de Fouad le 19 Jan 2012, 15:23
Excellent papier sur la Jean Moulin du paf...
« Une résistante des temps modernes ! » ; « Jean Moulin au féminin ! Avec elle le fascisme ne PA-SSE-RA PAS ! » : depuis deux jours, toute la bobosphère bruisse des exploits antinazis d’Anne-Sophie Lapix, « journaliste » sur Canal+, qui aurait « écrabouillé » Marine Le Pen au cours d’une « interview » qui sent moins le Pulitzer que le cirque Pinder.
On voit vite (et assez clairement) à quoi on a affaire : une vulgaire partie de catch féminin, avec Lapix dans le rôle de la favorite qui joue à domicile, et Le Pen dans celui de la vilaine-pas-belle qui finit battue, forcément, parce qu’à la télé c’est bien connu les méchants perdent toujours à la fin, surtout sur Canal +, chaîne du Bien par excellence. Phrases amputées, sourires faux, pensée inexistante, du lourd dans la bêtise, du méchant sur la forme, et Marine Le Pen un poil dépassée par la fourberie faussement mielleuse de son intervieweuse.
Clairement la candidate FN ne brille pas par sa prestation. Elle parait confuse, hésite beaucoup, se reprend souvent. Elle peine à retrouver ses chiffres, et n’est visiblement pas au top en calcul mental. Mais bon, ce que fais Marine Le Pen, perso j’en serais incapable : répéter des évidences à des parterres de bourgeois-gauchistes pendant des mois, à faire semblant de ne pas entendre leurs petites insultes fielleuses et sournoises, tout en continuant à sourire malgré mes dents sub-optimales, perso je sortirais un .38 et Mlle Lapix aurait probablement gagné un 3e œil au milieu du front. Heureusement pour moi (et pour Anne-Sophie), je ne suis pas candidat. Respirez.
Plus que la médiocre prestation de la candidate FN, c’est bien l’odieuse stupidité de la journaliste de Canal + qui stupéfait. On passera vite sur les petits « hein ? hmmm ? » balancés entre deux phrases pour faire bien sentir qu’elle n’est pas d’accord, qu’elle n’est pas dupe de cette logorrhée fascisante, et qu’elle est donc du bon côté ; on passera aussi, par mansuétude, sur le staccato des interruptions impolies, des éructations approximatives, toujours balancées quand « l’invitée » a le malheur de poser une virgule, d’enchainer une subordonnées, d’essayer de développer.
On remarquera surtout l’agressivité méprisante, la violence sans fard qu’on réserve au candidat de la haine et de l’intolérance, et à aucun autre, parce qu’on appartient, en toute simplicité, au Camp du Bien. Jamais on ne traiterait comme ça un homme du système, un puissant, un comme il faut : on réserve son courage oral à la pestiférée, à la maudite. Faible avec les forts, fort avec les faibles : la maxime terminale du journalisme contemporain. Anne-Sophie est donc une grande journaliste ; on s’en doutait un peu.
Mais on ne peut pas ne pas creuser. On ne peut pas ne pas de demander ce qu’il y a derrière, outre le fait qu’on est sur Canal +, chaîne du foot et du porno, de la consommation triomphante et des bouquets satellites vendus à crédit dans les banlieues surendettées, une chaîne qui « se gave » depuis 20 ans en exploitant le pire de l’âme humaine, le tout sans jamais cesser de se prétendre moralement supérieure.
Lapix est un patronyme peu commun en France. On le recense surtout dans les Pyrénées Atlantiques, où il est typique quoique rare. Notre amie Anne-Sophie est d’ailleurs native de Saint-Jean de Luz, une ville fort coquette où son père, simple ouvrier dans le bâtiment, et sa mère psychologue, ont très probablement fourni à notre chère Anne-Sophie toute l’aisance et le confort que la classe moyenne française des années 70, encore riche, pouvait offrir à ses filles.
C’est plus tard que se produit le glissement, ou le suintement plutôt : Sciences Po (Bordeaux, c’est plus près ; aussi piètre école au début des années 90 que Paris aujourd’hui, sans doute), puis ‘l’école de journalisme’ du coin, où l’on apprend à la jeune Anne-So (comme on l’appelle dans les soirées étudiantes) que le journalisme, c’est avant tout de savoir faire la pute en se la jouant maquerelle. Bristol enfin, où notre future prodige acquiert un vernis de culture anglo-saxonne qui ne va pas, rassurez-vous, jusqu’à parler la langue correctement. Puis Paris, les médias, un mariage, des enfants (deux), et un divorce, dans la foulée, parce que la carrière, tout ça, vous comprenez.
On arrive vite à 2010 et au véritable démarrage, au sens thermodynamique, du moteur Lapix : son mariage avec Arthur Sadoun, un sépharade altier et élégant qui s’est taillé une solide réputation de maître-pub en prenant les rênes de Publicis France avec, c’est ce que murmure la profession, un certain talent.
Et c’est là qu’apparaissent les convergences, ou comme on aime le dire chez Publicis et dans les boîtes de pubards, commeux et autres marketteurs en général, les synergies. Lapix quitte TF1 pour Canal + en 2008, et troque donc un réseau bouyguesque, UMP-compatible (et franc-maçon) pour une ‘famille’ (au sens napolitain) vivendienne, socialophile (et franc-maçonne). Un vrai retournement de veste, donc, une pirouette à la Gatsby pour notre baby-Rastignac du pays basque ; mais n’oublions pas, comme le disait Edgard Faure, que si ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent, c’est bien qu’on sent venir, chez les médiocrates et les enfants de la télé, le vent nouveau de l’alternance. Que voulez-vous, il faut savoir se placer.
Alors il est amusant que notre belle Anne-Sophie ait épousé son publiciste de compagnon pile-poil 18 mois plus tard, surtout quand on connaît les liens entre Vivendi et Publicis d’une part, et ceux unissant Sadoun en particulier et Bertrand Méheut, PDG de Canal +, d’autre part. Publicis est par ailleurs le fournisseur de réclame attitré de Vivendi pour la France. Comme on se retrouve…
Tout ce petit monde, Lapix en tête, s’est d’ailleurs retrouvé invité à diner rue de Valois par notre frétillant Ministre de la Culture Frédéric « they were mostly boxers » Mitterrand, trois mois seulement avant le délicieux mariage de nos tourtereaux télé-publicitaires à la marie du 16e. Touchant.
Ce que dessine ce marigot incestueux, avec ses compromissions, ses bassesses et ses coups tordus, c’est tout simplement le redécoupage de la télévision française et de ses budgets publicitaires, avec en perspective le futur et inévitable dépeçage de France Télévision et de ses cohortes de fonctionnaires surpayés et glandouilleurs. Un poids dont le gouvernement, sans oser le dire pour le moment, aimerait bien se défaire un jour, si possible en graissant au passage les pattes de quelques comparses : ses finances sont en effet au plus bas, et ça ne va pas aller en s’arrangeant. On voit donc qu’Anne-Sophie Lepix joue bien davantage que son salaire de speakerine de luxe à Canal + : elle espère bien, dans la foulée de son fougueux mari, mettre la main sur une part substantielle du pognon de l’audiovisuel français. Tout s’éclaire.
Alors forcément, la violence confrontation entre notre séduisante Luzienne et Marine Le Pen prend soudainement tout son sens. « Je n’avais pas préparé ce clash » prétend, confite d’hypocrisie, notre nouvelle star du PAF. Mon œil ! (comme dirait Jean-Marie) : Lepix ne saurait pas multiplier 6 et 7 sans son Ibook slim mais, pendant l’interview, jonglait miraculeusement avec les milliards ! C’est fou ce que l’instinct du journaliste peut produire comme prouesses ! Tout dans cette interview était calibré, millimétré : le rythme des questions, le tempo des sujets, les pièges régulièrement espacés. Certains prennent vraiment les français pour des cons.
Alors forcément, ce n’est pas seulement par coquetterie bobo que la fée Lepix a tout fait pour se payer la fille du chef ; il en allait également de son futur confort financier. Après tout, ce n’est pas parce qu’on habite l’ouest parisien, qu’on touche 15.000 euros par mois pour ânonner des clichés stupides sur une chaîne privée et qu’on a épousé un magnat du remplissage de « temps de cerveau disponible » que tout est acquis : il faut penser à l’avenir !
L’avenir en l’occurrence, c’est l’appartenance pérenne à l’hyperclasse mondialisée, avec à la clef les week-ends à New York aux frais d’un client de Monsieur et les grandes tables parisiennes pour se partager entre potes le pognon de la télé publique moribonde. « Je n’ai aucune fascination pour le pouvoir » assurait à Gala notre Eva Peron des quais de Seine, « le soir je suis à 18h30 pétantes chez moi pour m’occuper de mes enfants ». Bien sûr ma belle, bien sûr. Alors qu’est ce que tu foutais donc chez Mitterand avec ton fils de pub de mari au lieu de t’occuper des gosses, hmm ? Une soudaine envie de Pommerol et de foie gras aux truffes ?
Cette interview fut un clash des cultures, un choc de deux mondes. D’un côté l’hypernomadisme pété de thunes, l’aristocratie médiatique gavée d’argent public et du pognon de la pub, cette taxe sur la connerie et l’avachissement que nos compatriotes, un jour, abrogeront à grands coups de guillotine. De l’autre l’étatisme naïf d’une femme qui, sans doute, croit sincèrement pouvoir sauver la France. Parce qu’elle est honnête et courageuses, Le Pen croit pouvoir tout emporter. Elle devrait savoir qu’elle n’a aucune chance, que son programme, pour audacieux qu’il semble à certains, n’est qu’une recette pour prolonger le désastre. Mais au moins est-elle encore humaine, c’est-à-dire sincère, friable, vulnérable par moments, souvent volontaire et décidée. Face à elle un cadavre, voire une charogne : toute l’hypocrisie veule du showbizz finissant, arcbouté sur ses privilèges de caste, sur ses copinades et ses petits arrangements entre potes, le tout en distribuant les leçons de morale avec toute l’arrogance du vice devenu vertu. On a beaucoup glosé sur le couple Montebourg – Pulvar ; à côté de Lapix-Sadoun, ils ne sont pourtant que de pitoyables amateurs, des prolos sans ambition. Lepix, c’est l’anti-peuple. Lepix, c’est l’anti-France.
La vraie question, quand on lit les commentaires dithyrambiques sur la prestation de cette idiote manucurée, c’est bien celle-ci : les français se laisseront-ils encore longtemps prendre à ces foutaises manipulatoires ? Réponse en avril 2012.
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