Silverwitch a écrit:Shunt a écrit:
Ce qu'il y a d'amusant, c'est qu'en Angleterre, les habitants du Nord sont pas loin de penser la même chose que les Ecossais... bon, ils sont Anglais mais on parle déjà là-bas de revendications pour donner l'autonomie à une entité couvrant les villes de Liverpool, Manchester, le Yorkshire et le Northumberland. Une sorte de fédération des victimes du thatchérisme en quelque sorte. Même chose, dans l'extrême sud-ouest, en Cornouailles, une des régions les plus pauvres du pays. L'Angleterre va bientôt se résumer à Londres et sa grande périphérie.
On parle pourtant d'une vieille nation. La France n'est pas à l'abri, à son tour, de connaître le même phénomène.
Je ne pensais pas que c'était aussi avancé, en Angleterre ! La France n'est pas tout à fait dans la même configuration, et il y a sans doute un inconscient collectif national plus soucieux des principes républicains, qui sont la manière d'être la plus pertinente de la démocratie. À la fin, on comprendra peut-être trop tard que deux conceptions antinomiques s'opposent, bien que toutes deux d'essence démocratique: le fédéralisme (appelons-le comme ça, faute de mieux) qui promeut le respect des différences par la pluralité des droits, et le modèle républicain qui respecte les différences par le droit à l'égalité.
Différence des droits ou droit à l'égalité, tout se joue là.
Le modèle républicain - que j'appellerai plutôt jacobin - repose sur le rayonnement et l'efficacité des services de l'Etat ou des services publics. Quand on réduit le maillage territorial, quand on abandonne des territoires et qu'en même temps la richesse se concentre de plus en plus sur la capitale et une poignée de grandes métropoles régionales, tout le modèle vacille. Si l'Etat ne se donne plus les moyens d'agir sur les territoires qui le composent, il n'y a plus aucune justification à l'Etat centralisé jacobin. La république jacobine repose sur un contrat moral tacite entre le pouvoir central et les territoires qui lui délèguent le pouvoir en échange du respect d'une certaine équité, d'un certain équilibre.
Le Royaume-Uni s'est constitué lui aussi autour d'un pouvoir fortement centralisé mais qui a longtemps assuré une certaine équité entre ses territoires. Il faut se souvenir de ce qu'étaient Edimbourg et Glasgow il y a un siècle. Edimbourg, c'était une sorte de Paris ou de Vienne britannique, un phare intellectuel et artistique. Glasgow était l'atelier de l'Empire avec la construction navale, ferroviaire, l'industrie lourde. Quand ces industries ont commencé à décliner dans les années 60/70, ces villes ont été complètement livrées à elles mêmes, laminées par Thatcher et son ultra-libéralisme. Encore aujourd'hui, c'est dans un quartier de Glasgow qu'on trouve l'espérance de vie la plus faible de tout le Royaume-Uni (67 ans). Le contrat social et moral a été clairement rompu.
Ce qui peut sauver l'unité française, c'est que - contrairement au Royaume-Uni qui s'est construit comme une somme de différentes nations (c'était le cas également de l'Angleterre qui a d'abord été une fédération des royaumes anglo-saxons) - les identités régionales sont assez faibles, sorti de la Bretagne, de l'Alsace et de la Corse. Et deux de ces régions sont parmi les plus dépendantes économiquement de la solidarité nationale, ou du moins ce qu'il en reste.