LE MONDE a écrit:
16.02.08 | 14h15
Kon Ichikawa
Deux fois nominé aux Oscars, pour La Harpe de Birmanie, réalisé en 1956, et son documentaire Tokyo Olympiades en 1965, le cinéaste japonais Kon Ichikawa est mort le 13 février d'une pneumonie, à l'hôpital de Tokyo, à l'âge de 92 ans.
Il avait tourné plus de cent cinquante films depuis 1946, variant les styles. "La seule référence que j'assume est celle de Walt Disney", avait-il dit un jour, par boutade, refusant les étiquettes et faisant allusion à ses débuts, en 1933, comme créateur de dessins animés.
A base d'animation de marionnettes de kabuki, son premier film, La Fille du temple (1945), est interdit par la censure américaine pour "esprit féodal". Sa notoriété date de la fin des années 1940, où il se révèle un maître de la comédie satirique après avoir signé quelques mélodrames délirants. Ses fantaisies adaptées de bandes dessinées populaires, ses divertissements au vitriol, parfois dotés d'un esprit proche du non-sens, son goût du grotesque et de la critique des moeurs contemporaines lui valent d'être surnommé "le Frank Capra japonais" par les critiques nippons.
Mais Ichikawa va changer de style à partir de 1955 et succomber à la mode des adaptations littéraires. Il met en images des romans de Soseki (Le Pauvre Coeur des hommes, un film construit en flash-back que les connaisseurs de son oeuvre disent magnifique mais qui est resté inédit en France), de Natsume (Je suis un chat, 1975), d'Ishihara (La Chambre de punition, 1956, qui fit scandale au Japon), de Mishima (Le Brasier, d'après Le Pavillon d'or, 1958), de Tanizaki (L'Etrange Obsession, 1959, qui lui vaut le Prix spécial du jury au Festival de Cannes en 1960), et tant de transpositions sans style qu'il se voit affubler d'un second surnom : le "cinéaste-mannequin".
Verdict injuste, car Ichikawa y conserve son regard d'entomologiste, sa manière de montrer des héros prisonniers de trajectoires absurdes. Il est, écrit le critique Max Tessier, "l'un des seuls cinéastes japonais qui ait adopté un regard aussi distanciateur vis-à-vis de ses personnages", autant par son esthétique que par sa direction d'acteurs "toujours empreinte d'un certain humour noir".
On retrouvera son goût de la stylisation plastique dans La Vengeance d'un acteur (1963), histoire d'un vengeur masqué, un travesti qui, jouant dans une troupe kabuki, cache un poignard dans son éventail pour tuer les assassins de ses parents. Il signe deux chroniques de guerre, La Harpe de Birmanie et Feux dans la plaine (1959), choquant à cause de scènes de cannibalisme.
Après un sursaut d'ambition, dans Seul sur l'océan Pacifique (1964) et Tokyo Olympiades, le film officiel des Jeux olympiques où l'on retrouve son oeil et ses cadrages spectaculaires, il subira la dégradation d'un cinéma japonais voué aux divertissements.
Inlassable, il réalise encore des films personnels (Errances en 1973, ou Les quatre soeurs Makioka en 1983), un remake de sa Harpe de Birmanie en 1985, une biographie de l'actrice Kinuyo Tanaka (L'Actrice, 1986) et une superproduction fantastique (La Légende de la princesse de la lune, 1987). Puis, en 1994, une version de la légende des 47 Ronins. Il avait reçu un Award pour l'ensemble de son oeuvre à Montréal en 2001.
Jean-Luc Douin
Article paru dans l'édition du 17.02.08.
****************************************************************************************************************************************************************************************
20 novembre 1915
Naissance à Ise (Japon)
1945
Premier film d'animation,
"La Fille du temple"
1956
"La Harpe de Birmanie"
1964
Film officiel des JO de Tokyo
13 février 2008
Mort à Ise