 46968
Inscription: 20 Fév 2003, 18:01
Localisation: Auteuil

Messagede Silverwitch le 13 Nov 2003, 01:24

Cortese a écrit:Maintenant si l'histoire est manichéiste (et c'est vrai), elle ne peut ne pas l'être, parce que contrairement aux films, disons intimistes, qui ne prennent pas beaucoup de risques finalement, l'histoire des Anneaux est le reflet d'une réalité, d'un affrontement armé colossal et mondial, de sacrifices humains affreux. Et face à ça, les humains se sentent tout petits, aussi petits que des Hobbits. Il n'y a devant tant de démesure et d'horreur, plus de place pour la nuance, c'est le domaine du mythe, pas le domaine du roman. D'ailleurs comment reprocher au "Seigneur des Anneaux" son manichéisme, alors que l'histoire officielle, imposée par les vainqueurs, de la Seconde Guerre Mondiale, est encore plus simpliste et manichéiste ?


Cortese,

Si nous imposons une histoire manichéenne, cela ne dispense en rien l'art d'une légitime critique. La fonction de l'art est aussi d'ouvrir des espaces de liberté dans un monde qui la restreint parfois abusivement. Sinon en quelque sorte, ton livre n'est pas si éloigné de l'art officiel.

L'ambition totalitaire (dans le bon sens du terme) de l'oeuvre, je peux la comprendre. Mais il est possible de ne pas perdre le détail dans le tout, c'est une question de point de vue. Là tu sembles accepter le point de vue qui écrase l'humanité sous son aile de géant. Moi je rappelle juste qu'en modifiant son point de vue, ce n'est pas nous qui sommes petits mais les autres qui sont démesurés (souviens toi de Swift). Homère a montré comment sauvegarder la subtilité au milieu du fracas. Récemment un film comme "La Ligne Rouge" de Terrence Malick en témoigne exemplairement. Quelque chose dépasse l'individu, le broye, l'écrase et pourtant le film nous montre les deux aspects de cette réalité. Nos rêves d'un paradis perdu, nos souvenirs enfouis, notre faiblesse et notre grandeur.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

Messagede Silverwitch le 13 Nov 2003, 01:30

Panzerchoumi a écrit:79/76. Désolé. J'ai chourfé sur mon pad numérique. Pas vu en plus... Bon, t'as compris quand même ce que je voulais dire hein ? Au fait, tu aurais pu relever dans la Matrice que le train-train des frères lumières n'entre pas en gare d'Aix en Provence, mais de la Ciotat. Alors bordel ? Y'a du relachement là.


Pardon, je n'avais pas vu que tu avais écrit 1979. Ce n'était pas une précision contre ton texte hein. J'en avais compris l'esprit. Et je préfère toujours sacrifier la lettre à l'esprit.

Panzerchoumi a écrit:C'est pareil en ce qui concerne le Seigneur des Anneaux. Il y a la première tentative cinématographique de recréer pour l'écran l'univers de Tolkien. Et le lecteur de l'Anneau est aux anges. Qui se plaint ici à part les gens qui n'ont pas accroché au tryptique ? Tous les fans sont unanimes. Ils sont soufflés par la réalisation. Que tu n'aimes pas ensuite les couleurs, ceci et cela, c'est ton problème. Pas le mien. Moi je colle.

Pourquoi ? Parce que c'est la première fois. Et que cette première fois est fidèle à mes attentes. Libre aux réalisateurs à venir de reprendre le conte et de le réaliser autrement.

C'est tout et le reste, c'est du blabla de gens qui n'ont pas aimé l'histoire en soi. Ils en ont le droit. mais on a parfaitement compris que tu n'aimais pas. On en est convaincu rassure toi. Es tu convaincue maintenant que nous avons bien compris que tu n'as pas aimé ?


Je ne crois pas non Panzer. Je ne suis pas capable de formuler une opinion valable sur l'oeuvre de Tolkien. Ce n'est pas tant l'histoire qui me gêne ici que la qualité cinématographique de ce qui est représenté. C'est sur ce point que je critique le film. Pour le reste, je suis désolée de me répéter, mais ce n'est pas le but. Je tentais aussi de cerner ce qui te faisait aimer le film, et non pas de te convaincre que c'est un mauvais film. D'ailleurs je vais le revoir pour confirmer ou infirmer mon opinion sur celui-ci. Je n'ai pas encore d'idée bien arrêtée sur nombre d'enjeux du film qui me sont passés au-dessus de la tête à la vision du film. Tu en pointes certains. J'essaye juste de comprendre ici. Pas d'imposer une manière de voir.

Silverwitch
Image
Ça ne se fait pas de jouer de la lyre tandis que Rome brûle , mais on a tout à fait le droit d'étudier les lois de l’hydraulique.
Avatar de l'utilisateur
Silverwitch
Seven of Nine
 
Messages: 27893
Inscription: 28 Mar 2003, 19:39
Localisation: Filmskigrad

PrécédenteSuivante

Retourner vers Salon, saloon, bistrot du coin

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Ahrefs [Bot] et 8 invités