Rainier a écrit:Waddle a écrit:silverwitch a écrit:Waddle a écrit:Je ne connais pas bien l'histoire de France de cette époque, mais tu cites souvent la période 81-83 comme étant la parenthèse socialiste de France.
Il s'est passé quoi sur cette période? Les mesures prises à l'époque étaient vraiment des mesures de gauche, et cela a changé à partir de 1983 c'est ca?
La plupart des mesures prises entre 1981 et 1983 étaient des mesures de gauche, d'une ambition qui détonnait quand le Royaume-Uni était saigné par Thatcher et les États-Unis par Reagan et que le monde entier ou presque basculait dans libéralisme virulent.
On peut citer par exemple:
- Les nationalisations: toutes les grandes banques françaises, les fleurons de l'industrie française.
- La retraite à soixante ans, la 5ème semaine de congés payés, les 39 heures hebdomadaires.
- L'abolition de la peine de mort.
- La création de l'Impôt sur la fortune.
Et j'en oublie certainement beaucoup.
Et pourquoi ce revirement soudain en 1983??
Y a t'il eu un évènement majeur qui pouvait expliquer le changement de cap?
Tout simplement parceque les résultats n'ont pas été à la hauteur des ambitions ..ou pour parler plus simplement : parce que les résultats ont été catastrophiques d'un point de vue économique et sociale, et que la population (pas seulement les patrons, hein) commençait à râler sérieusement !
Tu tais (involontairement sans doute) une partie de la réalité.
Durant deux ans, par idéologie, la France a subi une spéculation contre sa monnaie. Non parce que la politique suivie était néfaste pour les Français ou le pays. Mais parce que par idéologie, cette exception était néfaste, gênante à la doxa libérale... Bref c'était une spéculation contre le franc non de nature financière, mais de nature politique.
Et pour les quelques spéculateurs pour lesquelles les motivations étaient financières, là encore c'était par idéologie: c'était impossible à leurs yeux qu'une politique économique alternative existe, on ne lui laissait même pas la chance d'être essayée que déjà elle était condamnée.
En somme, d'une manière ou d'une autre, l'idéologie libérale a puni la France de vouloir s'en extraire.
Après avoir été contraint de dévaluer deux fois, fin 1981 et courant 1982, il y avait deux alternatives qui a l'époque séparaient la gauche en deux..
Une minorité de la gauche, celle qui va imposer ses vues, voulait se maintenir dans le système monétaire européen, au prix d'une politique de rigueur. En somme la doxa libérale adoptée, la trahison des idéaux de 1981.
La grande majorité de la gauche à l'époque pousse elle pour une poursuite de la politique initiée en 1981, en s'en donnant les vrais moyens grâce à une sortie du SME (comme ça on n'a plus d'obligation de la stabiliser, et on n'a plus à gaspiller de la richesse à soutenir la monnaie, efforts de soutiens tout à faits dilapidés lorsqu'ensuite on se voit contraint de dévaluer volontairement), une instauration de barrière douanières contraignantes, et et la relance de l'économie par l'injection massive de monnaie quitte à ce que le franc se dévalue massivement.
Mais les déjà européistes Rocard, Delors, Mauroy (qui refuse d'être maintenu PM si il doit appliquer cette sortie du SME, lui qui était initialement censé être pourtant le PM de la mise en oeuvre du programme) auront gain de cause, orientation défintivement scellée quand l'année d'après sera nommé Fabius (alors dans les mêmes orientations ... il a varié depuis, que pense-t-il vraiment ? )
Bref, Rainier, ça râlait, mais les gens comprenait-ils que la période était difficile non à cause de la politique suivie mais de la tension née entre une ingérance idéologique étrangère qui spéculait à la baisse (chose qui peut sembler inexorable de nos jours où la finance a été libéralisée à tout va, et fait donc la pluie et le beau temps, mais qui ne l'était pas à l'époque) et la nécessité de maintenir une stabilité monétaire par idéologie européiste (en somme afin de ne pas insulter un futur européen dont on ne savait même pas si il méritait tant de sacrifice [avec du recul non], on sacrifiait le présent et d'autres futurs)
Hugues (je ne sais pas si c'est très clair pour Waddle, en tout cas moi, j'me comprends

)