Chevènement locataire tout bénefLogé par la ville de Paris, le candidat MRC encaisse les loyers de deux appartements.Jean-Pierre Chevènement et son épouse, Nisa, sont propriétaires de deux appartements, dans un immeuble très bobo à Ivry-sur-Seine (commune du Val-de-Marne limitrophe de Paris), conçu dans l’esprit ateliers-logements par Pierre Bertheau, que d’aucuns définissent comme «un créateur de lieux pour créateurs». Dans ces bâtiments habitent des peintres, des sculpteurs, des photographes, des cinéastes, des journalistes, des musiciens…
Dans l’immeuble appelé «le 107» car situé au 107, rue Molière, à environ 600 mètres du périphérique, l’ancien ministre et sa femme possèdent deux logements, un petit de 56 m2 et un autre plus grand, de 90 m² avec balcon de 10 m². Ce dernier atelier-logement est loué à un photographe. Libération l’a contacté pour connaître le montant de son loyer. Mais l’intéressé n’a pas souhaité répondre.
Bailleur social. Evidemment, les Chevènement ont droit comme tous les citoyens de posséder un patrimoine immobilier. Mais leur histoire résonne, car le couple est logé à quelques kilomètres de là, dans la capitale, à deux pas du Panthéon par la RIVP (Régie immobilière de la ville de Paris), un bailleur social municipal. Cette situation est connue de longue date puisqu’ils y habitent depuis 1983. L’appartement leur avait été attribué par la mairie de Paris, dirigée à l’époque par Jacques Chirac. Ce n’est pas un HLM au sens strict du terme, mais il comporte de nombreuses caractéristiques du logement social : notamment son faible loyer de 1 519 euros pour 120 m² alors qu’il se trouve dans l’un des quartiers parisiens les plus prisés. En 2008, ils ne payaient que 1 308 euros. Dans le privé, il faudrait compter au minimum de 3 000 à 3 500 euros.
L’information concernant le patrimoine immobilier de Jean-Pierre Chevènement à Ivry-sur-Seine a été révélée il y a quelques jours par l’Agence Bretagne Presse (ABP), implantée dans le Morbihan. Mais elle est passée quasiment inaperçue. A tort, car tous les documents issus des statuts de la société civile immobilière (SCI) Camille-Claudel, constituée lors de la construction de l’immeuble du «107» en 2005 et que l’on peut se procurer sur Infogreffe.fr, attestent que le couple possède bien ces deux ateliers-logements.
Pourquoi l’ABP s’est-elle intéressée au candidat MRC à l’élection présidentielle ? «Parce que c’est un Jacobin qui combat toute forme d’avancée institutionnelle dans les territoires qui revendiquent leur liberté», répond Fabien Lecuyer, le rédacteur en chef, issu de la mouvance indépendantiste bretonne.
Cette affaire de l’appartement loué à bon prix près du Panthéon a refait surface quatre jours après l’annonce de la candidature de Chevènement à l’élection présidentielle. Elle avait déjà fait couler de l’encre par le passé et été relancée par l’Express.fr. Le «Che» comme son entourage y voient une manœuvre «destinée à [le] salir et à [le] faire taire» et à masquer «les vrais enjeux de la campagne électorale». Ses anciens amis socialistes, et notamment le maire du IIIe arrondissement de Paris, Pierre Aidenbaum, qui préside le conseil d’administration de la RIVP, sont montrés du doigt. Les courriers envoyés en septembre 2009 et juillet 2011 par Pierre Aidenbaum (au nom de la RIVP) et invitant Jean-Pierre Chevènement à «trouver une solution à son problème de logement», autrement dit à quitter les lieux, ont été ébruités. Contacté par Libération, un de ses porte-parole a stigmatisé des «officines» qui cherchent à abattre le candidat du MRC, car il est susceptible de prendre des voix à d’autres et notamment à Hollande.
Un proche du couple Chevènement crie à l’injustice et jure que «Jean-Pierre ne s’occupe pas d’immobilier. Il fait de la politique. Il vit dans sa bulle. C’est par le biais de sa femme, Nisa - sculptrice et peintre -, qu’ils ont acheté» à Ivry-sur-Seine.
Abus. Mais le Che, qui «donne beaucoup de leçons de République» (dixit un élu parisien), ne semble pas appliquer à lui-même certaines règles élémentaires. Occuper un logement social de fait quand on a des revenus confortables et un patrimoine immobilier est forcément perçu comme un abus.
D’autant que 83% des Parisiens - souvent bien plus modestes - se frottent aux prix monstrueux du privé pour se loger. Si le Che quittait son appartement, ça ne changerait rien à leur situation.
Mais le symbole serait là.
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