Aiello a écrit:Mais réduire le temps de travail de chacun pour mieux le distribuer, idéologiquement je considère que c'est une mesure de gauche.
Sauf que ça ne veut rien dire une
mesure de gauche, a priori. Une mesure de gauche, ce serait une mesure qui profite d'abord aux salariés plutôt qu'au patronat, aux plus pauvres plutôt qu'aux plus riches, à la collectivité plutôt qu'aux intérêts privés. Or les 35 heures n'ont pas rempli ces conditions et cette loi a été bénéfique d'abord et avant tout pour les entreprises qui ont obtenu des cadeaux fiscaux, ou plus exactement des subventions puisque les entreprises sont les vraies
assistées, pendant que les salaires étaient bloqués en pleine période de croissance économique (plus de 5% par an) et que le temps de travail réel n'a presque pas diminué et que les heures supplémentaires étaient peu ou pas payées. Une mesure de gauche, ce serait de diminuer la durée maximale hebdomadaire du travail. Tu vois la différence ?
Quel gouvernement de gauche bloquerait les salaires quand la croissance économique est à un niveau jamais atteint depuis vingt-cinq ans ? Un gouvernement au service des possédants et de la rente ou bien un gouvernement d'incapables. J'imagine que c'était un peu des deux.
Aiello a écrit:Absolument pas.
Et pourtant si. Depuis le début de ce débat, tu limites l'action politique à la marge.
Aiello a écrit:Mais la France décide de faire ou pas partie de la Communauté Européenne, mais ne décide pas seule des règles qui y sont appliquées.
Donc à partir du moment où elle décide d'en faire partie, elle est astreinte à ces règles. Ce qui n'empêche pas d'avoir sa propre marger de manœuvre.
Non, ce n'est pas exact. La France possède un droit de veto, et rien ne l'empêche de refuser tout traité qu'elle estime contraire à l'intérêt national. Or main dans la main, le PS et l'UMP ont ratifié tous les traités européens. Avec la même absence de vergogne, ils ont bradé l'indépendance nationale, sabordé les services publics, mis en pièce les acqus des luttes sociales et des lentes conquêtes des travailleurs.
Aiello a écrit:Ah forcément, si quand ça va dans ton sens il s'agit d'un "miracle", pas la peine que je cherche à argumenter
Mais je t'en prie, argumente ! Que veux-tu faire dire à ce contre-exemple miraculeux ? Qu'il représente un signe de l'indépendance de la France vis à vis des États-Unis, malgré la guerre faite à la Serbie, malgré l'invasion et l'occupation de l'Afghanistan, malgré la guerre à la Libye, malgré la réintégration du commandement intégré de l'OTAN ? Je t'en prie...
Aiello a écrit:Mais le PS n'a pas toujours été pour les privatisations. En particulier sur certains secteurs où il est important de garder un service public qui n'est pas dicté par la rentabilité. Et encore une fois, les contrats avaient été essentiellement décidés par l'UMP. A te lire on croirait qu'il suffit que le Premier Ministre claque des doigts pour casser un contrat...
Par exemple ? Qui a signé la libéralisation du secteur postal ? Qui a privatisé France Telecom ? Qui a signé la libéralisation du secteur de l'énergie, donc la privatisation d'EDF ? Qui a signé la libéralisation du secteur des transports ouvrant la voie à la privatisation de la SNCF ? Qui a privatisé (ou plutôt bradé au secteur privé) l'Aérospatiale et Airbus ?
Quant à casser un contrat, qu'a fait d'autre la gauche au pouvoir en 1981 ? Était-ce si difficile ou impossible ?
Aiello a écrit:Bah oui, on peut avoir un yoyo politique perpétuel. Tous les 5 ans, on augmente puis on diminue la durée du temps de travail, l'âge de la retraite, on modifie les aides sociales, les emplois dans l'éducation, les programmes scolaires.
Est-ce que tu te rends compte de ce que tu écris ?
Aiello a écrit:Mais tu es parfaitement libre d'utiliser la terminologie simpliste du Front National, je n'ai pas dit le contraire. Je trouve juste ça décevant; il me semble qu'il y a des manières plus fines et subtiles de combattre cet "arrangement" que tu dénonces. Là, tu fais surtout le jeu du FN.
La pauvreté de cet argument me sidère. Alors que de plus en plus de nos concitoyens ont bien compris la complicité des deux partis jumeaux, le dire et l'écrire serait faire le jeu du FN ? Ce qui fait le jeu du FN c'est au contraire de feindre de ne pas le voir, c'est imposer à la France le choix entre le pareil et le même.
Je peux recopier ici ce que j'écrivais il y a quelques temps sur le forum à ce sujet:
Cette réflexion témoigne en creux de la stratégie consciente qui consiste à monter en épingle les petites phrases des dirigeants du Front National (à tort ou à raison, c'est un débat complexe). Et cette stratégie consciente a pour objet de masquer le fait que les partis de gouvernement ont abandonné à un parti d'extreme-droite la critique de l'Union Européenne, de l'euro, de la doctrine libre-échangiste, et de la mondialisation néo-libérale, ainsi désormais que de la politique impérialiste menée par la France depuis une douzaine d'années (n'était l'exception de Chirac de son veto à l'invasion de l'Irak).
Comme l'oligarchie ne veut pas parler de ces sujets, pourtant cruciaux pour l'avenir de la France, il s'agit de dramatiser un éventuel vote pour le Front National, mais de fait on lui laisse l'exclusivité du discours politique critique, ou presque. L'objectif poursuivi est simple: relier dans l'esprit des électeurs que si le FN est un parti idéologiquement douteux, tout ce qu'il affirme est douteux. Plus on dramatise la xénophobie du FN, plus on espère que les électeurs seront contraints d'accepter comme douteuse toute critique de la politique européenne.
Résultat, ce parti (le FN) affublé d'une idéologie douteuse est en train de réussir auprès d'une minorité de français à articuler sa critique de la mondialisation avec une remise en cause des principes républicains. Face à la mondialisation, ils proposent un bouc-émissaire: l'immigré, et de préférence selon une discrimination ethnique (l'africain, l'arabe), culturelle et religieuse.
Or cette idéologie frontiste est anti-républicaine, et vise à remplacer la citoyenneté républicaine par une définition ethnique de celle-ci, opposant notamment le droit du sang à la conception française du droit du sol, théorisée par la France depuis le XVIè siècle et confirmée par la Révolution Française. Depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la France affirme spécifiquement qu'être français n'est pas une question de race, de religion ou même de naissance, mais d'une volonté de vivre ensemble, de partager un avenir commun au nom de l'héritage du passé. Cette conception abstraite et universelle est niée par un parti qui est bien celui de l'anti-France, puisque faisant la promotion de valeurs qui n'ont jamais été celles de la France.
Il est d'autant plus tragique de lui laisser le monopole de la critique des dérives des gouvernants.
Aiello a écrit:
Bon, je crois que là ce n'est même pas la peine de continuer...
Mais encore ? Badinter doit être à peu près aussi à gauche que Balladur sur le plan économique et social, c'est un grand bourgeois qui défend des intérêts de classe. Cela ne retire rien à son combat pour l'interdiction de la peine de mort, mais à ce que je sache ni Sarkozy ni l'UMP n'ont rétabli la peine de mort en France, n'est-ce pas ?
Aiello a écrit:Que si je suis ton raisonnement, il y a eu beaucoup de changements entre 81 et 82, et que depuis personne n'a rien fait dans un sens ou dans l'autre.
Pas du tout. Beaucoup de choses ont été faites depuis, mais dans un seul sens: celui de la destruction, celui du libre-échangisme et du mondialisme. L'UMP a trahi la Nation, le PS a abandonné le Peuple.