Garion a écrit:silverwitch a écrit:Ouais...Faut dire que l'opposition nature/technique c'est la tarte à la crème pour le cinéma d'aujourd'hui: Mononoke Hime, Le Seigneur des Anneaux (le bois contre le fer) ou bien encore Star Wars. Le manichéisme a encore de beaux jours devant lui.
Silverwitch,
J'adore le cinéma manichéen

Pour moi les plus belles histoires resteront toujours les contes pour enfants.
Garion (qui est resté un grand enfant et qui rêve d'un monde où tout serait aussi simple que dans les contes)
Garion, il ne faut pas se défendre d'aimer des choses en prétextant qu'il ne s'agit que d'inoffensifs retours en enfance. Parce que je ne crois pas que Star Wars (la première trilogie écrite) relève de l'enfantillage bête et méchant.
Certes, le film historique, "Star Wars", de 1976, est un peu simplet et manque de rythme. Mais pas de souffle. Je crois que Georges Lucas n'est pas un très bon metteur en scène, tout simplement... Quand bien même les Cahiers du Cinéma, après l'avoir violement décrié à sa sortie l'ont classé parmi les 100 meilleurs films du XX° siècle... Certainement à l'origine cette attitude un brin snobinarde qui consiste à casser ce qui est populaire et simple (au sens noble du terme) pour mieux s'en accaparer ensuite et faire un grand coup de pub en thèse de cinéma...

On a fait de même avec les "romans de gare", comme on dit chez les Bac+4, de Lovecraft à Gérard de Villiers... On méprose et on "redécouvre" ensuite, comme si on avait soudain découvert que la terre était ronde et tournait autour du soleil 4 siècles après...
Enfin bref ! Le Star Wars initial plante le décor initial pour, à mon avis, permettre la construction de l'une des plus grandes sagas modernes de notre civilisation. Une saga qui ne nous parlera pas d'avenir, qui ne nous parlera pas de l'étrangeté de l'autre, mais bien plutôt de notre propre étrangeté. De nos peurs et de nos ressentiments. De ce qui nous fonde, tant à travers nos échecs que nos réussites. Et "ça", ce n'est pas manichéen, "ça", c'est nous. Les mythes qui nous ont construit comme ceux que nous continuons à construire.
On a le droit d'être dérangé par une mise en scène, un décor. On n'a pas le droit de dire que c'est mauvais en ce qui concerne la trilogie historique de la Guerre des Etoiles. On a le droit de se sentir mal à l'aise. On a le droit de ne pas sentir touché. On n'a pas le droit d'accuser les autres qui s'y retrouve d'être des simples d'esprits sans esprit critique.
Qu'on en juge. D'abord le grand mythe de la Force et dixit un officier de la première étoile noire : "
l'ancienne religion". Qu'est-ce sinon d'abord la description d'un monde ou seule la puissance matérielle semble permettre la réalisation de soi, d'une culture qui n'est plus que technique ? D'une civilisation qui a oublié d'où elle venait ? Ce qui l'a fondé en Empire ? Les fans de Star Wars voient dans la Force l'expression des religions orientales. C'est certainement vrai. Mais c'est aussi un peur réducteur. Car c'est bien de christianisme dont on parle. C'est bien un film issu de la sphère occidentale et qui a prétention de nous "parler" consciement ou inconsciemment de notre culture. La Force, qu'est-ce sinon le Saint Esprit ? Et les chevaliers Jedi, qui sont-ils sinon tour à tour les gardiens de la Foi et du Graal ? Templiers intemporels qui ont disparu faute d'avoir pu empéché l'inelictable. Gardiens des connaissances broyés et digérés par l'Histoire. Et rares survivants des anciens temps balayés et rendus à l'état de clochards inter-sidéraux. La faute pèse t-elle sur eux ? Comme sur chacun d'entre nous de n'avoir su empécher la tyrannie de s'installer ? On nous parle d'un vague sénateur devenu Empereur. Qu dis-je :Führer ! Et c'est bien de l'Allemagne nazie. Mythique, industrielle, angoissée dont on nous parle en filigrane. La faute de l'homme blanc d'avoir participé à l'érection d'un tel monstre. Mythe moderne de la chute. De n'avoir pas su raison garder quand la colère et ses tentations s'est faite trop forte.
C'est encore de christianisme mais mieux encore, de catholicisme (une notion antique chez les Anglo-Saxons qui l'ont abandonné depuis longtemps) dont on nous parle aussi. Les chevaliers Jedis morts sont aussi des saints qui accomplissent des miracles. Avec lesquels ont peut aussi s'entretenir malgré la distance de la mort. Chez les Catholiques, on appelle ça la "communion entre les vivants et les morts".
Et encore du Chistianisme quand on a le choix, pour connaitre le monde, entre les méthodes du Bien et du Mal. Ce fond noir dont parle l'Eglise, noyé dans les abîmes de chacun de nos coeurs, qu'il est si facile de confondre avec l'intuition du Bien et du Vrai. Et Darth Vader en ange déchu, qui a fait le choix de s'écarter du vrai pour amener son règne. Garion, toi qui aime les Cathares, on peut aussi faire le parrallèle avec le fondement de cette religion. Religion qui croyait que le monde matériel était l'émanation de l'ange favori de Dieu, Satan ou le Grand Arrogant qui avait voulu créer un monde parrallèle à celui du corps divin dans lequel il serait le maitre incontesté
Religieux donc, mais au sens fondamental du terme. Qu'il est dur d'éprouver sa liberté d'homme abandonné aux cercles de pierre !
Mythique et légendaire ensuite. Au delà du religieux. le mythique et légendaire n'apparait qu'à la fin de la trilogie. avec les Ewoks. On a critiqué l'existence de ces petits être velus, jugés trop mignons. Mignons ? Des "hommes sauvages" vivant dans le bosquet fondamental de la grande forêt originelle et qui s'apprêtent quand même à dévorer les intrus égarés sur leur territoire ! Comme le "sauvage", décrit par les savants des expéditions Cook et Bougainville, dévore celui qui s'est égaré sur sa rive pour s'emparer de sa force et de son savoir...

Le sauvage qui collabore aussi avec ces êtres mi-hommes, mi-dieux comme on le suppose les légendes précolombiennes décrivent d'étonnants rapports. Des sauvages qui iront jusqu'à coppuler avec ces "anges", comme décrit dans la Génèse. Des anges qui choisissent parmi les femmes des hommes, leurs compagnes. Et comme on le voit, une tradition orale qui commence pour se perpétuer et se transformer, lorsque l'on voit un vieil Ewok raconter la bataille d'Endor aux jeunes de son peuple... Les débuts d'une civilisation en quelque sorte.
Psychanalytique enfin. En vrac : l'inceste avec Leia, la soeur avec laquelle on babille et s'attouche un peu. Une soeur que l'on voit complaisament mise en valeur "érotique" avec Jabba, sorte de ver-pénis gluant, informe et innomable. La main-sabre tranchée par le père maléfique, ennemi absolu et castrateur. L'homme qui étend sa loi implacable sur le monde et entend bien faire subir cette loi, sa loi, sur le fils pour qu'il devienne comme lui. Pour qu'il devienne lui. Et le fils qui résiste d'abord maladroitement, tente de s'opposer mais essuie echec sur échec jusqu'à en être "castré". S'opposer au père mène au même chemin que lui. Luke le découvre lui-même à la fin de sa quête en tranchant le bras-pénis, le bras totem, de son père et découvre qu'il est passé par les mêmes épisodes qu'il a lui-même subi. La perte de sa puissance. L'étoile de la Mort, sorte d'ovule géant dans lequel pénètre le vaisseau spermatozoïde. Non pour le féconder mais le détruire. Expression de la plus mâle puissance. Après Eros, voici Thanatos. Où les deux fusionnés si l'on veut, dans un dérangeant imbroglio, "
l'ovule" géant étant lui-même porteur de mort, dardant non pas des rayons bienfaiteurs comme toute étoile-soleil digne de ce nom, mais au contraire le plus brutal des anéantissements.
Après ce petit florilège, il me semble difficile de dire que Star Wars soit une oeuvre manichéenne. Le bien, le mal, ce sont des notions basées sur le droit où l'on tranche et on ne nous parle pas de droit ici. Mais bien plutôt de différentes étapes de construction de la personnalité à travers de multiples avatars. Ce qui me semble manichéen plutôt, c'est bien de juger que c'est mal. Et en quoi je vous prie ?