Ouais_supère a écrit:Un film sans happy end qui m'avait marqué étant gosse, c'était Vol Au Dessus d'un Nid de Coucou.
La fin du film n'est pas si sombre ! Elle est complexe et ambigüe.
Silverwitch
Modérateurs: Garion, Silverwitch
Ouais_supère a écrit:Un film sans happy end qui m'avait marqué étant gosse, c'était Vol Au Dessus d'un Nid de Coucou.

von Rauffenstein a écrit:je ne suis pas d'accord Hugues. Une photo forte n'a pas besoin d'être trash pour être forte. C'est une histoire de construction et de ce qu'elle trouve en écho en toi.
Cette photo que j'ai postée quelques pages avant est pour moi poignante. Construction, lignes de forces convergentes, elle réveille en moi une grande mélancolie que je crois savoir à quoi relier, mais sans pouvoir l'exprimer clairement.

Ouais_supère a écrit:Stef, t'es chiant
Shunt a écrit:Je crois que c'est une erreur de mépriser les émotions que procurent un film, et même une oeuvre en général. Bien sûr, elles ne suffisent pas, seules, à évaluer la qualité de l'oeuvre. Mais une émotion ne renvoie pas seulement à soi. Elle se peut se partager et contient dès lors une part d'universel, donc d'un certaine manière, un part de "vérité". Un film s'apprécie avec la tête, le coeur, les tripes. Il y a une double dimension intellectuelle et émotionnelle dans la confrontation à une oeuvre d'art. Il y a une part de rationnel et d'irrationnel dans son appréciation.

Ouais_supère a écrit:J'entends bien, mais ça n'était pas à proprement parler un happy end (je me rends compte en le disant que j'ai tendance à appeler "happy end" un film qui se termine sans mort ou seulement celle des méchants).
C'est en tout cas une fin qui m'a fait réfléchir longtemps, avec mes maigres capacités de l'époque.


silverwitch a écrit:Je crois qu'il y a un malentendu. Bien évidemment qu'un film fait appel à la fois au domaine du cognitif et de l'affectif, de la raison et du sentiment et même à une forme de connaissance par l'intuition.
Mais je maintiens que l'émotion n'est pas un critère de l'évaluation raisonnée d'une oeuvre. Évaluer un film ce n'est pas la même chose que de le voir, c'est dégager une appréciation critique. Et l'émotion n'est pas un critère car elle dissout l'oeuvre dans les différents états du moi. Que veux-tu répondre à quelqu'un qui n'a pas été ému par un film qui t'aura ému ? Que s'il n'a pas aimé, c'est qu'il n'a pas de coeur ? L'émotion ne se discute pas.
silverwitch a écrit:Ambrose a écrit:J'aime bien le cinéma d'Eastwood, sa manière de dépeindre les rapports humains, mais j'ai du mal à comprendre qu'on qualifie actuellement de chef d'oeuvre le moindre de ces films, alors que c'est du cinéma quand même archi classique, sans brio particulier, pas follement original.
Il y a du vrai, c'est souvent un peu plan-plan sur le plan formel, mais au fond je pourrais plutôt écrire le contraire: je n'aime pas du tout ce que les films d'Eastwood nous racontent, je trouve qui plus est cette vision de plus en plus sentimentale. Bref, je ne savais pas qu'au fond Dirty Harry votait PS.
Eastwood est au moins l'un des derniers réalisateurs américains qui fasse bien son travail. C'est du bel artisanat (il suffit de comparer ça avec la bouillie infâme de Spielberg ou Scorsese).
silverwitch a écrit:Gator a écrit:Seule l'oeuvre produite devrait compter, c'est vrai, encore faut-il que l'oeuvre se suffise à elle-même et qu'elle puisse être appréhendée pleinement telle quelle. Vaste débat.
Interroger l'auteur, ses intentions, c'est (éventuellement) avoir à disposition de nouvelles clés pour la perception, parfois la compréhension, de son oeuvre. C'est parfois nécessaire.
Je ne crois pas. Autant je suis bien d'accord pour constater que la réception d'une oeuvre dépend de facteurs variables, de l'humeur du spectateur, au confort de son fauteuil, en passant surtout par sa connaissance du cinéma en particulier et du monde en général, mais je crois que les intentions de l'auteur sont toujours hors-sujet, parce qu'elles n'existent pas, contrairement au film.
Je ne doute pas un instant que la plupart des cinéastes aient toujours pour ambition de faire un bon film ou à tout le moins un film divertissant. Heureusement, nous sommes des spectateurs libres. Je dirais d'ailleurs que l'intention du film lui-même (qui diffère de l'intention extrinsèque) est sans importance. Peu importe ce qu'un film essaye de dire, seul importe ce qu'il dit vraiment.
Et si c'est parfois nécessaire, eh bien c'est que le film n'est pas réussi.
Silverwitch

Ambrose a écrit:J'ai revu cette semaine "Les Infiltrés", bardés d'Oscar. J'avais eu une bonne impression à ma première vision (sauf Nicholson, qu'en fait des caisses...), mais à ma deuxième vision, c'est pas passé. Tout sonne faux, et est plombé par une réalisation tape à l'oeil de clip vidéo. Dommage, parce que le thème, et cette histoire de perte d'identité, ça aurait pu donner un bon truc. J'imagine que Shunt va me conseiller de mater "Internal Affairs".
silverwitch a écrit:von Rauffenstein a écrit:silverwitch a écrit:1er tigre a écrit:Est-ce que Million Dollar Baby est un bon film?
(ça vire au questions pour un champion ce topic)
Je ne sais pas, je ne l'ai pas vu en entier. Est-ce que tu peux répondre oui aux critères que j'énonce plus haut ? Le film est-il édifiant, cohérent, pertinent et original ?
Silverwitch
tu ne l'as pas vu jusqu'au bout parce que c'est insupportable ?
Pourquoi ? Tu fais allusion à la fin du film ? Je ne suis pas pressée en effet de la voir.
Silverwitch


Cortese a écrit:von Rauffenstein a écrit:
Cette photo que j'ai postée quelques pages avant est pour moi poignante. Construction, lignes de forces convergentes, elle réveille en moi une grande mélancolie que je crois savoir à quoi relier, mais sans pouvoir l'exprimer clairement.
Si moi je sais : "Bordel de merde, où est ce que je vais bien pouvoir trouver une pharmacie ouverte ?"
J'ai souvent connu ça le dimanche matin.
Shunt a écrit:
Je ne dis pas qu'on doit évaluer un film sur le seul critère de l'émotion. Je dis qu'il est difficile d'en faire abstraction. Tu aimes le "Nouveau Monde", parce que le propos te séduit, parce que la construction est intelligente, mais c'est aussi un film qui agite les sens, qui transmet des émotions... le vent qui souffle dans les hautes herbes, le vent qui balaie la surface de l'eau, la séquence finale de Pocahontas dans le jardin anglais... ce sont des plans, des scènes qui nous touchent émotionnellement et qui nous conduisent à aimer ce film. J'irai même jusqu'à dire que l'émotion est le point de départ du jugement esthétique, de la confrontation à une oeuvre. Pourquoi cette scène me touche, pourquoi ce plan crée une sensation profonde, pourquoi cette histoire me bouleverse ? Tu as deux attitudes ensuite : certains vont se contenter d'éprouver cette émotion, d'autres vont tenter de comprendre le pourquoi de cette émotion, pourquoi ils ont été touchés, bouleversés par un film, et entamer un processus de réflexion, d'analyse intellectuelle.
L'émotion est un élément essentiel dans notre rapport à l'art. Et ce depuis les peintures rupestres des hommes des cavernes. C'est anthropologique. C'est quelque chose qui est tellement profond qu'on n'y fait même pas gaffe. Je pense que les gens qui prétendent faire une analyse purement intellectuelle et "objective" des films se plantent. Parce que leur jugement est inévitablement "brouillé", influencé par leurs émotions.

von Rauffenstein a écrit:Titanic est un bon film.Waddle a écrit:silverwitch a écrit:Lo a écrit:J'ai appris grâce à Bienvenue chez les Chtis que les gens du nord sont hospitaliers, de plus le scénario extrêmement linéaire et le réalisme des situations me laissent à penser que le film est cohérent.
Et voilà un critère supplémentaire: quelle est la valeur de ce que le film nous enseigne et la cohérence n'a de sens qu'avec ce critère, la pertinence.
- Un bon film nous enseigne.
- Un bon film est cohérent.
- Un bon film est pertinent.
Silverwitch
Est-ce que Titanic est un bon film?
Avatar?
Il t'enseigne de façon didactique à dresser un arbre des causes pour l'aide à la résolution des accidents. De façon cohérente et suffisemment pertinente pour que tu t'en souviennes.

Ambrose a écrit:Vision de plus en plus sentimentale oui, mais qui évite je trouve de tomber dans le pathos lourdingue. C'est toujours plein de pudeur et ça me plait.
Ambrose a écrit:Sinon, c'est vrai qu'il y a un paradoxe Eastwood : homme de droite bien réac (qui a toujours ouvertement soutenu Bush) mais qui fait des films "de gauche".
Mais c'est pas toujours aussi évident : "Million Dollar Baby", qui exalte le "struggle for life" tout en moquant les méchants prolos qui vivent des allocs, c'est pas franchement un discours de gauche.
J'ai revu cette semaine "Les Infiltrés", bardés d'Oscar. J'avais eu une bonne impression à ma première vision (sauf Nicholson, qu'en fait des caisses...), mais à ma deuxième vision, c'est pas passé. Tout sonne faux, et est plombé par une réalisation tape à l'oeil de clip vidéo. Dommage, parce que le thème, et cette histoire de perte d'identité, ça aurait pu donner un bon truc. J'imagine que Shunt va me conseiller de mater "Internal Affairs".

Shunt a écrit:Silverwitch,
Ton analyse de Kill Bill est intéressante, bien que je sois en en désaccord sur pas mal de points (tu fais une lecture au premier degré du film, en zappant complètement toute la dimension allégorique, symbolique du récit... cette scène d'affrontement dans la cuisine étant le point de départ du combat de "Black Mamba" contre l'ordre machiste, masculin... ce qu'elle tue symboliquement dans cette scène, c'est l'image rassurante de la mère au foyer, qui cuisine, qui fait les courses et s'occupe des enfants... toute la scène d'ailleurs repose sur ce décalage. Un affrontement à mort dans un environnement des plus banals, avec des objets du quotidien, comme une poëlle à frire...). Au regard du vocabulaire que tu emploies ("pervers", "sadique", "horrible"), on voit très bien que ton travail de déconstruction intellectuelle des séquences est consécutive de la répulsion que t'as inspiré le film, de ton malaise face à l'esthétisation de la violence. Ton appréciation de "Kill Bill" n'est pas seulement intellectuelle, elle est aussi émotionnelle. Et c'est cette émotion négative qui fait que tu te focalises sur une lecture très premier degré du récit.

Shoemaker a écrit:L'emotion, oui, bien sur. Qui peut imaginer une vie sans emotion. Se vautrer dans l'emotion, miam miam...
Et bien entendu, nous nous abreuvons d'art, pour avoir notre dose d'emotion. Nous nous abreuvons d'art, d'amour, de poesie (le mur recouvert de mousse)... Tout est bon pour prendre son trip d'emotion.
L'emotion c'est bien. A condition qu'elle ne dicte pas notre appreciation du monde. Car alors nous devenons faible.
L'emotion, oui, mais a la condition de la maitriser autant que possible.
L'emotion oui, mais en tant qu'esthetisation (ou esthetification, je vous laisse le choix..) du monde, presque comme un acte d'art, un acte de creation.
Pour paraphraser Silver, l'emotion est un stupefiant.
Il y a une part, un temps, pour l'emotion.
Il y a une part, un temps, pour l'evaluation du monde, la comprehension des choses.
Evaluer un film, consiste, ENTRE AUTRES, a etudier son pouvoir emotionnel sur telle ou telle categorie de spectateurs, etudier les techniques pour arriver a ce resultat (la demonstration avec Kill Bill est edifiante)...
C'est un indicateur, mais absolument pas un element capital pour comprendre la valeur intrinseque de l'oeuvre.
Il faut eviter une top grande confusion entre ces deux paliers.
L'emotion est un mauvais instrument pour comprendre les choses, aussi bien une oeuvre d'art que nous meme, meme si elle nous parle de nous-meme.
C'est souvent un plaisir, c'est un regard profondemment nostalgique, souvent complaisant, sur nous-meme....
L'emotion, c'est la recompense que nous octroie l'art.
Elle est necessaire a la creation artistique, parfois autant, parfois moins, parfois plus que la technique pure.
C'est un moyen pour supporter les drames de la vie...
La morphine genere des etats emotionnels formidables, parait-il...
La morphine est de l'emotion en seringue.
Mais bon, c'est sympa aussi, hein...
Enfin, ca depend... Va savoir...

Cortese a écrit:Ce sidi, je me demande toujours si l'on peut lire quelque part sur internet des critiques valables neutres et détaillées avec si possible un débat contradictoire. Gratuitement, bien sur, et de préférence sur des films d'avant 1955 (avant les ravages de l'Actor's Studio quoi), et parce que je ne vais plus du tout au cinéma. Marre d'avoir mal au derrière en bâillant pendant deux heures à 5 euros de l'heure.

silverwitch a écrit:Cortese a écrit:Ce sidi, je me demande toujours si l'on peut lire quelque part sur internet des critiques valables neutres et détaillées avec si possible un débat contradictoire. Gratuitement, bien sur, et de préférence sur des films d'avant 1955 (avant les ravages de l'Actor's Studio quoi), et parce que je ne vais plus du tout au cinéma. Marre d'avoir mal au derrière en bâillant pendant deux heures à 5 euros de l'heure.
Tu te doutes bien que ça n'existe pas. Il ne manquerait plus que les films ou les oeuvres de l'esprit portent vraiment leur nom, et que par malheur cet esprit vienne offrir aux pauvres âmes non plus une maigre consolation mais les armes dont ils manquent pour critiquer le monde tel qu'il est et le monde tel qu'il va.
Mieux vaut laisser chacun enchaîné à soi-même, flatter l'authenticité du goût. Aucun ordre ne se dressera, jamais le passé ne viendra mettre en demeure le présent de se confronter aux rêves des morts. L'art ne sert à rien dans ces conditons. Il n'est que l'opium du Peuple. Comme la vie réelle disparaît, comme tout se désagrège, l'opium fera le reste.
Un grand film devrait nous faire voir le Monde tel qu'il est et aussi tel qu'il devrait être, tel qu'il pourrait être. Ici les films servent le contraire, à faire écran à la réalité, à rendre le monde plus supportable grâce à l'opium.
Silverwitch
Ouais_supère a écrit:Stef, t'es chiant
silverwitch a écrit:Je ne sais pas. Tout le problème, encore une fois, est que l'émotion est d'abord et avant tout un critère indécidable et incommunicable.
Pourquoi aurons-nous un rapport affectif avec tel ou tel film ? Parce que c'est le dernier rôle de James Dean ou parce que c'est un film rare, ou parce que nous aimions ce film quand nous étions enfant et que même si aujourd'hui nous le jugerions plus sévèrement, nous sommes émus par la nostalgie de l'émotion passée...
Certes, il est difficile, pour ne pas dire impossible de séparer ce qui est cognitif et ce qui est affectif. Suis-je émue parce que je décode avec mon savoir et ma raison une allusion, une citation de film, voir un lien cohérent entre ce film et le précédent du même auteur, etc... Mais au fond, je sais bien, je sens bien que ce petit plaisir, cette satisfaction est contentement personnel, et qu'il n'a que peu sinon rien à voir avec le film en question.
Or, dois-je rappeler qu'il est question de savoir évaluer un film, bref d'adopter une distance critique ? Cela enjoint l'émotion de rester à sa place.
La seule question qui vaille est de savoir si le corps est un "instrument de mesure" fiable. Je crois qu'il est un instrument de mesure, mais incomplet et dangereux.
Il ne nous apprend rien. Pourquoi le pire nanar, comme un film de Ed Wood, peut-il donner lieu à un culte ? Parce que l'émotion n'a pas à faire l'épreuve de l'altérité, de ce qui est hors de nous.
Tiré de la critique de l'hebdo "Les Inrockuptibles" à propos de "Mulholland Drive" de David Lynch. Peu importe le discours sentimental qui justifie cette conclusion, il est comme le reste interchangeable: beau, émouvant, provocant, foudroyant, touchant... Il y a au fond une idée simple: l'évaluation n'a de sens qu'a fin de se compter. Les autres pensent-ils comme moi, les autres sont-ils comme moi ? Sommes-nous de la même tribu ? Il ne s'agit donc pas de parler d'un film et d'évaluer sa valeur, mais de parler de soi et de parler de soi pour se retrouver chez les autres. Ici le critique des Inrocks fait l'appel, comme on dirait à l'école. Cela fonctionne évidemment dans les deux sens, avec ou contre, et le sentiment peut se retourner contre le sentiment. Toujours dans les Inrocks, mais à propos de "Neverland":
"Un mélo hollywoodien avec une pseudo-histoire d'amour pour ménagères".
Toutes ces réactions ont un point commun, elles évitent justement ce qui nous est commun: le film.
En gros, oui, il y a bien toujours un rapport affectif, comme il y en a toujours dans tous les actes de notre vie, puisque nous sommes des êtres humains. Mais ce n'est en rien spécifique à l'activité esthétique qu'est le lien avec les oeuvres d'art.
Je crois que toute démarche sérieuse devrait tendre à l'objectivité, c'est-à-dire une démarche méthodique et scientifique. On commence en effet à sortir du rapport affectif quand l'on suppose un objet extérieur à nous, quand comme le dit Paul Valéry: "on ne peut sentir sans vouloir approfondir sa jouissance".
Un film est un objet dont nous parlons, c'est un objet de conscience et de langage, il appelle donc en retour une conscience faite de jugement et de langage, et non pas un amour sans lumière et sans voix.
Ouais_supère a écrit:En ce moment, je regarde Gremlins à la téloche, et je trouve ce film original et cohérent, et je me souviens plus des autres conditions à remplir mais je trouve toujours ça vachement bien.

silverwitch a écrit:Ce que je fais est toujours un travail qu'il faut faire quand on évalue avec précision un film. Et d'autant plus dans le cas de "Kill Bill" qui veut nous éloigner d'une vision au premier degré, comme tu dis, pour nous faire plonger dans une posture maniériste, oblitérant la réalité de ce qui est montré. J'insisterai sur le contraire dans le cas de Shrek, par exemple. À l'époque de sa sortie, "Shrek" a été lu par des critiques très fins, comme la critique de Disney. Mais idéologiquement, un film comme "Shrek" est aussi connoté que "Fourmiz" de Disney. Si le second raconte une histoire d'amour qui vient briser les taboux sociaux (un ouvrier épouse la princesse), "Shrek" promeut un "chacun à sa place", qui contrairement au "melting pot" propose plutôt le communautarisme ou le multiculturalisme: les filles avec les garçons, les ogres avec les ogresses, et donc par conséquent, les gros avec les gros, les beaux avec les beaux, les riches avec les riches.
Dans le cas de Shrek, il est plus important d'insister d'abord sur le sous-texte idéologique du film qui se donne à voir comme une comédie innocente et neutre pour tous les publics.
Shunt a écrit:
Là, tu fais effectivement une lecture idéologique tout à fait pertinent du film, mais ce que tu décris semble davantage relever de l'inconscient des créateurs de "Shrek". Il est fort probable qu'ils n'aient jamais eu conscience de promouvoir ce modèle communautariste (mais Cortese me dira probablement que non).
Ouais_supère a écrit:Stef, t'es chiant

Shunt a écrit:Moi, je viens de voir le premier "Twilight". Et bien, c'est une bluette tout à fait digne. Ca parle avec justesse de l'adolescence, des pulsions, des émotions, des angoisses, des rêves, de la mélancolie et des contradictions qui l'accompagnent. L'actrice principale est plutot convaincante. Bon , il y a quelques kitscheries et les personnages secondaires sont trop souvent résumés à des postures (les bad guys, notamment, sont complètement baclés), mais ça se laisse regarder. C'est bien moins ridicule et idiot que "Batman begins" ou "The Dark Knight" en tout cas.


Ren a écrit:Shunt a écrit:Moi, je viens de voir le premier "Twilight". Et bien, c'est une bluette tout à fait digne. Ca parle avec justesse de l'adolescence, des pulsions, des émotions, des angoisses, des rêves, de la mélancolie et des contradictions qui l'accompagnent. L'actrice principale est plutot convaincante. Bon , il y a quelques kitscheries et les personnages secondaires sont trop souvent résumés à des postures (les bad guys, notamment, sont complètement baclés), mais ça se laisse regarder. C'est bien moins ridicule et idiot que "Batman begins" ou "The Dark Knight" en tout cas.
Entièrement d'accord. D'ailleurs Edward me ressemble sur certain aspects...
Madcad a écrit:Franchement Shunt.![]()
Après le premier, je me suis dit c'est le genre de truc que tu loues un soir pour faire plaisir à ta blonde lorsque tu as quelque chose à te faire pardonner.
C'est très très très mauvais. Mais ça peut être utile.
Je compte loué le 2ème.
Ren a écrit:Shunt a écrit:Moi, je viens de voir le premier "Twilight". Et bien, c'est une bluette tout à fait digne. Ca parle avec justesse de l'adolescence, des pulsions, des émotions, des angoisses, des rêves, de la mélancolie et des contradictions qui l'accompagnent. L'actrice principale est plutot convaincante. Bon , il y a quelques kitscheries et les personnages secondaires sont trop souvent résumés à des postures (les bad guys, notamment, sont complètement baclés), mais ça se laisse regarder. C'est bien moins ridicule et idiot que "Batman begins" ou "The Dark Knight" en tout cas.
Entièrement d'accord. D'ailleurs Edward me ressemble sur certain aspects...
Shunt a écrit:Moi, je viens de voir le premier "Twilight". Et bien, c'est une bluette tout à fait digne. Ca parle avec justesse de l'adolescence, des pulsions, des émotions, des angoisses, des rêves, de la mélancolie et des contradictions qui l'accompagnent. L'actrice principale est plutot convaincante. Bon , il y a quelques kitscheries et les personnages secondaires sont trop souvent résumés à des postures (les bad guys, notamment, sont complètement baclés), mais ça se laisse regarder. C'est bien moins ridicule et idiot que "Batman begins" ou "The Dark Knight" en tout cas.

Shunt a écrit:Pourtant l'émotion peut être partagée.
Là tu parles d'une forme de fétichisme, quelque chose d'assez fréquent chez les cinéphiles. Le fétichisme peut rendre indulgent à l'égard d'un film (je pense par exemple à certains films de blaxpoitation que le côté kitsch seventis peut rendre sympathique). Mais le fétichisme ne te fera jamais prendre un nanar pour un chef d'oeuvre. Ou alors tu es davantage fétichiste que cinéphile.
Sauf quand ce contentement est partagé par d'autres. Il n'est pas rare qu'on partage la même émotion dans un film. On a déjà vu plein de gens rire au même moment dans une salle, ou pleurer en même temps, ou se cacher derrière son siège au même moment, ou s'indigner au même moment, ou quitter la salle au même moment...
Mais es-tu bien certaine d’y parvenir ? Et quand bien même y parviendrais-tu, penses-tu que cela permette d’apprécier l’œuvre dans sa plénitude ? Le cinéma est un art du spectacle, un art de l’illusion. L’évaluer en faisant abstraction des émotions qu’il crée et qu’il suscite, c’est comme un critique gastronomique qui demanderait qu’on lui serve les plats sans sel ou sans poivre.
Je ne vois, par exemple, comment on peut évaluer une comédie, sans tenir de son humour, des rires qu’elle peut provoquer. On ne sera pas forcément réceptif de la même manière à tel ou tel type d’humour, mais bon il suffit d’avoir ou d’entendre certaines conversations pour se rendre compte qu’on est beaucoup souvent à rire des mêmes choses.
Mais on est d’accord là-dessus. Maintenant vouloir faire abstraction de son corps est tout aussi illusoire, vain et périlleux.
Je ne suis pas sur que les gens qui aiment Ed Wood ou les films de Blaxploitation aiment les films pour ce qu’ils sont. Je crois que c’est une forme de fétichisme, de second ou du troisième degré, ou forme de dérision postmoderne. C’est comme les mecs qui sont fascinés par les papiers peints orange à fleur, le design seventies et les chemises pelle à tarte. Pour Ed Wood, on peut aussi apprécier le côté « cheap », « artisanal », basique et « gentil » de la démarche. Mais là, on est dans quelque chose d’extérieur au film.
Encore une fois, je ne dis pas que l’émotion est notre seul baromètre. Je dis juste qu’un film s’apprécie avec sa tête, son cœur, ses tripes, ses yeux et ses oreilles.
Je crois qu’il faut distinguer le rapport affectif à l’œuvre et les émotions véhiculées par l’œuvre. Ce n’est pas du tout la même chose. Un film peut m’émouvoir, me choquer, m’effrayer, me faire rire sans que je développe un rapport affectif avec lui. Tu vois ce que je veux dire ?
Je ne dis pas autre chose que Paul Valéry, lorsque je dis que l’émotion est le de départ de la démarche critique, esthétique et même artistique. C’est parce qu’on ressent une émotion devant une œuvre d’art qu’on cherche à la comprendre, à l’analyser, à aller plus loin. J’imagine que tu n’as jamais cherché à analyser, à comprendre un parcmètre ou un lampadaire.

Madcad a écrit:Franchement Shunt.![]()
Après le premier, je me suis dit c'est le genre de truc que tu loues un soir pour faire plaisir à ta blonde lorsque tu as quelque chose à te faire pardonner.
C'est très très très mauvais. Mais ça peut être utile.
Je compte loué le 2ème.
Shunt a écrit:
Là, tu fais effectivement une lecture idéologique tout à fait pertinent du film, mais ce que tu décris semble davantage relever de l'inconscient des créateurs de "Shrek". Il est fort probable qu'ils n'aient jamais eu conscience de promouvoir ce modèle communautariste (mais Cortese me dira probablement que non).
Dans "Kill Bill", l'hypertextualité est volontaire, assumée, elle donne du sens au récit. Il faut considérer les deux "Kill Bill" comme un tout pour bien les analyser.
Je t’avouerai que lorsque j’ai vu « Kill Bill, vol.1 », j’ai eu la même réaction que toi. Je trouvais que c’était uniquement de la roublardise, de la frime et de la violence complètement gratuite et obscène. Ce n’est qu’avec le volume 2 que j’ai capté où Tarantino voulait en venir. Il a construit son diptyque comme un jeu de poupées russes. Ca commence comme une histoire de vengeance classique entre malfrats, puis tu découvres qu’il s’agit de l’histoire d’un couple séparé qui se déchire, puis enfin que c’est l’histoire d’un couple séparé qui se déchire autour de la garde de leur enfant. « Kill Bill », c’est une sorte de « Kramer contre Kramer » raconté selon les codes des films d’action.
L’ultra-violence de « Kill Bill » décrit la violence d’une séparation et d’un règlement de compte entre deux anciens conjoints, avec un enjeu central qu’on découvre sur le tard : l’enfant. Toute la violence entre les deux protagonistes découle de cet enjeu. Cela fait écho à la violence, réelle mais moins théâtrale, d’un couple qui divorce, qui s’accuse des pires maux, ou chacun tente quasiment de « détruire » l’autre pour obtenir la garde exclusive du ou des gosses. Découle de cet affrontement, une réflexion iconoclaste sur la condition féminine. Le combat contre Bill amène « Black Mamba » à combattre l’ordre machiste masculin et sa fantasmagorie, les grands mythes féminins que les hommes ont créés, imposés et répandus. Chaque adversaire féminin qu’elle va trucider correspond à un cliché féminin issu de la fantasmagorie masculine : la mère au foyer, l’infirmière sexy, la femme fatale, la lycéenne japonaise (variation sur le thème classique de la maman et de la putain). Ce qui est intéressant, c’est que ces quatre filles correspondent à des fantasmes masculins convenus, elles apparaissent comme des cchiennes de garde de l'ordre patriarcal alors qu’il s’agit en fait de femmes émancipées, qui partagent le même sentiment de révolte que « Black Mamba ». Tarantino insiste beaucoup sur ce paradoxe, qui n’est d’ailleurs pas le seul. La vengeance furieuse de « Black Mamba », sa quête émancipatrice, sa rage contre les hommes, la ramène finalement à son instinct animal le plus primaire, le plus primitif : celui qui lie n’importe quelle femelle mammifère à son petit. C’est cet instinct animal féminin qui lui ôtera toute pitié lorsqu’elle retrouvera Bill, c’est cet instinct animal féminin qui en fait un tueur implacable. « Black Mamba » veut à la fois s’émanciper de son statut de simple génitrice mais revient finalement à sa condition de génitrice. Mais ce n’est pas dévalorisant. Tarantino a une vraie empathie pour son héroïne (mais je comprends aussi qu’on puisse le lui reprocher).

Shunt a écrit:Moi, je viens de voir le premier "Twilight". Et bien, c'est une bluette tout à fait digne. Ca parle avec justesse de l'adolescence, des pulsions, des émotions, des angoisses, des rêves, de la mélancolie et des contradictions qui l'accompagnent. L'actrice principale est plutot convaincante. Bon , il y a quelques kitscheries et les personnages secondaires sont trop souvent résumés à des postures (les bad guys, notamment, sont complètement baclés), mais ça se laisse regarder. C'est bien moins ridicule et idiot que "Batman begins" ou "The Dark Knight" en tout cas.

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