Soulèvements dans le monde arabe (2011-)

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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede sheon le 26 Mar 2011, 18:12

schumi84f1 a écrit:je sais pas si on en a parlé mais :
- Ben Ali était membre du parti socialiste tunisien
- le parti de Moubarak faisait parti de l'Internationale Socialiste
- Kadhafi était membre de l'union socialiste arabe

coïncidence ?

Non, aucune coïncidence, les dictateurs aiment bien se donner bonne conscience en donnant des noms farfelus à leurs partis.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede schumi84f1 le 26 Mar 2011, 19:33

sheon a écrit:
schumi84f1 a écrit:je sais pas si on en a parlé mais :
- Ben Ali était membre du parti socialiste tunisien
- le parti de Moubarak faisait parti de l'Internationale Socialiste
- Kadhafi était membre de l'union socialiste arabe

coïncidence ?

Non, aucune coïncidence, les dictateurs aiment bien se donner bonne conscience en donnant des noms farfelus à leurs partis.


ça relativise un peu ce que disent les dirigeants socialistes sur le fait de recevoir tels ou tels dictateurs...
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Mufasa le 26 Mar 2011, 21:43

Les rebelles poursuivent leur offensive et disent avoir déjà repris Brega, 80km à l'ouest d'Adjabiya .. Je suis assez curieux de savoir ce qu'Obama va nous raconter lundi (il doit faire une grand allocution publique au sujet de l'intervention). Personne ici ne comprend s'il s'agit d'instaurer un no-fly zone théoriquement neutre pour "protéger les civils" des combats, ou si on est là pour aider les rebelles à conquérir l'ensemble de la Libye. Parce que le résultat brut, c'est d'avoir stoppé les forces de Kadhafi et permis aux insurgés de reprendre l'offensive.

Les choses se gâtent en Syrie, les manifestants auraient incendié un poste de police ainsi que 2 QGs du parti Baas dans deux villes (une proche de Deraa et une sur la côte).
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Sylphus le 27 Mar 2011, 01:07

sheon a écrit:
schumi84f1 a écrit:je sais pas si on en a parlé mais :
- Ben Ali était membre du parti socialiste tunisien
- le parti de Moubarak faisait parti de l'Internationale Socialiste
- Kadhafi était membre de l'union socialiste arabe

coïncidence ?

Non, aucune coïncidence, les dictateurs aiment bien se donner bonne conscience en donnant des noms farfelus à leurs partis.


Etonnant car en France, les socialistes étaient collabos, puis ils ont accueilli à bras ouverts l'extrême-gauche et le parti communiste. Et leur chef reçu la francisque et finança le PS grâce à l'argent d'anciens pétainistes. Comme quoi, c'est partout pareil.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Maverick le 27 Mar 2011, 01:25

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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Silverwitch le 27 Mar 2011, 12:00

Il ne fait pas bon contredire Kouchner sur les guerres d'ingérence justes:

http://www.ozap.com/actu/zapping-clash-bernard-kouchner-journaliste-figaro-ardisson/407252

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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Shoemaker le 27 Mar 2011, 12:17

Une réponse possible à Bricmont (que j'aime bien par ailleurs...).

par Daniel Vanhove - publié le dimanche 27 mars 2011


Avant de développer la réflexion qui suit, je voudrais préciser deux choses :

1. Comme objecteur de conscience, je suis en principe, contre l’usage des armes

2. La guerre, quelle qu’en soit la forme, est toujours un aveu d’échec

En gardant ces deux affirmations comme balises, je suis aujourd’hui profondément embarrassé. La question libyenne fait débat et pour une fois, les arguments des uns me semblent valoir ceux des autres. Pourquoi ?

D’abord, parce qu’il me faut reconnaître modestement que la Libye est sans doute le pays du Maghreb – ou du Machrek selon les sources – qui m’est le plus étranger. Ensuite, parce que par rapport aux autres pays de la région, les informations en provenance de Libye ont toujours été moins nombreuses que celles de Tunisie, d’Egypte, d’Algérie ou du Maroc… ce qui n’en facilite ni l’approche, ni une bonne perception.

N’ayant pas la possibilité de réagir à tous les articles sur le sujet, j’en retiendrai un de mon ami Jean Bricmont (http://www.michelcollon.info/La-Libye-f ... lisme.html), dont je partage la plupart des analyses, sauf dans ce cas. Bien que mon avis ne soit d’aucune utilité, vu que « je ne suis pas au pouvoir – et ne désire pas l’être – avec d’importantes responsabilités, et suis peut-être un petit gauchiste qui bavarde dans mon coin », comme le pointe J. Bricmont, j’ai par honnêteté intellectuelle pris position sur la question libyenne. Avec recul et avec beaucoup de difficulté. Mais je l’assume pleinement, même au risque de n’être pas compris, et peut-être de perdre l’un ou l’autre camarade en cours de route…

Je ne reviendrai pas sur la mainmise du clan Kadhafi sur le pays depuis 42 ans, ni sur les frasques du colonel dont chacun a pu apprécier les voltes-faces imprévisibles au cours de cette période. Pour ma part, j’en tire le constat que nous sommes bien en face d’un dictateur. Et que certains, au nom de leur opposition à l’intervention militaire étrangère, semblent d’un coup en tempérer les pires méfaits, me paraît plus qu’équivoque. Réticent à toute forme de pouvoir n’émanant pas du peuple, je n’en suis que plus déterminé face à une dictature. Le régime du colonel Kadhafi ne trouve donc pas à mes yeux le moindre espace de sympathie.

Il me paraît dès lors incompréhensible que nos pays qui se targuent à la moindre occasion d’appartenir au camp démocratique, puissent fréquenter voire collaborent avec un tel régime. En théorie. Parce que dans la réalité, nos belles démocraties n’échappent pas à la duplicité d’un monde beaucoup plus complexe que nos morales l’exigeraient… et suite aux connivences multiples de nos pays avec les régimes déchus de Ben Ali et Mubarak, ne nous a-t-on pas dit que nos démocraties avaient pour usage de parler avec tout le monde, insistant même sur le fait qu’à force de ne vouloir des contacts qu’avec les seuls pays dont les pratiques convenaient à nos critères, peu d’entre eux auraient notre écoute ? Je cherche toujours les lieux où ces déclarations résolues ont favorisé la moindre rencontre avec le Hamas – pourtant élu de manière démocratique et sous leur contrôle ! – le Hezbollah, le régime de Mugabe, etc… sans grand succès, mais soit, on n’en est plus à une contradiction ou à une hypocrisie près…

Ceci étant et pour en revenir à la question libyenne, je veux préciser qu’à mon opposition au recours aux armes, je dois ajouter : sauf quand la situation l’exige. Non-violent, oui ; pacifiste à tout crin, non. Si mes proches et moi sommes agressés ou menacés de mort, sans capacité à nous défendre seuls, je ferai appel à l’aide extérieure pour éviter le pire.

Nombre d’articles écrits par une certaine gauche, dénoncent l’ingérence militaire actuelle, y voyant la plupart du temps une nouvelle occasion pour faire main basse sur le pétrole libyen. C’est une analyse à peu de frais qui me paraît erronée. Le pétrole coule à flots depuis la Libye vers quantité de pays occidentaux, et au contraire de ce que ces pseudo-analyses dénoncent, les tensions des derniers jours ne font que propulser ses cours de record en record, menaçant par-là même, la fragile reprise économique de nos pays.

J. Bricmont écrit : « On a évoqué la notion de la « responsabilité de protéger » les populations, mais en brûlant un peu les étapes. De plus, il n’y a pas de preuves que Kadhafi massacre la population dans le simple but de la massacrer. C’est un peu plus compliqué que cela : il s’agit plutôt d’une insurrection armée et je ne connais pas de gouvernement qui ne réprimerait pas ce type d’insurrection. »

D’abord, et pour ne pas « brûler les étapes » il conviendrait de s’arrêter sur ce principe relativement nouveau adopté par l’ONU sous Kofi Annan de « responsabilité de protéger les populations ». Lire à ce sujet, l’intervention de Hubert Védrine (http://www.medelu.org/spip.php ?article768). Ensuite, si c’est effectivement « un peu plus compliqué », l’honnêteté intellectuelle se doit de corriger une première affirmation trompeuse : au départ, les manifestants au régime libyen étaient à l’instar des autres (Tunisie, Egypte, …) non-violents. C’est le régime qui a organisé la répression contre son peuple, mais les forces militaires étaient alors relativement maigres et quelque peu désorientées face à la masse des contestataires.

Sans parler des nombreux soldats qui se sont rapidement ralliés aux manifestants, refusant les ordres de tirer sur des citoyens désarmés. Et c’est parce que dans un premier temps l’armée s’est retirée, que les manifestants ont eu accès aux dépôts d’armes que leur ont ouvert les déserteurs. Au départ, il ne s’agit donc pas du tout d’une « insurrection armée qu’aucun gouvernement ne réprimerait pas ».

Il s’agissait comme ailleurs, d’une résistance populaire pacifique, opposée au régime… Par ailleurs, insinuer le doute que Kadhafi ne massacre sa population me semble également peu honnête, au vu des menaces mêmes du dictateur, des témoignages des déserteurs, des journalistes d’Al Jazeera ainsi que des opposants eux-mêmes… Et faut-il rappeler les deux chasseurs libyens qui se sont posés à Malte pour douter des intentions du colonel ? Mais, la question est peut-être bien celle-là : qui écoutons-nous ? Nos certitudes et nos principes, ou les manifestants démunis qui jusqu’à présent encore, remercient les pays qui sont intervenus pour les sauver in extremis d’un massacre de plus sur Benghazi…

Plus loin dans l’article : « Il aurait déjà fallu essayer honnêtement toutes les solutions pacifiques. Ça n’aurait peut-être pas fonctionné mais là, il y a eu une volonté manifeste de rejeter ces solutions. »

Ici aussi je pense qu’au départ, les manifestants ont tenté de faire comprendre au régime qu’il fallait dégager, mais cela « n’a pas fonctionné ». Et comme en Tunisie, en Egypte et ailleurs, le pouvoir a d’abord tenté de mâter la contestation populaire par la force. Mais à la différence de ces pays (et on suivra comment cela se passe au Yémen, au Bahreïn, en Syrie,…) le régime Kadhafi, loin de rechercher un dialogue avec son peuple s’est réorganisé en faisant appel à des mercenaires étrangers qui n’auraient pas d’état d’âme à tirer sur la population. Penser que dans de telles circonstances, l’on soit encore dans le temps du dialogue me paraît relever au minimum d’une singulière naïveté. Et imputer par cette réflexion, la responsabilité de la situation actuelle à ceux qui sont devenus malgré eux des « insurgés » (selon la terminologie utilisée par le régime) me paraît quelque peu douteux.

Ensuite : « Au niveau politique, la plupart des partis soutiennent l’intervention. Même à gauche, des trotskistes à Mélenchon, tous partent la fleur au fusil. Les plus modérés soutenaient juste l’application d’une zone d’interdiction aérienne mais si Kadhafi envoie ses tanks vers Benghazi, qu’est-ce qu’on fait ? (…) La gauche, incapable de soutenir de vraies positions alternatives, se trouve piégée par la logique de l’ingérence humanitaire et est obligée de soutenir Sarkozy. Si la guerre se passe vite et bien, le président français sera sans doute bien positionné pour 2012 et la gauche lui aura mis le pied à l’étrier. Cette gauche n’assumant pas un discours cohérent opposé aux guerres est obligée de se mettre à la remorque de la politique d’ingérence. »

Passons sur la caricature facile que « tous partent la fleur au fusil » (ce que je ne crois pas) et mettons cela sur l’émoi qu’une telle problématique peut soulever. En ce qui me concerne, la Résolution votée à l’ONU me paraît claire et il convient de s’y tenir. N’y a-t-il pour autant, aucun risque de dérapage ? Sans doute que si. Et ce ne serait pas la première fois. C’est pourquoi les mouvements anti-guerre doivent rester plus vigilants que jamais. Le cadre a été donné, il convient de s’y tenir. Et cela représente un travail constant. Par ailleurs, si je me situe à gauche – sans me reconnaître dans celle du PS qui n’y est plus depuis longtemps – cela ne me met pas des œillères au point de ne rien accepter qui vienne de Sarkozy , d’Obama ou d’ailleurs.

C’est quoi ce délire !? Et c’est-là qu’à mon tour « je suis furieux » et que j’en veux à cette gauche qui décrète que parce que cela viendrait d’un tel ou d’un autre, cela n’aurait aucune valeur et devrait être automatiquement rejeté. Une telle attitude n’a pour fondement qu’une fixation sur des principes, ce que je conteste. Il faut me semble-t-il garder sa capacité d’analyse et ne jamais manquer de souplesse ni de recul dans toute réflexion. En d’autres occasions, ce type de fixation et de rigidité s’appelle de l’intégrisme, et pourrait être de la même manière que J. Bricmont le dénonce, le « piège » de cette gauche arcboutée coûte que coûte sur des principes bien éloignés des réalités de terrain…

Plus loin : « Pour s’assurer le contrôle de la région et protéger Tel-Aviv, les Occidentaux veulent probablement se débarrasser des gouvernements déjà hostiles à Israël et aux Occidentaux. Les trois principaux sont l’Iran, la Syrie et la Libye. Cette dernière étant la plus faible, on l’attaque. »

Oui, peut-être. Mais dans un tel entretien, n’eût-il pas fallu relever qu’un des fils de Kadhafi s’est rendu en Israël pour demander l’appui des « spécialistes » en termes de répression des révoltes populaires, et faut-il taire qu’Israël semble avoir fourni les bonnes adresses où recruter des mercenaires ? Etrange collaboration quand même pour ceux que l’on dit être des ennemis jurés…

Ensuite : « L’Occident, qui pensait pouvoir contrôler le monde arabe avec des marionnettes comme Ben Ali et Moubarak, se dirait soudainement : « On a eu tout faux, maintenant on va soutenir la démocratie en Tunisie, en Egypte et en Libye. » ? C’est d’autant plus absurde que l’une des grandes revendications des révolutions arabes est le droit à la souveraineté. Autrement dit, pas d’ingérence ! »

Il arrive peut-être un moment où l’Occident prenant conscience de ses déconfitures en Irak, en Afghanistan et ailleurs, se dit qu’en effet cela ne peut plus continuer, ni pour une question de faillite virtuelle de nos Etats désargentés, ni d’autant quand les forces populaires telles qu’on les a vues dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient exigent le changement et n’ont plus rien à perdre pour l’obtenir. Mais les changements politiques qui surviennent dans le monde sont-ils toujours de cette nature : du tout ou rien !? Ici aussi, il me semble qu’une certaine nuance aiderait au débat…

Enfin : « (…) si tout le monde faisait comme la Suisse, pour les raisons que j’ai expliquées précédemment, le monde irait beaucoup mieux. (…) Selon moi, la meilleure alternative est la coopération avec les différents pays, quels que soient leurs régimes. A travers le commerce, mais pas celui des armes évidemment, les idées circulent et les choses peuvent évoluer, sans guerre. On peut bien-sûr discuter des modalités : commerce équitable, écologique, etc. Mais le commerce est une alternative beaucoup moins sanglante aux sanctions et aux embargos qui sont la version soft des guerres humanitaires. »

Est-il bien certain que tout irait mieux si nos pays se comportaient comme la Suisse, à savoir : devenir des endroits où tout l’argent sale du monde converge pour les trafics les plus obscurs !? Combien de mafieux sans scrupules, de trafiquants de drogue, d’armes et de réseaux de prostitutions ne lavent-ils pas plus blanc via le système bancaire suisse !? Et même à mettre entre parenthèse ce système bancaire des plus troubles, cela ne me semble pas suffire à la démonstration. En restant lucide et pragmatique, il me paraît une fois encore quelque peu naïf de penser que « le commerce est une alternative beaucoup moins sanglante »… Et penser qu’il suffit de s’opposer au commerce des armes pour se dire que la solution se trouve-là me paraît non seulement léger mais dans le cas précis, particulièrement hors de toute réalité de terrain. Combien de sombres et odieux commerces sont pratiqués dans quantité de pays, jetant dans la famine, la misère et la mort nombre d’indigents… et dans un silence complice !?

Pour conclure, je dirais à J. Bricmont que si je le rejoins sur certains points – non au principe de la guerre ; réserve sur le droit d’ingérence ; rejet de toute course aux armements ; privilégier le dialogue tant qu’il est possible ; regret que la proposition Chavez n’ait pas été prise en compte ; etc… – je ne peux, cette fois, le rejoindre de manière globale. Parce que dans les exemples pris pour étayer les nombreux articles sur le sujet dont celui-ci, il est souvent fait référence à d’autres situations, en oubliant de rappeler d’une part, que comparaison n’est pas raison et d’autre part, que c’est la résistance libyenne qui a appelé à l’aide, relayée par la Ligue arabe.

Ce n’est pas l’ONU qui a décidé d’une intervention de manière unilatérale. Et aujourd’hui, malgré les frappes aériennes, l’on peut voir les difficultés de cette résistance désorganisée, non-préparée et inapte au maniement des armes, avoir bien des difficultés à reconquérir les villes reprises par les mercenaires et l’armée du régime. C’est dire que s’il n’y avait pas eu d’intervention, l’on aurait probablement assisté à un bain de sang sur Benghazi dont le contentieux avec le pouvoir n’est pas vierge.

Je lis aussi ici-et-là qu’au lieu d’intervenir directement, il eût fallu armer la résistance. Déjà, une telle option s’inscrit dans une logique de guerre – or, les manifestants libyens ne s’inscrivaient pas dans cette logique au départ – puis, à partir du moment où l’on choisit d’armer ceux qui par obligation sont devenus résistants, d’où donc proviendraient les armes sinon des Etats-mêmes que l’on condamne pour leur intervention ? De la Chine ou de la Russie qui se sont abstenues lors du vote de la résolution onusienne ? Les armes chinoises ou russes seraient-elles moins létales que celles de l’Occident !? Et nous revoilà bien vite ramenés à la logique cynique mais implacable du monde qui est le nôtre…

Je me permets de rappeler aussi que nombreux sont les intervenants condamnant l’intervention en Libye qui la réclament pour la protection du peuple en Palestine. Alors de deux choses l’une : ou dans certains cas, une intervention est nécessaire ou elle ne l’est jamais. Et le fait qu’elle n’arrive pas pour soulager les Palestiniens nous rappelle autre chose : que nous sommes comme l’évoque J. Bricmont dans un rapport de force. Nous n’attaquons pas la Corée du Nord écrit-il, parce que l’on croit que le pays possède la bombe atomique (à vérifier !)… nous n’intervenons donc pas en Palestine, parce qu’on sait qu’Israël bénéficie d’une redoutable machine de guerre…

Il est fort regrettable de devoir établir ce constat, mais c’est la stricte réalité. Et il y a ainsi deux manières de se positionner : rêver à des lendemains meilleurs – mais je laisse cela à la démagogie politique ou aux discours religieux – ou tenir compte de la stricte réalité pour construire le monde d’aujourd’hui. Si nous intervenons en Libye, c’est donc aussi parce que de manière bassement pragmatique, nous pensons la chose possible. Et plutôt que de la dénoncer, cela devrait servir à révéler le deux-poids deux-mesures dans le cas palestinien et rappeler aux politiques cette criante injustice.

En vérité, la seule loi qui régit nos rapports aux autres dans le monde, est la loi du plus fort. Et il en est ainsi depuis que la terre tourne. Nos bagnoles, nos écrans plats, nos portables, nos piscines, nos systèmes de chauffage, nos machines à laver, nos salles de bains climatisées, nos sorties-ciné ou resto, nos loisirs, nos congés payés, et jusqu’au moindre gadget… tout cela dont nous ne pouvons (voulons) plus nous passer, nous le construisons depuis toujours, par la force, mais on ne veut pas le voir.

C’est ce confort sans pareil que nous ne voyons même plus, auquel tentent d’accéder les milliers de jeunes qui gisent au fond de la Méditerranée. Nous pouvons le déplorer, nous pouvons le dénoncer, nous pouvons tenter d’y mettre fin sous prétexte que ce qui fait la grandeur humaine est d’échapper à ce type de loi. Cela n’enlève rien aux faits. Et les faits sont sans appel et se vérifient chaque jour. Ne pas s’en rappeler, ne pas le reconnaître, ne pas en tenir compte est une hypocrisie ou une erreur de base de toute analyse, d’autant si elle est politique, terrain d’excellence de rapports de force entre parties.

Si la politique peut être l’espace de réalisations concrètes de nos rêves, les acquis sont toujours la résultante d’âpres luttes, de grèves pugnaces, de combats sociaux déterminés pour arracher pouce par pouce au pouvoir un mieux-être toujours relatif. En réalité, rien ne change sous le soleil !
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede sccc le 27 Mar 2011, 13:34

Oui, difficile de trancher dans ces évènements.

La seule constante qui revient c'est notre approche (occidentale) à géométrie variable. Finalement c'est toujours notre propre intérêt qui justifie (ou non) une intervention. Le fait que l'ONU donne ou non son feu vert n'a que peu d'importance.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede sccc le 27 Mar 2011, 14:06

Indépendamment des doléances exprimées de part et d'autre sur cette intervention, je me dis tout de même que ce qui se passe au sens large en Afrique du Nord constitue un bon coup de pied dans la termitière et qu'il en sortira peut-être quelque chose de positif.

On peut espérer que d'autres pays voisins d'Israël soient touchés (Syrie, Jordanie, Arabie Saoudite) et changent radicalement de gouvernement ou de forme de gouvernements. Je ne peux m'empêcher de penser que les dictatures actuelles, qu'elles soient pro ou anti occidentales font le jeu d'Israël et des américains, justifiant de ces derniers toutes les positions et thèses. Israël et les USA ont besoin de menaces pour justifier leur politique. Il en va de même pour les dictateurs entourant Israël, ils ont également besoin de cet épouvantail (Israël) pour cristalliser la haine et la détourner des vrais problèmes intérieurs. Quelque chose me dit que si Israël se retrouve entouré de démocraties (aussi imparfaites soient-elles), il sera plus difficile de justifier la politique actuelle vis-à-vis des palestiniens. On peut espérer un sursaut interne. Et un changement de stratégie de la part des américains qui me semblent fort dépassés pour le moment.

On peut espérer au moins.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Mufasa le 27 Mar 2011, 18:43

Point de vue intéressant de ce Daniel Vanhove.

Petite mise à jour:

Bahrain: le Koweït se propose en médiateur entre le pouvoir et l'opposition.
Syrie: la conseillère et porte-parole d'Assad confie à Al-Jazeera que l'état d'urgence, en vigueur depuis une 40aine d'années, serait levée, sans donner davantage de précisions.
Libye: les insurgés poursuivent leur offensive avec une rapidité étonnante, en ne rencontrant presqu'aucune résistance. Ils vont bientôt atteindre Sirte, la ville natale de Kadhafi, et contrôlent désormais de larges régions d'extraction du pétrole dont la vente sera facilitée par le Qatar, d'après un porte-parole de la rébellion. Le ministre de la défense anglais déclare que la coalition ne fournira pas d'armes aux insurgés afin de respecter l'embargo d'armes de l'ONU.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede iceman46 le 27 Mar 2011, 18:59

Mufasa a écrit:Point de vue intéressant de ce Daniel Vanhove.

Petite mise à jour:

Bahrain: le Koweït se propose en médiateur entre le pouvoir et l'opposition.
Syrie: la conseillère et porte-parole d'Assad confie à Al-Jazeera que l'état d'urgence, en vigueur depuis une 40aine d'années, serait levée, sans donner davantage de précisions.
Libye: les insurgés poursuivent leur offensive avec une rapidité étonnante, en ne rencontrant presqu'aucune résistance. Ils vont bientôt atteindre Sirte, la ville natale de Kadhafi, et contrôlent désormais de larges régions d'extraction du pétrole dont la vente sera facilitée par le Qatar, d'après un porte-parole de la rébellion. Le ministre de la défense anglais déclare que la coalition ne fournira pas d'armes aux insurgés afin de respecter l'embargo d'armes de l'ONU.



j'ai lu que quelques officiers ex kadafi coordonnaient les attaques des rebelles,voila pourquoi ils avancent plus vite depuis quelques jours.
http://www.toilef1.com/IMG/jpg/140107spa.jpg

au revoir mon ami,continue a regarder les grands prix la haut au paradis des fans de sport auto.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Silverwitch le 28 Mar 2011, 11:11

Déclaration du secrétaire général de l'OTAN sur la Libye

Les pays membres de l'OTAN ont décidé d'assumer la totalité de l'opération militaire en Libye dans le cadre de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Notre but est de protéger les populations et les zones civiles menacées par le régime du colonel Kadhafi. L'OTAN appliquera tous les aspects de la résolution de l'ONU, ni plus, ni moins.

Il s'agit d'une décision très importante, qui prouve que l'OTAN est capable de mener une action décisive.

La semaine dernière, nous avons établi un programme complet d'opérations destinées à appuyer la résolution de l'ONU sur mer et dans les airs. Nous veillons déjà à l'application de l'embargo sur les armes et au respect de la zone d'exclusion aérienne, et la décision d'aujourd'hui va encore plus loin. Nous agirons en étroite coordination avec nos partenaires internationaux et régionaux en vue de protéger le peuple libyen.

Nous avons chargé le commandant opérationnel en chef de l'OTAN d'entamer l'exécution de cette opération avec effet immédiat.


Source: News Press

http://www.newspress.fr/Communique_FR_239111_823.aspx

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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Cortese le 28 Mar 2011, 11:19

Je trouve le point de vue de ce ce Daniel Vanhove peu convaincant car il y dit une énormité, dont on avait déjà parlé, qui jette la suspicion sur le reste de son argumentation. Il met sur le même plan l'appui aux insurgés libyens et la protection des Palestiniens, alors que les deux cas sont très différents pour ne pas dire diamétralement opposés. Qu'on le veuille ou non, il existe une légalité internationale, imparfaite certes, mais qui ne date pas d'hier, elle remonte au moins au Congrès de Vienne. Elle a été renforcée par la SDN puis par l'ONU. Elle repose sur plusieurs propositions intangibles : d'abord l'interdiction d'acquérir des territoires par la force, puis la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats et le droit des peuples à l'auto-détermination (qui ne concerne que la dissolution des empires, plus récemment des empires coloniaux). Depuis une trentaine d'années, les défenseurs de l'empire qui ne dit pas son nom, les USA, tentent d'imposer un droit nouveau, le droit d'ingérence "humanitaire" (qui est en contradiction avec le point deux).
Toujours est-il que, selon les règles actuellement en vigueur, l'attaque de l'OTAN sur la Libye est illégale (ce qui explique sans doute pourquoi la France n'est pas entrée en guerre aux côtés du gouvernement légal espagnol en 1936 lorsque les aviations italiennes et allemandes sont entrées en guerre aux côtés des insurgés franquistes), alors qu'au contraire, l'acquisition par Israël de territoires par la force (annexion de Jérusalem et du Golan syrien), le refus d'évacuer la Cisjordanie et Gaza (qui reste occupée en réalité, elle est juste mise "sous cloche") et les innombrables décisions du Conseil de Sécurité condamnant Israël, font OBLIGATION aux Etats de l'ONU (et en particulier aux Etats occidentaux) d'entrer en guerre contre Israël pour libérer la partie de la Palestine reconnue internationalement et aux côtés de la Syrie pour libérer le Golan.
Si on voulait soutenir les insurgés il y avait une autre solution : cesser d'acheter le pétrole libyen, ce qui aurait rapidement contraint Kadhafi à négocier avec son opposition.
Je répète donc que ce soutien aux thèses kouchnériennes est une véritable folie, qui donne la possibilité peu à peu légalisée (à cause de la jurisprudence) à l'Empire d'attaquer tous les Etats qui l'agacent un tant soit peu ou qu'il souhaite démembrer.
Que dire de la Syrie ? Elle est sous le régime de l'Etat d'urgence depuis 1963. C'est tout à fait normal, elle est en guerre contre Israël, comme tous les Etats arabes ayant un minimum de légitimité populaire (puisque la totalité des populations arabes est radicalement opposée au hold-up sioniste sur la Palestine depuis 1947), quasiment depuis sa création (en 1945), après quelques années où toutes les tentatives d'instauration d'un Etat démocratique en Syrie ont été torpillées par la France ou la Grande Bretagne. Je rappelle que tout Etat en guerre suspend les libertés démocratiques, il n'y a eu aucune élection en Angleterre entre 1939 et 1945, hein.
Enfin, bref. On a bien compris que l'objectif de cet étalage obscène de cynisme bienveillant n'a qu'un seul but : empêcher qu'il puisse exister un seul Etat arabe capable de refuser, aujourd'hui ou demain, de reconnaître Israël dans les frontières acquises par la force en 1967. Quant aux Palestiniens, on les oubliera avec le temps. Les Apaches ont bien disparu, et il parait que des sectes impérialistes célèbrent leur propre culte autour du crâne de leur valeureux chef, Géronimo. Ne me demandez pas comment Géronimo traitait ses opposants, je suis sur que le bon Dr Kouchner a une réponse.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Silverwitch le 28 Mar 2011, 11:45

Cortese a écrit:Enfin, bref. On a bien compris que l'objectif de cet étalage obscène de cynisme bienveillant n'a qu'un seul but : empêcher qu'il puisse exister un seul Etat arabe capable de refuser, aujourd'hui ou demain, de reconnaître Israël dans les frontières acquises par la force en 1967. Quant aux Palestiniens, on les oubliera avec le temps. Les Apaches ont bien disparu, et il parait que des sectes impérialistes célèbrent leur propre culte autour du crâne de leur valeureux chef, Géronimo. Ne me demandez pas comment Géronimo traitait ses opposants, je suis sur que le bon Dr Kouchner a une réponse.


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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Fatcap le 28 Mar 2011, 13:49

silverwitch a écrit:
Déclaration du secrétaire général de l'OTAN sur la Libye

Les pays membres de l'OTAN ont décidé d'assumer la totalité de l'opération militaire en Libye dans le cadre de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Notre but est de protéger les populations et les zones civiles menacées par le régime du colonel Kadhafi. L'OTAN appliquera tous les aspects de la résolution de l'ONU, ni plus, ni moins.

Il s'agit d'une décision très importante, qui prouve que l'OTAN est capable de mener une action décisive.

La semaine dernière, nous avons établi un programme complet d'opérations destinées à appuyer la résolution de l'ONU sur mer et dans les airs. Nous veillons déjà à l'application de l'embargo sur les armes et au respect de la zone d'exclusion aérienne, et la décision d'aujourd'hui va encore plus loin. Nous agirons en étroite coordination avec nos partenaires internationaux et régionaux en vue de protéger le peuple libyen.

Nous avons chargé le commandant opérationnel en chef de l'OTAN d'entamer l'exécution de cette opération avec effet immédiat.


Source: News Press

http://www.newspress.fr/Communique_FR_239111_823.aspx

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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Sylphus le 28 Mar 2011, 18:19

Que de temps perdu à bombarder en finesse alors que nous disposons de l'arme atomique et se partager le pétrole avec les USA. Même sur ce terrain-là, Sarkozy est nul. On est pas prêt d'être débarrassé de Kadhafi.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Maverick le 28 Mar 2011, 18:38

:|

Ne répondez pas s'il vous plaît, il n'attend que ça...
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Shoemaker le 28 Mar 2011, 18:51

Cortese a écrit: Je trouve le point de vue de ce ce Daniel Vanhove peu convaincant car il y dit une énormité... etc.


Non, il est clair, CE Vanhove, combien même tu as le droit de récuser son opinion (reste à en démontrer la non-pertinence) : son opinion, c'est que le vrai droit, c'est "la loi du plus fort". Les Palestiniens, en attendant que s'applique le vertueux Droit International nécessaire et tout et tout, etc etc., tous les jours que Dieu fait, expérimentent cette triste constatation (cette fameuse ONU qui a reconnu Israel en TOUTE ILLEGALITE). Ce Van machin ajoute par ailleurs que l'intervention en Libye pourrait mettre en lumière JUSTEMENT, la contradiction et l'injustice majeure en ce qui concerne le cas Palestinien (certes, rien n'est moins sûr, mais qu'est ce qui est sûr en Palestine, si ce n'est le bon droit absolu d'Israel...). Donc, le juridisme, ouais, comme tu dis, mais bon, hein...

Qu'on le veuille ou non, il existe une légalité internationale, etc...


Va en parler aux Palestiniens, ils en savent quelque chose. Le Droit International, ce sont les puissants qui le font, comme ce sont les vainqueurs qui écrivent l'Histoire. Et lorsque ce même droit qu'ils ont écrit en quasi totalité, les gêne, bah, ils passent au-dessus. En quoi les Américains se sont gênés pour envahir l'AFGH, pour éradiquer l'irak, pour soutenir l'insoutenable Israel ? Pour ma part, j'en reste au principe du droit du plus fort. Je ne suis pas pour, et l'Univers entier se contrefiche de mon opinion, mais je constate, c'est tout. Et donc, pour les amateurs de Droit, A LA RIGUEUR, ils devraient se réjouir de voir l'Empire hésiter, prendre des gants, se conformer à un minimum de règles internationales, etc. MAis bon, pour ce que tout cela vaut...

Depuis une trentaine d'années, les défenseurs de l'empire qui ne dit pas son nom, les USA, tentent d'imposer un droit nouveau, le droit d'ingérence "humanitaire" (qui est en contradiction avec le point deux).


Peut-être. Mais si ça ne marche pas, ils en feront tout de même à leur tête. Tout le démontre, tout le prouve. Depuis quand les Empires se gênent pour imposer leurs vues ?

... font OBLIGATION aux Etats de l'ONU (et en particulier aux Etats occidentaux) d'entrer en guerre contre Israël pour libérer la partie de la Palestine reconnue internationalement et aux côtés de la Syrie pour libérer le Golan.


Oui, quand les poules auront des dents. La PAlestine ne se portera mieux (si cela doit arriver un jour) que lorsque le rapport de force basculera en défaveur du sionisme. Point à la ligne. Je te laisse imaginer ce qu'ils en font, de l'obligation dont tu parles, les Occidentaux et Israel.

Si on voulait soutenir les insurgés il y avait une autre solution : cesser d'acheter le pétrole libyen, ce qui aurait rapidement contraint Kadhafi à négocier avec son opposition.


Et tu crois que les Chinois seraient restés là, à regarder le pétrole libyen se dessécher au soleil... Je t'ai connu plus réaliste ! ...

Je répète donc que ce soutien aux thèses kouchnériennes est une véritable folie, qui donne la possibilité peu à peu légalisée (à cause de la jurisprudence) à l'Empire d'attaquer tous les Etats qui l'agacent un tant soit peu ou qu'il souhaite démembrer.


Il s'est gêné auparavant... Allons ! Regardons le cas de l'Algérie en danger de démembrement. Ok. Et quoi ? "On" fait quoi ? "On" attend comme des agneaux que l'Empire viennent nous découper en petits morceaux, sachant donc que cela est du domaine du possible ? Ou bien "on" réagit, "on" s'adresse au peuple algérien, "on" le responsabilise, "on" lui rend justice, etc etc, et de ce fait, on peut espérer qu'il ne tombera pas brutalement dans les pièges divers et variés que l'ennemi lui tendra à terme ? Qui est "on" ? Fait-il son boulot, ce "on" ? J'attends toujours de voir qu'on s'adresse enfin au peuple algérien avec responsabilité et justice. Il ne le mérite pas ? Alors autant en emporte le vent, et que l'Algérie disparaisse. Personne n'est responsable de rien !

(...) Je rappelle que tout Etat en guerre suspend les libertés démocratiques, il n'y a eu aucune élection en Angleterre entre 1939 et 1945, hein.


Oui, mais ce n'est pas une raison pour torturer les opposants politiques, abrutir les masses, et justement les rendre INEFFICACES contre Israel, contre le "démembrement", etc etc. Il y a DES LIMITES, à ce genre d'argument. Regarde moi dans les yeux, et ose me dire sans rire, que les Assad et Cie, ça ne les arrange pas, ce genre de situation, ce genre d'argument... Ose me dire que leur pouvoir DYNASTIQUE (l'insupportable et inexcusable népotisme de ces régimes), totalitaire, arbitraire, etc, tient simplement à la nécessité de la situation de guerre larvée contre Israel. Je ne te croirai de toute façon ! :lol:

Enfin, bref. On a bien compris que l'objectif de cet étalage obscène de cynisme bienveillant n'a qu'un seul but : empêcher qu'il puisse exister un seul Etat arabe capable de refuser, aujourd'hui ou demain, de reconnaître Israël dans les frontières acquises par la force en 1967.


Allons Cortese ! De nouveau, regarde moi dans les yeux, et sans rire, dis moi que tu espères d'une manière ou d'une autre, que tu attends de la 8eme génération issue de la Dynastie de Kadhafi, ou de celle des Assad, une possible victoire contre les Israéliens ? Non. Ces régimes BLOQUENT une possible, une éventuelle dynamique Arabe, qui pourrait un jour se transformer, malgré tous les plans vicieux de l'Empire, en une puissance capable peut-être, d'inverser les valeurs, de devenir enfin plus forte qu'Israel, et de mettre fin à la mère de toutes les injustices de ce monde. Il n'y a plus rien à attendre de ces régimes. Il n'y a plus rien à attendre de ce système autoritaire généralisé et archaïque qui puise vicieusement sa légitimité dans un état de guerre qui, avant tout, AVANT TOUT, avantage et arrange justement Israel. Ce système ne mérite plus qu'une unique chose : les poubelles de l'Histoire.

Alors quoi ? Alors, foutu pour foutu (voir ton passage sur les Apaches, auquel je souscris presqu'entièrement), essayons autre chose. Le monde a changé. Si le Vietnam a donné une raclée claire et sans ambigüité à l'Empire (sous sa forme coloniale Française ou celle, néo coloniale, l'Américaine), c'est qu'il y avait à l'époque, l'URSS. Même si je suis antistalinien, je ne l'ai japais été d'une manière abrutie et intégriste. Au contraire : bien avant de te connaître, j'étais heureux que l'URSS, au-delà des différends qui l'opposait à ses frères ennemis trotskistes, fasse sa part sacrée du travail : aider un pays tel que le Vietnam, à combattre l'Empire (on disait l'Impérialisme, à l'époque). Et je trouvais même, dans mon impatience juvénile, que l'URSS n'en faisait pas assez ! J'avais été révolté que cette même URSS n'en ait pas fait autant pour aider l'Egypte en 67. Des communistes d'alors m'ont fait remarquer que Nasser réprimait durement le PC Egyptien de l'époque. Et qu'on ne peut en même temps opprimer les communistes, créer le fumiste mouvement des PAys Non Alignés, et attendre une aide totale de l'URSS. Rien à redire...
Mais bref, au-delà de ces digressions, admettons-le : le monde a changé. L'Empire a gagné. La Russie actuelle gère sans états d'âme, ses propres intérêts (et elle-même a de quoi faire face aux complots israélo- américains : la fameuse connivence incroyable entre la Géorgie et Israel, l'affaire des "oligarques", etc !...), la Chine rêve d'un destin ultra néo-libéral. L'Europe peu à peu, se noie dans les miasmes concoctés en d'autres lieux pour la couler. Il n'y a rien qui puisse apporter de l'aide, de l'espoir. Rien.
C'est pour cela, que face à cette situation extrême, désespérée, il faut changer de système dans les pays Arabes. Il faut se débarrasser des anciens potentats. Ca y est, ils ont fait leur temps. On ne va pas encore se taper leurs rejetons ! Ca suffit. Il faut essayer autre chose. Je ne sais pas quoi, bien entendu. Mais quoi qu'il arrive suite à toute cette affaire du printemps arabe, quels que soient les petits et minables espoirs de Kouchner, il faut qu'un coup de pied salutaire de l'Histoire balaye ce (déjà trop) vieux monde Arabe.

Non Cortese, tu ne peux prétendre, toi qui est si intransigeant avec la bêtise, toi que l'ignorance crasse indispose tant, toi qui croit tant en la culture, en la justice, etc etc, tu ne peux prétendre une seule seconde, qu'il puisse y avoir un gramme d'espoir avec des régimes tels que ceux de Kadhafi et consort. Tu sais bien qu'ils sont vendus à l'Empire. tu sais bien qu'il faut passer à autre chose.
Regarde, depuis que les révoltes ont commencé : regarde, et montre moi UN SEUL de ces régimes, qui, sérieusement, fait quelque chose A LA HAUTEUR de l'événement (pour la Syrie, j'attends de voir). Rien ! Un désert de nullité ! Juste de la fuite ou de de la répression ! Et tu te fais du mauvais sang pour la disparition de cet ancien monde pourrave jusqu'à la moelle ? Et pitié, PITIE, ne me ressors pas les les arguments "BHL-Gluksman-Koucher"... N'oublie pas que les deux premiers ont défendu nos généraux avec fougue et abnégation, lors de l'affaire du "qui-tue-qui". Faudrait-il pour autant soutenir le FIS qui prenait ses ordres à Ryadh, rien que pour "ne pas faire" comme nos deux compères sionistes ?...

Quant aux Palestiniens, on les oubliera avec le temps. Les Apaches ont bien disparu, et il parait que des sectes impérialistes célèbrent leur propre culte autour du crâne de leur valeureux chef, Géronimo. Ne me demandez pas comment Géronimo traitait ses opposants, je suis sur que le bon Dr Kouchner a une réponse.


TA comparaison est bonne, mais hâtive. Rappelle-toi tout de même, que ces régimes, que tu associes à Géronimo, contrairement à ce dernier, qui d'après les chroniques, a été un sincère défenseur de son peuple, rappelle-toi que EUX, n'ont jamais sincèrement défendu les leurs. Au contraire ! Nous ne sommes donc pas d'accord là-dessus.
Il y a heureusement, encore de véritables nationalistes qui défendent leurs peuples, qui essayent des les armer dans tous les sens du terme, dans une perspective de réelle résistance, une réelle confrontation contre l'Empire. Il y a heureusement des Chavez (il a compris LUI, après avoir fait un coup d'Etat, que ce n'était pas la bonne voie, et après avoir choisi d'être élu par son peuple, MALGRE UN ETAT DE GUERRE LARVEE CONTRE L'EMPIRE qui veut sa peau à tout prix, il possède maintenant, de fait, une légitimité extraordinaire et indiscutable!), des Ahmadinejad (pareil ! Légitimement ELU ! Même si le pays est en état de guerre selon ton propre argument : la Libye est-elle plus en guerre que l'Iran actuellement face à la menace autrement plus terrible de l'Empire ? (carrément risque de bombardement nucléaire ! Excusez du peu !).
Et l'Empire peut alors aboyer. Les Iraniens et les Vénézuéliens se lèveront comme un seul homme, pour défendre leur pays si nécessaire, à part une néo-bourgeoisie vendue, en toute logique, etc etc...).

Bon, heureusement que je te connais bien, et que je sais ce que tu penses réellement ! :lol: (humour !!!!!!!!!!..)
Dernière édition par Shoemaker le 28 Mar 2011, 19:03, édité 1 fois.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Shoemaker le 28 Mar 2011, 18:53

Maverick a écrit::|

Ne répondez pas s'il vous plaît, il n'attend que ça...

:lol:
T'inquiète ! On a résisté à Barmanou, dans le genre anguille ! On a de l'expérience !
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Cortese le 28 Mar 2011, 18:57

Bof. Disons que je suis un horrible stalinien et que tu es un incorrigible gauchiste et restons en là.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Shoemaker le 28 Mar 2011, 19:12

Cortese a écrit:Bof. Disons que je suis un horrible stalinien et que tu es un incorrigible gauchiste et restons en là.


Je ne le pense pas, mais bon, comme tu veux.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Cortese le 28 Mar 2011, 20:59

Le petit lexique de la guerre juste selon "Acrimed"

Lexique médiatique de la guerre de Libye

Publié le 28 mars 2011 par Julien Salingue

Les mots de la guerre au service de la guerre ?

Toutes les informations ne relèvent pas de la propagande ou ne se réduisent pas à de la propagande. Et la propagande ne consiste pas seulement (ni parfois principalement) en mensonges grossiers et délibérés ou en partis pris outranciers, cibles faciles pour la contre-propagande.

Dans les conflits les plus aigus, qu’ils soient sociaux ou militaires, les médias et les journalistes et, le cas échéant, leurs critiques, ne sont jamais de simples observateurs. Ce sont des acteurs. Mais ce n’est pas rêver à une improbable « neutralité » ou à une très aléatoire « objectivité », que de souligner que les partis pris les plus insidieux se dissimulent derrière le vocabulaire apparemment le plus anodin.

Que l’on soit ou non favorable à l’intervention militaire en cours en Libye, on est en droit d’attendre des médias et des journalistes, quelles que soient leurs prises de position, que la condamnation du régime libyen ne se transforme pas en propagande de guerre qui se bornerait à rediffuser, sans les vérifier, les informations fournies par les états-majors, ou, plus simplement, à épouser le vocabulaire diplomatique, politique ou militaire de l’un des camps en présence.

« Guerre » - Se dit, dans le cas présent, le moins souvent possible, non seulement dans les déclarations des responsables politiques et militaires, mais sous la plume et dans la bouche de nombre de commentateurs. Comme dans nombre de guerres modernes, l’opération militaire actuellement menée en Libye porte un nom, peu repris il est vrai : « Aube de l’Odyssée ». Pourtant – qui peut le nier ? – cette guerre est une guerre.

« Riposte » - Se dit des opérations militaires de « nos » armées, quand on veut en souligner le caractère prétendument défensif.

Les états-majors et les chefs de gouvernement n’ont pas osé prétendre que l’opération militaire en Libye pouvait être considérée comme une « riposte ». Qu’à cela ne tienne. Certains journalistes ont franchi le pas. Mais ne soyons pas malhonnêtes, ils ne sont pas majoritaires dans la profession. Pour l’instant. Mais, comme le montrent les deux captures d’écran qui suivent, on ne parle pas ici de médias totalement marginaux :

***

Ou encore, sur le site de L’Express : « Pendant que le débat diplomatique se prolonge, certains évoquent un risque réel de voir les forces de Kadhafi gagner la partie sur le terrain avant que les grandes puissances conviennent d’une riposte au conflit » (15 mars).

Une « riposte » ? Les « grandes puissances » ou « l’Occident » auraient-ils été agressés par Kadhafi ? Se borneraient-ils à « répondre » à une attaque, à « riposter » ? À moins d’être de mauvaise foi, la réponse est évidemment non. Alors, a-t-on affaire ici à de simples excès de langage ou à de mauvaises habitudes prises à force de traiter des guerres présentées comme « préventives », c’est-à-dire au cours desquelles l’attaque est une « riposte » par anticipation ? À voir. Mais dans un cas comme dans l’autre, les lecteurs et les auditeurs ne sortent pas gagnants de l’emploi totalement déplacé d’un terme aussi dépourvu d’ambiguïté…

« Les alliés » - Se dit, sans autre précision, des États engagés dans la guerre qui ne dit pas ou fort peu son nom. Ceux-ci peuvent être affublés de plusieurs autres désignations : « la coalition », « le front anti-Kadhafi », voire même « les occidentaux » (par un lapsus fort peu diplomatiques envers ceux qui ne le sont pas)… Mais « alliés » est l’un des termes les plus souvent employés, et l’un des plus significatifs :

« Libye : les alliés mettent au point leur dispositif militaire » (titre d’un article du Figaro, 18 mars) ; « Libye : les alliés verrouillent le ciel » (titre d’un article du Midi-Libre, 21 mars) ; « La route d’Ajdabiah en partie rouverte par les alliés » (site de L’Express, 20 mars) ; etc.

« Les alliés ». Lors de l’invasion de l’Irak déjà, l’attelage américano-britannique (flanqué de quelques troupes auxiliaires, mais privé de « la France »), avait, comme nous le relevions alors, bénéficié de cette appellation. Elle vaut soutien à la guerre en cours : un soutien qui relèverait du débat public, s’il s’assumait comme tel au lieu de s’abriter derrière une référence historique qui renvoie à l’un des deux camps en présence lors de la Deuxième Guerre mondiale. Chacun avouera que la comparaison est des plus osées, pour ne pas dire hasardeuse, quelle que soit l’ampleur des crimes commis par le régime libyen. Rien ne nous garantit, devant l’abondance de la référence aux « Alliés », que Kadhafi ne nous sera pas présenté demain comme le nouvel Hitler. Ou, pour être plus exact, comme le nouveau nouveau nouvel Hitler. Contre lequel la mobilisation armée de la « communauté internationale » ne peut être contestée.

« Communauté internationale » - Se dit, indifféremment, des membres du Conseil de Sécurité qui ont adopté la résolution, de ceux qui la soutiennent et de ceux qui, en s’abstenant, l’ont réprouvé. Cette expression semble désormais moins utilisée que lors de l’euphorie des premiers jours :

« La communauté internationale montre sa solidarité avec le printemps arabe » (site de La Croix, 20 mars) ; « Kadhafi menace la communauté internationale » (titre tout en nuance d’une dépêche publiée sur le site du Point le 19 mars) ; « Dossier Libye : la communauté internationale décide d’intervenir » (site de Marianne, 19 mars) ; etc.

Ce disant - comme nous l’avions déjà fait remarquer dans un article précédent - les médias ont pendant quelques jours oublié « de rappeler que quelques pays mineurs, périphériques et peu influents, n’ont pas voté la résolution de l’ONU, la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Allemagne… ». On a semblé davantage s’intéresser aux quatre avions (de fabrication française) gracieusement mis à disposition par ce géant qu’est le Qatar qu’aux réactions des gouvernements de pays qui représentent plus de la moitié de l’humanité… Plutôt que de s’efforcer d’informer pour les comprendre, quitte, ensuite, à les soutenir ou les désavouer, l’on n’a guère épilogué sur les raisons pour lesquelles ils n’étaient pas convaincus de cette guerre. Ou plutôt, de ces « frappes ».

« Frappes » - Désigne les bombardements effectués par « les alliés » : en effet, les « alliés » ne bombardent pas, ils « frappent ». Ils « frappent » la Libye, comme d’autres « frappent » à la porte, « frappent » un ballon de football ou se « frappent » dans les mains. On parle pourtant bien de centaines de missiles. Mais chacun avouera que le terme « frappes » n’est pas aussi négativement connoté que le mot « bombardements » :

« Libye. Les frappes militaires devraient baisser d’intensité, selon les USA » (titre glané sur le site internet de Ouest France, 22 mars) ; « Libye : frappes françaises en suspens » (titre d’une dépêche AFP, 21 mars) ; « Le pétrole recule légèrement, malgré la poursuite des frappes en Libye » (site du Parisien, 22 mars) ; etc.

Quant à Kadhafi et ses forces armées, ils ne « frappent » pas, ils « pilonnent » :

« Kadhafi pilonne la population civile » (site de France info, 16 mars) ; « Libye : les pro-Kadhafi pilonnent Zenten » (titre d’une dépêche AFP, 19 mars) ; « Les forces pro-Kadhafi […] ont notamment pilonné la ville pétrolière de Ras Lanouf » (Libération, 11 mars) ; etc.

Ce Kadhafi ne respecte décidément rien. Il aurait pu se contenter d’opérer, comme les « alliés », des « frappes ». Des « frappes », dont on nous assure qu’elles sont « ciblées ».

« Ciblées » - Dans le langage militaro-médiatique, qualifie les « frappes », de préférence à « chirurgicales ». Les « frappes chirurgicales » ont eu leur heure de gloire, chacun comprenant alors que les bombardements étaient effectués avec la précision de chirurgiens qui tentent de sauver des vies et non d’en prendre. Mais la ficelle était peut-être un peu grosse. Désormais les frappes sont « ciblées » :

« Paris envisagerait des frappes ciblées en Libye » (titre d’une dépêche Reuters, 19 mars) ; « Les frappes aériennes ciblées contre les troupes du colonel Kadhafi vont-elles suffire à le chasser du pouvoir ? » (question posée par le Télégramme, 22 mars) ; variation sur un même thème avec le site TF1 news : « En Libye, les opérations ciblées de la coalition semblent donner de l’air aux insurgés de Benghazi » (22 mars) ; etc.

On l’aura donc compris : les « frappes » sont « ciblées ». Les journalistes qui reprennent complaisamment cette expression se sont-ils demandé ce que seraient des « frappes non-ciblées » ? On shoote au hasard ? On déverse des bombes au petit bonheur la chance ? Que l’on soit dans un chasseur, un hélicoptère de combat, un navire de guerre ou un char d’assaut, avant de tirer, on vise. Une cible. Le problème n’est pas de savoir s’il y a une cible, mais quelle est la cible. Dire d’une « frappe » qu’elle est « ciblée » est un artifice rhétorique qui tente de relativiser le caractère intrinsèquement violent d’un bombardement. Et de parler, en cas d’erreur sur la cible, de « dommages collatéraux ».

« Dommages collatéraux » - Dans le langage militaro-médiatique, désigne (avec « bavures ») les victimes civiles des « frappes », laissant ainsi entendre que si les guerres font des victimes - du moins quand « nos » soldats y prennent part - c’est toujours par accident. Et que c’est bien « dommage ». Ce triste euphémisme, typiquement militaire, est toujours utilisé par certains journalistes, sans aucune distance critique, et sans guillemet :

« Par ailleurs, il n’y a pas eu de dommages collatéraux du fait de l’armée française. Certains objectifs n’ont pas été visés en raison de risques de dommages collatéraux, a précisé l’état-major français » (site de France-soir, 22 mars) ; « Libye : les dommages collatéraux évités » (titre d’une dépêche sur le site d’Europe 1, 22 mars) ; « Il n’y a pas eu de dommages collatéraux du fait de l’armée française » (site de 20 minutes, 22 mars) ; etc.

Ce n’est pas nouveau : Sur les « frappes », « dommages collatéraux », « bavures » et autres « incidents », voir notamment ici même le lexique de la guerre en Afghanistan et les mots de la guerre contre l’Irak.

Quant aux « forces ennemies », elles ne font jamais de « dommages collatéraux », puisque il va de soi que, toujours et partout, elles « prennent délibérément pour cible des civils désarmés ». Ce que fait, bien évidemment, l’armée « kadhafiste ».

« Kadhafiste » - Désigne les partisans du dictateur libyen parfois appelés « pro-kadhafi ». Tout comme les « sarkozystes » ou les « pro-sarkozy » sont, en France, les partisans du président français. Soit. Mais ces dernières semaines, l’usage du terme « kadhafiste », s’est souvent substitué à « loyaliste » pour désigner l’ennemi et ses armes.

« Mohamed Nabbous, ingénieur en télécoms, photographe et blogueur improvisé, est mort, tué par un sniper kadhafiste dans une rue de Benghazi » (site de La règle du jeu, 20 mars) ; « L’aviation kadhafiste, qui compte sur le papier plus de 200 appareils de combat, ne semble en mesure d’en aligner qu’une quarantaine » (site de l’Express, 18 mars) ; « Le président français et le gouvernement britannique ont été les avocats les plus fervents de l’instauration d’une zone d’exclusion dans le ciel libyen afin de neutraliser l’aviation kadhafiste » (site de 20 minutes, 15 mars) ; etc.

« Sniper kadhafiste », « aviation kadhafiste »… Imagine-t-on un seul instant les médias français nous parlant de « soldats sarkozystes », d’ « aviation obamiste » ou de « marine cameroniste » ? Évidemment non. Le passage par un adjectif dérivé du nom du dictateur est une prise de position contre les forces armées libyennes, dont on se gardera ici de minorer la violence. Mais cela ne doit pas interdire de relever un abus de langage qui, consciemment ou non, participe du caractère partisan de l’ « information » diffusée au sujet de la Libye. Le JDD a publié sur son site, le 20 mars, une dépêche dont le titre était : « Libye : Paris confirme avoir abattu un avion kadhafiste ». Si l’inverse s’était produit, le JDD aurait-il titré « Libye : Tripoli confirme avoir abattu un avion sarkozyste » ? C’est peu vraisemblable. Les avions sont « français ». Pour certains, ce sont même « nos » avions...

« Nos soldats » - Se dit, avec « nos » moyens militaires, des forces engagées par l’État français dans la guerre qui ne dit pas son nom. Un appel empathique et patriotique à l’identification avec les soldats français.

Nous l’avions noté dans un précédent article : certains journalistes ont adopté une attitude tellement va-t-en guerre que l’on se demande parfois s’ils n’ont pas déjà revêtu leur treillis pour aller prendre directement part aux combats. Il semble que jusqu’à présent, aucun d’entre eux n’ait franchi le pas. Mais à l’écrit, certains y sont déjà, et s’expriment comme s’ils étaient membres à part entière de l’état-major français :

« L’arrivée sur zone du groupe aéronaval constitue donc un renfort important, démultipliant nos moyens militaires dans cette partie de la Méditerranée » (le Parisien, 22 mars) ; « Jusqu’à présent, aucun avion français n’a été directement menacé par la défense aérienne libyenne, mais nos appareils ont été "illuminés" samedi par les radars de poursuite » (Jean-Dominique Merchet, de Marianne, le 21 mars) ; « Alors que nos soldats sont engagés en Afghanistan, l’ouverture d’un nouveau front terrestre en Libye semble peu probable en cas d’enlisement du conflit » (la Dépêche, 22 mars) ; « Nos Mirage ont cependant réellement mis le feu à une concentration de chars et de véhicules kadhafiens aux environs de Benghazi » (Guy Sitbon, de Marianne, le 21 mars) ; etc.

Au cas où le public ne l’aurait pas compris, « nous » sommes en guerre. Ce n’est pas l’armée française qui bombarde la Libye, c’est la France (comme l’ont complaisamment souligné les médias qui, plutôt que de titres sur le déclenchement de la guerre elle-même, ont préféré (comme nous l’avions relevé) proclamer à la « Une », à grand renfort de « cocoricos » que « la France frappe la première »). Ce n’est pas l’armée française qui bombarde la Libye, c’est « notre » armée. Chacun est ainsi invité à se sentir personnellement concerné et impliqué dans l’offensive en cours. Un rappel à l’ordre patriotique, accompagné de moult articles vantant les mérites et les compétences de « notre armée ». À moins qu’il ne s’agisse d’un simple appel au civisme… Pourquoi en douter ? D’ailleurs, « nos » journalistes ne manqueront pas, à l’avenir, d’évoquer le destin de « nos » professeurs, de « nos » magistrats et de « nos » chômeurs, lorsqu’ils se mobiliseront à leur tour. Et ils reprendront, comme ils le font avec « nos » officiers, le moindre de leurs termes.

« Sur zone » - Désigne, dans le langage militaro-médiatique, la localisation de « nos » soldats et de « nos » armes :

« L’arrivée sur zone du groupe aéronaval constitue donc un renfort important » (site du Parisien, 22 mars) ; « Mais le coût des sorties devrait être en partie réduit avec l’arrivée mardi sur zone du porte-avions Charles de Gaulle » (site du Nouvel Obs, 22 mars) ; « La France dispose d’une centaine de Rafale et Mirage 2000, en plus d’avions de surveillance Awacs. Un porte-hélicoptères de type Mistral était de plus récemment sur zone » (site du Parisien, 20 mars) ; ou encore ce titre, mystérieux pour les non-initiés, sur le site du Berry Républicain : « Un Awacs français est sur zone dans le ciel libyen ». Diantre.

L’emploi récurrent de l’expression « sur zone » est un exemple parmi d’autres de reprise quasi-automatique de termes du langage militaire. Nouvelle confirmation de ce désolant mimétisme qui pousse nombre de journalistes qui « couvrent » les guerres à se prendre pour des militaires en singeant leur vocabulaire. Machinalement ou pour avoir le sentiment de participer à l’effort de guerre ? On ne sait… Mais chacun avouera qu’un tel mimétisme qui n’apporte rien à la précision ou à la qualité de l’information est symptomatique d’un certain journalisme de guerre, qui se fait même parfois un peu plus militaire que les propos de l’armée elle-même.

« Propagande » - Se dit (presque) exclusivement, dans les médias français, des interventions du colonel Kadhafi et de ses partisans, des informations qu’ils diffusent et des images qu’ils montrent :

« [Kadhafi] va recourir à l’arsenal complet de ses méthodes à la fois terroristes et de propagande » (Christian Makarian, site de L’Express, 20 mars) ; « Après les premiers succès militaires, la propagande libyenne redouble » (titre d’une dépêche AFP, 11 mars) ; « À l’école de la propagande Kadhafi » (titre d’un reportage de Delphine Minoui, du Figaro, 19 mars) ; etc.

Cette distance salutaire (et largement justifiée en l’occurrence) ne s’applique ni aux prises de position des gouvernements impliqués dans l’offensive militaire contre le régime de Kadhafi, ni aux informations distillées par leurs forces armées, ni à leur vocabulaire. Comme s’ils ne relevaient pas eux aussi d’une propagande dont le journalisme de guerre se serait affranchi. Ce dont on est en droit de douter…

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Messagede sheon le 28 Mar 2011, 21:08

Déjà, le terme "communauté internationale" ne désigne que quelques pays occidentaux, la plupart du temps...
Si j'avais souvent répété que je désirais mourir dans mon lit, ce que je voulais vraiment dire par là, c'est que je voulais me faire marcher dessus par un éléphant pendant que je ferais l'amour. Les Fusils d'Avalon, Roger Zelazny.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Mufasa le 29 Mar 2011, 03:14

Obama a fait un discours ce soir au sujet de l'intervention en Libye, que j'ai regardé en direct à la télé. Ce n'était pas très instructif. Il a expliqué que l'objectif militaire était humanitaire et devait sauver des vies, et n'avait pas vocation à virer Gaddafi. Et aussi, que les USA ne veulent pas être le gendarme du monde, mais que pour la Libye, toutes les conditions étaient réunies pour une intervention.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Mufasa le 29 Mar 2011, 03:17

Il a aussi caractérisé les événements en Libye ainsi: c'est un conflit entre Kadhafi d'un côté, et le "peuple libyen" de l'autre.
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Messagede Sylphus le 29 Mar 2011, 09:31

Mufasa a écrit:Il a expliqué que l'objectif militaire était humanitaire et devait sauver des vies


Dès qu'il y a du pétrole, les américains se sentent investis de ce genre de mission.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede B.Verkiler le 29 Mar 2011, 12:36

Mufasa a écrit:Il a aussi caractérisé les événements en Libye ainsi: c'est un conflit entre Kadhafi d'un côté, et le "peuple libyen" de l'autre.


Il est costaud Kadhafi. Je ne suis pas sûr qu'un Tyson au mieux de sa forme aurait pu prendre 10 mecs à la fois, lui il en prend 6 millions.
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Messagede Waddle le 29 Mar 2011, 14:09

lol :-D
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Nuvo le 29 Mar 2011, 14:53

http://www.liberation.fr/monde/01012328 ... e-en-libye

Le con ! :lol: Bon il va voir sur place on dirait.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Silverwitch le 29 Mar 2011, 15:34

Tribune de Pierre Guerlain dans Le Monde:

Les indignations sélectives de l'Occident

Les médias sont quasi-unanimes dans la célébration de la diplomatie française et les anciens va-t-en guerre occupent le devant de la scène médiatique. Bernard Henry Levy a pour un temps pris les fonctions du ministre des affaires étrangères et est devenu la voix de la France, ce même pseudo-philosophe qui confond un canular du Canard Enchainé et un philosophe dont les journaux intellectuels américains ont noté l'indigence intellectuelle de ses livres où il confond les noms des acteurs de l'histoire. Lui et André Glucksmann, qui applaudissait George W. Bush comme Nicolas Sarkozy, sont les porte-parole de l'honneur retrouvé de la France. Soudain la France grâce à son activisme à l'ONU est redevenue la patrie des droits humains. Pourtant, dans ce beau tableau idyllique où honneur et militarisme font bon ménage il y a quelques questions gênantes.

La Libye est certes un Etat tyrannique, mais il n'y a pas si longtemps on déroulait le tapis rouge au tyran-roi du pétrole. Sa population s'est, pour partie, soulevée contre son régime qui s'apprêtait effectivement à commettre des atrocités. L'ONU veut l'en empêcher uniquement par une zone d'exclusion aérienne qui risque de ne pas être efficace. Pendant ce temps, au Yémen, les populations civiles sont massacrées par un régime allié des Etats-Unis et il n'est pas question que l'ONU arrête les massacres. L'Arabie Saoudite intervient pour briser ce même printemps arabe au Bahreïn mais fait cause commune avec les Franco-Anglo-Américains en Libye. La Côte d'Ivoire s'enfonce dans la guerre civile que la "communauté internationale" pourrait facilement arrêter.

Il est clair que les interventions sont sélectives et ne sont pas dictées par un seul souci humanitaire. La "communauté internationale" qui souhaite intervenir ne comprend pas la Chine, le Brésil, l'Allemagne ou la Russie, soit quand même un nombre important de pays peuplés. Les thuriféraires de l'intervention ont, pour un grand nombre d'entre eux, applaudi aux massacres en Irak ou à Gaza et ils sont assez réalistes pour ne pas recommander une intervention contre un Etat militairement fort, comme la Russie ou la Chine. Les motivations purement humanitaires n'existent pas. Les indignations sont sélectives.

Aujourd'hui le droit n'est pas bafoué, comme pour le Kosovo ou l'Irak, mais ce qu'autorise l'ONU ne permet au mieux que de bloquer la situation, pas de faire la guerre à la Libye. L'histoire des interventions humanitaires n'est pas de bon augure. Que ce soit les Philippines en 1898 ou le Kosovo en 1999, les motivations et les conséquences des interventions se sont révélées complexes. Si un massacre est effectivement évité, le bilan sera positif mais l'histoire et les positions politiques des acteurs poussant à l'intervention font craindre le pire, soit une inefficacité sur le terrain, si le mandat de l'ONU est scrupuleusement respecté ; soit un bain de sang causé par la guerre et non par le tyran tout seul.

La première guerre d'Irak en 1990-1991, dite guerre du Golfe, avait également été débattue aux Nations unies. On connaît les massacres et assassinats qui en ont résulté, alors que les voies diplomatiques produisaient des effets. Aujourd'hui, la ferveur guerrière arc-boutée sur le droit international est suspecte. Elle est le fruit de l'activisme de va-t-en guerre qui ont soutenu des bains de sang dans le passé récent ou se sont tus lorsque les massacres avaient lieu. Le monde n'est pas à l'abri de ce que les Américains appellent "mission creep" (extension incontrôlée d'une mission). On est en droit de ne pas se réjouir ni de se vanter et d'avoir quelques doutes sur les moralités claironnées.


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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Waddle le 29 Mar 2011, 16:30

Bon en même temps Silver, il enfonce des portes ouvertes là.

On n'en est plus là.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Cortese le 29 Mar 2011, 17:16

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Un manifestant pro-Kadhafi à Bamako, le 25 mars.AP/Harouna Traore

CAN : l'équipe de Libye s'impose malgré la crise qui secoue le pays

LEMONDE.FR avec AFP | 29.03.11 | 08h54 • Mis à jour le 29.03.11 | 09h05


Malgré la crise internationale qui secoue la Libye, la sélection nationale de football a remporté lundi son match de qualification pour la CAN 2012 face aux Comores. Une victoire facile, conclue sur le score de 3-0.

La rencontre avait été délocalisée à Bamako, au Mali, à plus de 3 000 km de Tripoli. Pourtant les joueurs libyens ont joué dans un stade manifestement acquis à leur cause : "Je remercie le public, on s'est senti comme chez nous", a ainsi pu déclarer le sélectionneur brésilien de la Libye, Marcos Paqueta, à l'issue de la rencontre. Dans les tribunes, des spectateurs ont brandi des portraits de Mouammar Kadhafi, dont le nom a été scandé dans les tribunes. Une minute de silence a été observée avant la reprise de la seconde période "pour les morts et les disparus en Libye". Des manifestations de soutien au colonel Kadhafi avaient déjà réuni, vendredi à Bamako, plusieurs milliers de personnes opposées aux raids aériens menés en Libye par la coalition emmenée par la France, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

Les buts libyens ont été inscrits par Walid Elkhatroushi (21e), Ahmed Wafa (68e) et Jamal Abdallah Mohamed (82e). "Les joueurs ont été disciplinés. Ils ont livré un bon match malgré le manque de compétition", a commenté Marcos Paqueta, qui s'inquiétait pourtant quelques heures plus tôt de l'état de concentration de ses troupes : "De nombreux joueurs ont laissé leur famille en Libye pour défendre les couleurs de la sélection."

Grâce à cette victoire, la Libye a repris son fauteuil de leader du groupe C avec 7 points et une longueur d'avance sur la Zambie.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Cortese le 29 Mar 2011, 19:45

Chavez redoute de subir le même sort que Kadhafi



Chavez redoute de subir le même sort que Kadhafi
Le président vénézuélien Hugo Chavez craint d'être la prochaine cible de l'"impérialisme américain" et qu'un sort similaire à celui du leader libyen Mouammar Kadhafi ne lui soit réservé, a-t-il annoncé lundi à la télévision nationale.
"Nous sommes en train de voir que l'impérialisme a jeté son masque. Il a mis de côté la morale et (…) s'est offert un prétexte pour bombarder les villes libyennes et tuer les civils. On tente de classer Chavez et Kadhafi dans la catégorie de dictateurs cruels", a déclaré le leader vénézuélien.
M. Chavez a en outre ajouté que le nom de plusieurs autres Etats latino-américains était inscrit sur la liste des pays "indésirables", mais que son nom "figurait en premier".
Alors que la communauté internationale "assiste tranquillement" à la guerre en Libye, il existe selon lui une opportunité réelle de "neutraliser les projets militaires contre le Venezuela et d'autres pays de l'Amérique latine".
"Nous devons serrer les rangs dans le cadre de l'Alliance bolivarienne et faire avancer notre projet de socialisme fondé sur la démocratie et la paix. (…) Notre but est d'éviter la guerre ", a conclu Hugo Chavez.
Depuis la mi-février, la Libye est le théâtre d'une révolte dirigée contre le régime de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans. Pour réprimer la rébellion, le leader libyen a fait appel aux forces armées, ce qui a attisé le conflit, le transformant en guerre civile.
La résolution du 17 mars prévoit la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye. Une coalition réunissant plusieurs pays occidentaux a profité de ce document pour intervenir aux côtés des rebelles. Les frappes aériennes contre les troupes du colonel Kadhafi ont débuté le 19 mars.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Silverwitch le 30 Mar 2011, 10:30

Waddle a écrit:Bon en même temps Silver, il enfonce des portes ouvertes là.

On n'en est plus là.


Il me plaît de recenser les voix discordantes !

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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Waddle le 30 Mar 2011, 10:33

silverwitch a écrit:
Waddle a écrit:Bon en même temps Silver, il enfonce des portes ouvertes là.

On n'en est plus là.


Il me plaît de recenser les voix discordantes !

Silverwitch

J'avais bien compris. Mais les voix discordantes s'entendent d'autant plus qu'elles sont pertinentes, argumentées et originales.

Le couplet "Bah l'Empire, ils interviennent pas partout dans le monde, mais seulement quand leurs intérêts sont en jeu", c'est peut-être discordant, mais pas très instructif.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Silverwitch le 30 Mar 2011, 10:37

Waddle a écrit:J'avais bien compris. Mais les voix discordantes s'entendent d'autant plus qu'elles sont pertinentes, argumentées et originales.

Le couplet "Bah l'Empire, ils interviennent pas partout dans le monde, mais seulement quand leurs intérêts sont en jeu", c'est peut-être discordant, mais pas très instructif.


C'est ton point de vue. Je trouve pour ma part que cette tribune est étayée et intelligente, notamment parce qu'il point les dangers à moyen-terme de cet activisme guerrier. Moi ça me suffit, et sur le fond, je crois que tu auras remarqué que mon opinion est faite depuis longtemps...

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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Waddle le 30 Mar 2011, 10:44

silverwitch a écrit:
Waddle a écrit:J'avais bien compris. Mais les voix discordantes s'entendent d'autant plus qu'elles sont pertinentes, argumentées et originales.

Le couplet "Bah l'Empire, ils interviennent pas partout dans le monde, mais seulement quand leurs intérêts sont en jeu", c'est peut-être discordant, mais pas très instructif.


C'est ton point de vue. Je trouve pour ma part que cette tribune est étayée et intelligente, notamment parce qu'il point les dangers à moyen-terme de cet activisme guerrier. Moi ça me suffit, et sur le fond, je crois que tu auras remarqué que mon opinion est faite depuis longtemps...

Silverwitch

J'ai bien compris ton opinion. Qui est très proche de la mienne, à quelques détails près.

D'ailleurs, sur un autre forum, je relaye régulièrement les liens donnés ici pour faire contre-poids à la propagande guerrière (j'ai d'ailleurs posté une interview ici qui montrait assez bien mon point de vue), j'ai écrit un papier également pour dire que cette guerre était irresponsable et surtout leadée par les américains.

Ca ne m'empêche pas de trouver le papier que tu viens de poster assez fade. Non pas parce que ce qu'il dit est faux, mais parce qu'il n'apprend rien de très original.
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Ouais_supère le 30 Mar 2011, 10:56

Cortese a écrit:Le petit lexique de la guerre juste selon "Acrimed"

Lexique médiatique de la guerre de Libye

Publié le 28 mars 2011 par Julien Salingue

Les mots de la guerre au service de la guerre ?

Toutes les informations ne relèvent pas de la propagande ou ne se réduisent pas à de la propagande. Et la propagande ne consiste pas seulement (ni parfois principalement) en mensonges grossiers et délibérés ou en partis pris outranciers, cibles faciles pour la contre-propagande.

Dans les conflits les plus aigus, qu’ils soient sociaux ou militaires, les médias et les journalistes et, le cas échéant, leurs critiques, ne sont jamais de simples observateurs. Ce sont des acteurs. Mais ce n’est pas rêver à une improbable « neutralité » ou à une très aléatoire « objectivité », que de souligner que les partis pris les plus insidieux se dissimulent derrière le vocabulaire apparemment le plus anodin.

Que l’on soit ou non favorable à l’intervention militaire en cours en Libye, on est en droit d’attendre des médias et des journalistes, quelles que soient leurs prises de position, que la condamnation du régime libyen ne se transforme pas en propagande de guerre qui se bornerait à rediffuser, sans les vérifier, les informations fournies par les états-majors, ou, plus simplement, à épouser le vocabulaire diplomatique, politique ou militaire de l’un des camps en présence.

« Guerre » - Se dit, dans le cas présent, le moins souvent possible, non seulement dans les déclarations des responsables politiques et militaires, mais sous la plume et dans la bouche de nombre de commentateurs. Comme dans nombre de guerres modernes, l’opération militaire actuellement menée en Libye porte un nom, peu repris il est vrai : « Aube de l’Odyssée ». Pourtant – qui peut le nier ? – cette guerre est une guerre.

« Riposte » - Se dit des opérations militaires de « nos » armées, quand on veut en souligner le caractère prétendument défensif.

Les états-majors et les chefs de gouvernement n’ont pas osé prétendre que l’opération militaire en Libye pouvait être considérée comme une « riposte ». Qu’à cela ne tienne. Certains journalistes ont franchi le pas. Mais ne soyons pas malhonnêtes, ils ne sont pas majoritaires dans la profession. Pour l’instant. Mais, comme le montrent les deux captures d’écran qui suivent, on ne parle pas ici de médias totalement marginaux :

***

Ou encore, sur le site de L’Express : « Pendant que le débat diplomatique se prolonge, certains évoquent un risque réel de voir les forces de Kadhafi gagner la partie sur le terrain avant que les grandes puissances conviennent d’une riposte au conflit » (15 mars).

Une « riposte » ? Les « grandes puissances » ou « l’Occident » auraient-ils été agressés par Kadhafi ? Se borneraient-ils à « répondre » à une attaque, à « riposter » ? À moins d’être de mauvaise foi, la réponse est évidemment non. Alors, a-t-on affaire ici à de simples excès de langage ou à de mauvaises habitudes prises à force de traiter des guerres présentées comme « préventives », c’est-à-dire au cours desquelles l’attaque est une « riposte » par anticipation ? À voir. Mais dans un cas comme dans l’autre, les lecteurs et les auditeurs ne sortent pas gagnants de l’emploi totalement déplacé d’un terme aussi dépourvu d’ambiguïté…

« Les alliés » - Se dit, sans autre précision, des États engagés dans la guerre qui ne dit pas ou fort peu son nom. Ceux-ci peuvent être affublés de plusieurs autres désignations : « la coalition », « le front anti-Kadhafi », voire même « les occidentaux » (par un lapsus fort peu diplomatiques envers ceux qui ne le sont pas)… Mais « alliés » est l’un des termes les plus souvent employés, et l’un des plus significatifs :

« Libye : les alliés mettent au point leur dispositif militaire » (titre d’un article du Figaro, 18 mars) ; « Libye : les alliés verrouillent le ciel » (titre d’un article du Midi-Libre, 21 mars) ; « La route d’Ajdabiah en partie rouverte par les alliés » (site de L’Express, 20 mars) ; etc.

« Les alliés ». Lors de l’invasion de l’Irak déjà, l’attelage américano-britannique (flanqué de quelques troupes auxiliaires, mais privé de « la France »), avait, comme nous le relevions alors, bénéficié de cette appellation. Elle vaut soutien à la guerre en cours : un soutien qui relèverait du débat public, s’il s’assumait comme tel au lieu de s’abriter derrière une référence historique qui renvoie à l’un des deux camps en présence lors de la Deuxième Guerre mondiale. Chacun avouera que la comparaison est des plus osées, pour ne pas dire hasardeuse, quelle que soit l’ampleur des crimes commis par le régime libyen. Rien ne nous garantit, devant l’abondance de la référence aux « Alliés », que Kadhafi ne nous sera pas présenté demain comme le nouvel Hitler. Ou, pour être plus exact, comme le nouveau nouveau nouvel Hitler. Contre lequel la mobilisation armée de la « communauté internationale » ne peut être contestée.

« Communauté internationale » - Se dit, indifféremment, des membres du Conseil de Sécurité qui ont adopté la résolution, de ceux qui la soutiennent et de ceux qui, en s’abstenant, l’ont réprouvé. Cette expression semble désormais moins utilisée que lors de l’euphorie des premiers jours :

« La communauté internationale montre sa solidarité avec le printemps arabe » (site de La Croix, 20 mars) ; « Kadhafi menace la communauté internationale » (titre tout en nuance d’une dépêche publiée sur le site du Point le 19 mars) ; « Dossier Libye : la communauté internationale décide d’intervenir » (site de Marianne, 19 mars) ; etc.

Ce disant - comme nous l’avions déjà fait remarquer dans un article précédent - les médias ont pendant quelques jours oublié « de rappeler que quelques pays mineurs, périphériques et peu influents, n’ont pas voté la résolution de l’ONU, la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Allemagne… ». On a semblé davantage s’intéresser aux quatre avions (de fabrication française) gracieusement mis à disposition par ce géant qu’est le Qatar qu’aux réactions des gouvernements de pays qui représentent plus de la moitié de l’humanité… Plutôt que de s’efforcer d’informer pour les comprendre, quitte, ensuite, à les soutenir ou les désavouer, l’on n’a guère épilogué sur les raisons pour lesquelles ils n’étaient pas convaincus de cette guerre. Ou plutôt, de ces « frappes ».

« Frappes » - Désigne les bombardements effectués par « les alliés » : en effet, les « alliés » ne bombardent pas, ils « frappent ». Ils « frappent » la Libye, comme d’autres « frappent » à la porte, « frappent » un ballon de football ou se « frappent » dans les mains. On parle pourtant bien de centaines de missiles. Mais chacun avouera que le terme « frappes » n’est pas aussi négativement connoté que le mot « bombardements » :

« Libye. Les frappes militaires devraient baisser d’intensité, selon les USA » (titre glané sur le site internet de Ouest France, 22 mars) ; « Libye : frappes françaises en suspens » (titre d’une dépêche AFP, 21 mars) ; « Le pétrole recule légèrement, malgré la poursuite des frappes en Libye » (site du Parisien, 22 mars) ; etc.

Quant à Kadhafi et ses forces armées, ils ne « frappent » pas, ils « pilonnent » :

« Kadhafi pilonne la population civile » (site de France info, 16 mars) ; « Libye : les pro-Kadhafi pilonnent Zenten » (titre d’une dépêche AFP, 19 mars) ; « Les forces pro-Kadhafi […] ont notamment pilonné la ville pétrolière de Ras Lanouf » (Libération, 11 mars) ; etc.

Ce Kadhafi ne respecte décidément rien. Il aurait pu se contenter d’opérer, comme les « alliés », des « frappes ». Des « frappes », dont on nous assure qu’elles sont « ciblées ».

« Ciblées » - Dans le langage militaro-médiatique, qualifie les « frappes », de préférence à « chirurgicales ». Les « frappes chirurgicales » ont eu leur heure de gloire, chacun comprenant alors que les bombardements étaient effectués avec la précision de chirurgiens qui tentent de sauver des vies et non d’en prendre. Mais la ficelle était peut-être un peu grosse. Désormais les frappes sont « ciblées » :

« Paris envisagerait des frappes ciblées en Libye » (titre d’une dépêche Reuters, 19 mars) ; « Les frappes aériennes ciblées contre les troupes du colonel Kadhafi vont-elles suffire à le chasser du pouvoir ? » (question posée par le Télégramme, 22 mars) ; variation sur un même thème avec le site TF1 news : « En Libye, les opérations ciblées de la coalition semblent donner de l’air aux insurgés de Benghazi » (22 mars) ; etc.

On l’aura donc compris : les « frappes » sont « ciblées ». Les journalistes qui reprennent complaisamment cette expression se sont-ils demandé ce que seraient des « frappes non-ciblées » ? On shoote au hasard ? On déverse des bombes au petit bonheur la chance ? Que l’on soit dans un chasseur, un hélicoptère de combat, un navire de guerre ou un char d’assaut, avant de tirer, on vise. Une cible. Le problème n’est pas de savoir s’il y a une cible, mais quelle est la cible. Dire d’une « frappe » qu’elle est « ciblée » est un artifice rhétorique qui tente de relativiser le caractère intrinsèquement violent d’un bombardement. Et de parler, en cas d’erreur sur la cible, de « dommages collatéraux ».

« Dommages collatéraux » - Dans le langage militaro-médiatique, désigne (avec « bavures ») les victimes civiles des « frappes », laissant ainsi entendre que si les guerres font des victimes - du moins quand « nos » soldats y prennent part - c’est toujours par accident. Et que c’est bien « dommage ». Ce triste euphémisme, typiquement militaire, est toujours utilisé par certains journalistes, sans aucune distance critique, et sans guillemet :

« Par ailleurs, il n’y a pas eu de dommages collatéraux du fait de l’armée française. Certains objectifs n’ont pas été visés en raison de risques de dommages collatéraux, a précisé l’état-major français » (site de France-soir, 22 mars) ; « Libye : les dommages collatéraux évités » (titre d’une dépêche sur le site d’Europe 1, 22 mars) ; « Il n’y a pas eu de dommages collatéraux du fait de l’armée française » (site de 20 minutes, 22 mars) ; etc.

Ce n’est pas nouveau : Sur les « frappes », « dommages collatéraux », « bavures » et autres « incidents », voir notamment ici même le lexique de la guerre en Afghanistan et les mots de la guerre contre l’Irak.

Quant aux « forces ennemies », elles ne font jamais de « dommages collatéraux », puisque il va de soi que, toujours et partout, elles « prennent délibérément pour cible des civils désarmés ». Ce que fait, bien évidemment, l’armée « kadhafiste ».

« Kadhafiste » - Désigne les partisans du dictateur libyen parfois appelés « pro-kadhafi ». Tout comme les « sarkozystes » ou les « pro-sarkozy » sont, en France, les partisans du président français. Soit. Mais ces dernières semaines, l’usage du terme « kadhafiste », s’est souvent substitué à « loyaliste » pour désigner l’ennemi et ses armes.

« Mohamed Nabbous, ingénieur en télécoms, photographe et blogueur improvisé, est mort, tué par un sniper kadhafiste dans une rue de Benghazi » (site de La règle du jeu, 20 mars) ; « L’aviation kadhafiste, qui compte sur le papier plus de 200 appareils de combat, ne semble en mesure d’en aligner qu’une quarantaine » (site de l’Express, 18 mars) ; « Le président français et le gouvernement britannique ont été les avocats les plus fervents de l’instauration d’une zone d’exclusion dans le ciel libyen afin de neutraliser l’aviation kadhafiste » (site de 20 minutes, 15 mars) ; etc.

« Sniper kadhafiste », « aviation kadhafiste »… Imagine-t-on un seul instant les médias français nous parlant de « soldats sarkozystes », d’ « aviation obamiste » ou de « marine cameroniste » ? Évidemment non. Le passage par un adjectif dérivé du nom du dictateur est une prise de position contre les forces armées libyennes, dont on se gardera ici de minorer la violence. Mais cela ne doit pas interdire de relever un abus de langage qui, consciemment ou non, participe du caractère partisan de l’ « information » diffusée au sujet de la Libye. Le JDD a publié sur son site, le 20 mars, une dépêche dont le titre était : « Libye : Paris confirme avoir abattu un avion kadhafiste ». Si l’inverse s’était produit, le JDD aurait-il titré « Libye : Tripoli confirme avoir abattu un avion sarkozyste » ? C’est peu vraisemblable. Les avions sont « français ». Pour certains, ce sont même « nos » avions...

« Nos soldats » - Se dit, avec « nos » moyens militaires, des forces engagées par l’État français dans la guerre qui ne dit pas son nom. Un appel empathique et patriotique à l’identification avec les soldats français.

Nous l’avions noté dans un précédent article : certains journalistes ont adopté une attitude tellement va-t-en guerre que l’on se demande parfois s’ils n’ont pas déjà revêtu leur treillis pour aller prendre directement part aux combats. Il semble que jusqu’à présent, aucun d’entre eux n’ait franchi le pas. Mais à l’écrit, certains y sont déjà, et s’expriment comme s’ils étaient membres à part entière de l’état-major français :

« L’arrivée sur zone du groupe aéronaval constitue donc un renfort important, démultipliant nos moyens militaires dans cette partie de la Méditerranée » (le Parisien, 22 mars) ; « Jusqu’à présent, aucun avion français n’a été directement menacé par la défense aérienne libyenne, mais nos appareils ont été "illuminés" samedi par les radars de poursuite » (Jean-Dominique Merchet, de Marianne, le 21 mars) ; « Alors que nos soldats sont engagés en Afghanistan, l’ouverture d’un nouveau front terrestre en Libye semble peu probable en cas d’enlisement du conflit » (la Dépêche, 22 mars) ; « Nos Mirage ont cependant réellement mis le feu à une concentration de chars et de véhicules kadhafiens aux environs de Benghazi » (Guy Sitbon, de Marianne, le 21 mars) ; etc.

Au cas où le public ne l’aurait pas compris, « nous » sommes en guerre. Ce n’est pas l’armée française qui bombarde la Libye, c’est la France (comme l’ont complaisamment souligné les médias qui, plutôt que de titres sur le déclenchement de la guerre elle-même, ont préféré (comme nous l’avions relevé) proclamer à la « Une », à grand renfort de « cocoricos » que « la France frappe la première »). Ce n’est pas l’armée française qui bombarde la Libye, c’est « notre » armée. Chacun est ainsi invité à se sentir personnellement concerné et impliqué dans l’offensive en cours. Un rappel à l’ordre patriotique, accompagné de moult articles vantant les mérites et les compétences de « notre armée ». À moins qu’il ne s’agisse d’un simple appel au civisme… Pourquoi en douter ? D’ailleurs, « nos » journalistes ne manqueront pas, à l’avenir, d’évoquer le destin de « nos » professeurs, de « nos » magistrats et de « nos » chômeurs, lorsqu’ils se mobiliseront à leur tour. Et ils reprendront, comme ils le font avec « nos » officiers, le moindre de leurs termes.

« Sur zone » - Désigne, dans le langage militaro-médiatique, la localisation de « nos » soldats et de « nos » armes :

« L’arrivée sur zone du groupe aéronaval constitue donc un renfort important » (site du Parisien, 22 mars) ; « Mais le coût des sorties devrait être en partie réduit avec l’arrivée mardi sur zone du porte-avions Charles de Gaulle » (site du Nouvel Obs, 22 mars) ; « La France dispose d’une centaine de Rafale et Mirage 2000, en plus d’avions de surveillance Awacs. Un porte-hélicoptères de type Mistral était de plus récemment sur zone » (site du Parisien, 20 mars) ; ou encore ce titre, mystérieux pour les non-initiés, sur le site du Berry Républicain : « Un Awacs français est sur zone dans le ciel libyen ». Diantre.

L’emploi récurrent de l’expression « sur zone » est un exemple parmi d’autres de reprise quasi-automatique de termes du langage militaire. Nouvelle confirmation de ce désolant mimétisme qui pousse nombre de journalistes qui « couvrent » les guerres à se prendre pour des militaires en singeant leur vocabulaire. Machinalement ou pour avoir le sentiment de participer à l’effort de guerre ? On ne sait… Mais chacun avouera qu’un tel mimétisme qui n’apporte rien à la précision ou à la qualité de l’information est symptomatique d’un certain journalisme de guerre, qui se fait même parfois un peu plus militaire que les propos de l’armée elle-même.

« Propagande » - Se dit (presque) exclusivement, dans les médias français, des interventions du colonel Kadhafi et de ses partisans, des informations qu’ils diffusent et des images qu’ils montrent :

« [Kadhafi] va recourir à l’arsenal complet de ses méthodes à la fois terroristes et de propagande » (Christian Makarian, site de L’Express, 20 mars) ; « Après les premiers succès militaires, la propagande libyenne redouble » (titre d’une dépêche AFP, 11 mars) ; « À l’école de la propagande Kadhafi » (titre d’un reportage de Delphine Minoui, du Figaro, 19 mars) ; etc.

Cette distance salutaire (et largement justifiée en l’occurrence) ne s’applique ni aux prises de position des gouvernements impliqués dans l’offensive militaire contre le régime de Kadhafi, ni aux informations distillées par leurs forces armées, ni à leur vocabulaire. Comme s’ils ne relevaient pas eux aussi d’une propagande dont le journalisme de guerre se serait affranchi. Ce dont on est en droit de douter…

Julien Salingue (avec Henri Maler)


Excellent, merci.
Ouais_supère
 
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Jan le 30 Mar 2011, 11:27

Quand le chef des rebelles libyens oeuvrait pour Kadhafi



Pendant huit ans, cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien ont été retenus prisonniers en Libye. Qui a confirmé la peine de mort des infirmières? Moustapha Abdeljalil, aujourd'hui chef des insurgés.

Dans son appartement de Sofia, la capitale bulgare, lorsqu'il regarde des images venus de Libye, Guéorgui Milkov tombe souvent sur des visages connus: "Voici, Idris, Khoreibi, Omar, Fitouri", dit-il en pointant son doigt vers des rebelles qui s'époumonent devant la caméra, à Benghazi, pour dénoncer les crimes de Kadhafi...
Lorsque Guéorgui avait commencé à les photographier, il y a une douzaine d'années, ils manifestaient déjà, mais pour exprimer leur fidélité au régime et demander la pendaison des infirmières bulgares accusées d'avoir inoculé le HIV à des centaines d'enfants de Benghazi sur ordre d'Israël et des Etats-Unis.
Reporter pour le quotidien 24 Tchassa de Sofia, ce journaliste arabisant à suivi depuis 1999 le douloureux feuilleton de ces cinq femmes (et un médecin palestinien) qui n'ont été libérés qu'en 2007 après l'intervention de l'Union européenne, et notamment de la France. "Une immense manipulation destinée à racketter l'Occident à travers la petite Bulgarie", explique-t-il, dans une allusion aux contreparties obtenues alors par le régime de Kadhafi.
Moustapha Abdeljalil, "un fidèle parmi les fidèles" du colonel Kadhafi
Comme d'autres, en Bulgarie, Guéorgui n'a pas manqué de relever que parmi les dirigeants de cette opposition libyenne, représentée par le Conseil national de transition (CNT), plusieurs personnes sont fortement impliquées dans cette affaire. A commencer par le chef du CNT, Moustapha Abdeljalil, ancien ministre de la Justice du colonel.
"Pour nous, souligne le journaliste, il reste le président de la cour d'appel de Tripoli qui, à deux reprises, a confirmé la peine de mort des infirmières. Un fidèle parmi les fidèles qui, en récompense de son intransigeance dans ce procès, a été nommé ministre en 2007."
Idris Laga, "un homme avide et sans scrupules"
Vu de Sofia, un autre "acteur" de cette manipulation est Idris Laga. Cet homme, qui se présente aujourd'hui comme le coordinateur militaire du CNT, est surtout connu en Bulgarie comme le président de l'Association des parents d'enfants infectés, très active pendant toute l'affaire des infirmières.
"Officiellement indépendante, cette organisation a été crée par le régime pour faire monter les enchères en instrumentalisant la douleur des victimes", estime l'universitaire Vladimir Tchoukov, l'un des meilleurs spécialistes du monde arabe en Bulgarie. Et le portrait qu'il dresse d'Idris Laga n'est pas flatteur non plus: "Il s'agit d'un homme avide et sans scrupules, animé par une haine profonde de l'Occident, ajoute le chercheur. Je souhaite que la France sache qui elle soutient en Libye."
La Bulgarie condamne la reconnaissance du CNT par la France
Le 11 mars, à Bruxelles, le Premier ministre bulgare a violemment réagi à la décision, défendue par la France, de considérer le CNT comme un interlocuteur politique digne de foi. "Dans ce conseil il y a des gens qui ont torturé nos infirmières", s'est insurgé Boïko Borissov, après une sérieuse prise de bec à ce sujet avec Nicolas Sarkozy.
Sans donner de noms, il a certainement visé encore un transfuge de poids, le ministre de l'Intérieur du régime de Tripoli, Abdel Fattah Younis. Accueilli par une foule en délire à Benghazi, à la fin de février, le général Younis est devenu la coqueluche des Occidentaux - le Quai d'Orsay relate sur son site une conversation téléphonique entre lui et Alain Juppé le 5 mars - qui espèrent que son ralliement va permettre aux insurgés de reprendre du poil de la bête sur le terrain militaire.
A Sofia, la presse l'avait surnommé le "tortionnaire en chef" à cause des mauvais traitements dont se sont plaintes les infirmières - viols, électrochocs et morsures de chiens notamment - commis par ses hommes et destinés à leur faire avouer des crimes qu'elles affirment n'avoir jamais commis.

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/ ... 77428.html

Dans les commentaires, ya quelqu'un qui s'étrangle devant "la naiveté ( :lol: :lol: ) de la diplomatie française" à soutenir de tels individus
Jan
 
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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Waddle le 30 Mar 2011, 12:01

Jan, tu m'as devancé, j'arrivais à l'instant poster cet article :-D
"La citoyenneté réduite au droit du sang consiste à dire que la République est génétique et non pas spirituelle", Waddle, 2013.

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Re: Soulèvements populaires, Tunisie, Egypte, Monde arabe

Messagede Alzam le 30 Mar 2011, 12:36

Ouais_supère a écrit:
Cortese a écrit:Le petit lexique de la guerre juste selon "Acrimed"


Excellent, merci.


Ça n'a rien d'excellent.;. C'est tout juste à pleurer.
Ce qui est en cause, ce n'est même plus la Libye, c'est la façon dont nous occidentaux sommes façonnés, manipulés, orientés par la fabrique d'opinion. C'est là qu'on voit qu'il est urgent de doter les générations à venir des instruments qui leur permettent de décoder de telles pratiques.
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