La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

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Messagede DCP le 28 Mai 2022, 07:01

Garion a écrit:Avec scientologue qui fait du prosélytisme... (s'il n'en faisait pas, ça ne me dérangerait pas).


J'ai pas vu cela dans le film, il y a peut-être des choses que j'ai manquées..... :P
« Par exemple, le football, on y joue dans des endroits spéciaux. Il devrait y avoir des terrains de guerre pour ceux qui aiment mourir en plein air. Ailleurs on danserait et on rirait » (Roger Nimier)
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Messagede sheon le 28 Mai 2022, 17:32

Un chroniqueur de France Inter a eu une annonce de recrutement pour l'armée française projetée juste avant le film, on voit tout de suite le public ciblé :D
Si j'avais souvent répété que je désirais mourir dans mon lit, ce que je voulais vraiment dire par là, c'est que je voulais me faire marcher dessus par un éléphant pendant que je ferais l'amour. Les Fusils d'Avalon, Roger Zelazny.
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Messagede Stéphane le 28 Mai 2022, 17:47

Faut sauter sur l'occasion, ça avait super bien marché il y a 30 ans.
Ouais_supère a écrit:Stef, t'es chiant
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Messagede Ouais_supère le 28 Mai 2022, 17:57

Le 1er est un tel nanar avec le recul des années.
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Messagede Stéphane le 28 Mai 2022, 19:06

C'est toi le nanar
Ouais_supère a écrit:Stef, t'es chiant
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Messagede sheon le 29 Mai 2022, 08:28

Ouais_supère a écrit:Le 1er est un tel nanar avec le recul des années.

On n'a pas la même définition de nanar, alors.
Si j'avais souvent répété que je désirais mourir dans mon lit, ce que je voulais vraiment dire par là, c'est que je voulais me faire marcher dessus par un éléphant pendant que je ferais l'amour. Les Fusils d'Avalon, Roger Zelazny.
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Messagede Ouais_supère le 29 Mai 2022, 12:19

Franchement, c'est pas une pose de ma part.
Quand je le revois je suis partagé entre moments de gêne et de rire franc, dans des moments où c'est pas vraiment attendu.

C'est tout pété, tout raté, pour moi, ce qui entre dans ma définition d'un nanar...
Quelle est la tienne ?
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Messagede sheon le 29 Mai 2022, 13:18

Bon alors on a la même, je retire ce que j'ai dit :D
(la différence entre un nanar et un navet, c'est le rire, justement)
Si j'avais souvent répété que je désirais mourir dans mon lit, ce que je voulais vraiment dire par là, c'est que je voulais me faire marcher dessus par un éléphant pendant que je ferais l'amour. Les Fusils d'Avalon, Roger Zelazny.
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Messagede Dervi le 29 Mai 2022, 15:03

Le rire involontaire :P
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Messagede Stéphane le 29 Mai 2022, 17:11

Tu regardes en VF aussi....



(Je sais pas, en fait, mais ça aiderait pas)
Ouais_supère a écrit:Stef, t'es chiant
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Messagede sheon le 29 Mai 2022, 19:29

Stéphane a écrit:Tu regardes en VF aussi....



(Je sais pas, en fait, mais ça aiderait pas)

La VF, pour apprécier un nanar, c'est quasiment obligatoire.
Si j'avais souvent répété que je désirais mourir dans mon lit, ce que je voulais vraiment dire par là, c'est que je voulais me faire marcher dessus par un éléphant pendant que je ferais l'amour. Les Fusils d'Avalon, Roger Zelazny.
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Messagede Stéphane le 29 Mai 2022, 19:47

Oui, là, évidemment. Mais du coup, le même film peut être et ne pas être un nanar en même temps. Comme le chat.
Ouais_supère a écrit:Stef, t'es chiant
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Messagede Hugues le 05 Juin 2022, 19:46

Manu, toujours l'allié du moins disant, de l'abaissement, de ce qui uniformise...



Complice, collaborateur, "encourageur" plutôt que résistant...

La vente à la découpe de la culture, comme du pays.

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Messagede Hugues le 06 Juin 2022, 17:24

Tout comme pour le pseudo "pass culture", on donne de l'argent, on n'essaie pas d'encourager les gens vers le plus élevé... Bref absence de politique culturelle

Eh bien là, Saïd Ben Saïd a raison, on accompagne la demande (médiocre par définition), au lieu de les guider vers l'offre..



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Messagede Rainier le 06 Juin 2022, 19:28

C'est typique de la gauche caviar (mais aussi du bolchevisme ou tout autre idéologie fascisante) : "l'Etat doit éclairer le peuple" (sous entendu, le peuple étant tellement con et abruti par nature qu'il faut l'éduquer).

Je me souviens des premières années Mitterrand , les programmes de la TV avaient complètement changé pour y insérer plus de "culture", enfin, ce que les socialos bolcheviques gauchistes (mais pas encore islamo), comme il vous plaira de les nommer, appellent "culture" ou "éducation des masses populaires".
Les socialistes à la sauce Jack Lang ont dû rapidement faire marche arrière devant la levée de boucliers de ce fameux "peuple" si con.
la démocratie et la souveraineté nationale sont comme l’avers et le revers d’une même médaille.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Owp le 20 Juin 2022, 20:05

DCP a écrit:
Stéphane a écrit:Top Gun, allez-y.


Ca, c'est fait....Le genre de film à voir absolument au cinéma (même si j'avais oublié la demi-heure de pub&bandes annonces avant..... :roll: ), et qui vaut pour les scènes d'actions, le sentiment de nostalgie de regarder un film d'une époque révolue.....
Bon point, ils ont évité des scènes larmoyants et sentimentales......mais scénario quand même très (trop :?: ) convenu....
J'ai passé un bon moment.


Vu au cinéma.
Il mérite d'être regardé sur les plus grands écrans et le meilleur son possible. 8-)
Owp
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Ouais_supère le 22 Juin 2022, 12:18

J'ai maté Ordet sur Netflix, il m'a fallu le film entier me rendre compte que c'était pas la version Dreyer 1955 mais celle de Molander de 1943.

Bon du coup j'ai vu les deux d'affilée, c'est pas inintéressant à faire.

Les deux n'ont rien à voir. La version Dreyer est à la fois une épure (on arrive directement à la folie de Johannes, les personnages sont moins longuement "installés" mais l'opposition entre les deux familles est plus claire) et pourtant il est d'une incroyable densité.
La mise en scène du personnage de Johannes est impressionnante, il passe dans le champ en soliloquant, on dirait presque un chœur à lui tout seul.

J'ai adoré.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Hugues le 27 Juin 2022, 23:09

(L'autre il s'en aperçoit qu'à la fin.. eh l'autre... roh l'autre..)

Demain à 16h30 (heure européenne)

Alec Baldwin fait une entrevue de... [l'homme dont on ne doit pas prononcer le nom]

https://www.instagram.com/p/CfSM-2FPqaM

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Messagede Ouais_supère le 27 Juin 2022, 23:24

(BEN JE L'AI JAMAIS VU ORDET COMMENT J'AURAIS PU SAVOIR !!!! bon le fait de voir le bandeau "production suédoise" ou quelque chose comme ça aurait dû m'interpeler et ça l'a fait mais j'ai pas poussé, Suède Danemark ces pareille je pense aprer touts !!!)
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Ouais_supère le 29 Juin 2022, 23:23

Hugues a écrit:A propos, le dernier film de Richard Linklater, est sorti en ligne sur Netflix il y a quelques jours (et il y a une quinzaine de jours dans certains cinéma US, en même temps qu'il était dévoilé au festival SXSW d'Austin) :

Apollo 10 1/2, les fusées de mon enfance (Apollo 10 1/2: A Space Age Childhood)


Eh oui, pour une fois c'est un film d'animation.

Pas encore vu.
Hugues

Edit: Ah mais en fait j'avais oublié que c'était parfait pour Sir Ouais_supère de l'Espace Infini ... Plus habitué à faire la relation...


Vu !
J'ai passé un (très) bon moment mais je suis quand même déçu.

Le film est plutôt paresseux dans la mesure où il nous explique un peu trop ce qu'il fait.
J'aurais préféré qu'il reste beaucoup plus ambigu sur la "véracité" ou non de ce voyage (J'aurais préféré qu'il s'en foute, en fait).

On a aussi franchement l'impression que le film se repose sur son dispositif (récréer des images d'archives, les enchaîner façon Forest Gump).

Bref, c'est sympa, mais c'est sans doute assez vain.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Hugues le 01 Juil 2022, 23:22

Bon je croyais en avoir discuté un peu avec Sheon sur le forum, mais ça devait être en privé...


Donc en bref, n'y allez pas, c'est nul à c...

Et c'est pas par estime plus que moyenne (litote :D ) pour Morricone...


Mais plus parce que c'est complètement con de faire une hagiographie pareille où les gars disent que le mec est de la trempe de Bach et Mozart, parce qu'il écrit des morceaux de variété dans les années 60... :pasrond:

(Et je parle pas encore du thème horrible avec des choeurs de je ne sais quel Sergio Leone...)







Bande annonce:


Ma théorie, c'est que en fait le film avait eu l'accord de Morricone pour se faire (il fait partie de la bande de narrateurs/témoins.. en faux modeste.. vachement objectif pour une biographie :D ) et devait sortir de son vivant.. donc ils étaient partis sur un truc pour célébrer un vivant, quitte à délirer un max et sortir un peu trop les violons (bah oui on va pas fâcher le copain) ... c'est juste qu'il est mort avant qu'il sorte... Et ils ont gardé le ton..
D'ailleurs ça a du mettre des années à se tourner ce doc car Bertolucci est un des narrateurs/témoins et il est mort ...)

Je me suis quand même embêté à le voir deux fois ce doc comme j'avais somnolé, sur une petite partie, par conscience "professionnelle" de l'avoir mal jugé..
Mais non je l'avais bien jugé.



Ah et puis c'est interminable... Bref hagiogaphie qui arrive pas à arrêter la léchouille... Fuyez..


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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Hugues le 03 Juil 2022, 14:10

C'est donc de ce dimanche à mercredi soir la fête du cinéma...

4€ l'entrée.


N'ayant pu aller en salle ces derniers temps, je connais peu de film en salle...

Et le seul que je connais, et vais vous conseiller explicitement... Eh bien, je ne l'ai pas vu en salle française mais à l'automne dernier...


Il s'agit de

Compétition Officielle de Andrés Duprat et Mariano Cohn (ceux là même de Citoyen d'honneur et les aventure fantasque de son prix Nobel de littérature imaginaire, de retour dans son village natal, et Mi obra maestra (Un coup de maître ) et les aventures toutes aussi rocambolesques d'un vieil artiste contemporain qui veut changer de vie, et de son ami galliériste -- je donnerais bien plus de détail mais ça évente toute tout de suite)

avec Penelope Cruz, Antonio Banderas et l'acteur fétiche de Duprat et Cohn, Oscar Martinez (déjà acteur principal des deux précités)


Après la littérature et l'art contemporain (et la peinture)...

Duprat et Cohn s'attaquent... au cinéma...

Compétition officielle - Bande-annonce


(La bande-annonce québécoise, exactement la même sauf qu'elle cite des critiques majoritairement espagnoles, qui donnent peut-être plus envie !)
Texte caché : cliquez sur le cadre pour l'afficher



Deux acteurs aux méthodes de travail opposées entrent en conflit alors qu'ils sont en train de préparer un film. Ce dernier, financé par un millionnaire, est mis en scène par une cinéaste réputée (Cruz) et quelque peu excentrique.

Le millionaire a quelques problèmes fiscaux et doit blanchir de l'argent évidemment... (je crois) et puis il y a aussi une histoire de faire remonter sa réputation et celle de sa société. Bref être le mécène d'un film, c'est l'idée idéale selon ses conseillers... Il n'a jamais vu un film, ne connaît rien au cinéma... On lui conseille la réalisatrice (qu'il n'a aucune culture pour juger..)
Le but est de créer, c'est demandé par le commanditaire explicitement... un chef d'oeuvre ... :D
Disons que le plus normal des deux acteurs, c'est Oscar Martinez.. Enfin si la normalité d'un grand acteur c'est d'avoir des lubies débiles alors le plus normal c'est Banderas.. :D
Mais même si il est plus normal Martinez, il a une haute opinion de lui même alors ça va être très rigolo aussi ce qu'il va subir (de Banderas et de Cruz). Et de toute façon chacun d'entre eux est victime des autres...

Compétition officielle - teaser international


Bref, c'est encore plus délirant que d'habitude chez Cohn et Duprat... Foncez..


En complément, je listerais d'autres films en salle qui sont possiblement pas mauvais selon les retours que j'ai eus... (Il y a bien sûr dedans le fameux Incroyable mais vrai dont on a déjà parlé)

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Hugues le 13 Juil 2022, 00:28

Ce mercredi au cinéma, près de deux ans après sa présentation au festival de Saint Sébastien (le lieu même où il a été tourné):

Rifkin's Festival de Woody Allen

Image



On en a déjà parlé plusieurs fois.
Et en plus c'est un fort bon cru.



C'est bien le covid qui nous a privé de Woody, le film était prévu à divers autres dates de 2021... Et la dernière date prévue, fin septembre 2021, avait finalement été jugée comme pas très favorable (les spectateurs n'étaient pas revenus).

Après des années de partenariat, ce n'est plus Mars Films qui exploite les films du cinéaste en France (la société, après un redressement, en est sorti à condition qu'elle abandonne l'exploitation de film, se tourant vers quelque chose qu'elle n'avait pas vraiment faqit jusque là, la production)
Mais c'est désormais Apollo Films.

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Hugues le 13 Juil 2022, 01:02

Ah et puis tiens, qu'est-ce que je vois chez Apollo Films justement...

Deux posts plus haut, en vous conseillant Compétition officielle, je vous indique que ce sont les mêmes cinéastes et scénaristes que pour Citoyen d'honneur et Mi obra maestra, le premier racontant "les aventure fantasques d'un prix Nobel de littérature imaginaire, de retour dans son village natal"...
En vous disant que le tout dernier est encore plus mordant que les précédents...


Eh bien, il y a une mode que j'ai constatée depuis quelques années en France, celui de ne plus trop sortir certains films étrangers, principalement des films d'Amérique du Sud, et à la place, comme aux USA, d'en faire des remakes (forcément inférieurs, surtout que Cohn et Duprat sont vraiment des cinéastes de stature internationale, bref, certes leurs films fonctionnent dans leur pays natal et les pays hispanophones, mais ce n'est pas qu'une réussite commerciale, c'est une réussite artistique, les films ne sont pas que sarcastiques ils sont diablement intelligents...)

Donc fin 2019, un an et demi après que le très moyen Acusada - un film sur la présomption d'innocence, mais raté et succombant à des modes - ait été dévoilé à Venise, nous avions eu droit à La fille au bracelet, son remake français, où Anaïs Demoustier avait fait des merveilles mais qui était aussi mauvais que l'original. L'original était sorti en France mais sans moyen et sans pub et personne ne l'avait trop vu (et de toute façon, il n'était pas très bon, même si le film avait énormément marché en Hispanophonie, donc les gens ne manquaient rien)

Eh bien là, cinq ans après la sortie en France de Citoyen d'Honneur (et six ans après sa première mondiale), sortira en septembre en France

Citoyen d'Honneur de Mohamed Hamidi
Avec Kad Merad.

Kad Merad revenant au lieu d'un petit village argentin, dans un petit village algérien.

C'est exactement le même synopsis, ils ont juste changé les noms (bon en vrai c'est sans doute pas le même au mot près mais bon je veux dir equ'en changeant les noms on a le synopsis du film de Cohn et Duprat):
Samir Amin est un écrivain comblé, Prix Nobel de littérature, qui vit à Paris, loin de son pays natal, l'Algérie. Il refuse systématiquement toutes les invitations qui lui sont faites.
Jusqu'au jour où il décide d'accepter d'être fait « Citoyen d'honneur » de Sidi Mimoun, la petite ville où il est né. Mais est-ce vraiment une bonne idée que de revoir les habitants de cette ville, qui sont devenus, d'année en année, les personnages de ses différents romans ?


Mais il manque un aspect culturel réellement important de l'original: l'Argentine vit comme une injustice nationale de n'avoir jamais eu de prix Nobel de littérature et qu'un géant comme Borges ne l'ait jamais emporté.
Bref, quand Cohn et Duprat font un film sur un prix Nobel de littérature argentin, c'est parce que c'est une situation impossible que le film va entrer dans une absolue folie douce, parfois hystérique.
L'Algérie n'a sans doute ni ce sentiment d'injustice, ni même cette injustice, Camus est parfois considéré comme un Algérien.

Et puis bon comment croire un instant que Merad soit au niveau d'Oscar Martinez, voyons...

Ah un détail qui n'en est pas vraiment un, aussi, dans l'original, le prix Nobel argentin souffre depuis son prix d'une des versions du syndrôme du Prix Nobel, un syndrôme de la page blanche depuis des années et des années. Bref, si il accepte c'est qu'il a perdu l'inspiration et se dit que peut-être en revenant dans son village qui a inspiré toute son oeuvre et dont il s'est moqué sans cesse, il retrouvera l'inspiration...

Allez on compare les deux versions (vous remarquerez que le graphisme du remake ressemble à une affiche de Bienvenue chez les Chti.. quelle originalité qu'on veut nous vendre!):



L’argentin Daniel Mantovani, lauréat du Prix Nobel de littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Alors qu'il refuse systématiquement les multiples sollicitations dont il est l’objet, il décide d'accepter l'invitation reçue de sa petite ville natale qui souhaite le faire citoyen d'honneur. Mais est-ce vraiment une bonne idée de revenir à Salas dont les habitants sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ?


Samir Amin est un écrivain comblé, Prix Nobel de littérature, qui vit à Paris, loin de son pays natal, l'Algérie. Il refuse systématiquement toutes les invitations qui lui sont faites.
Jusqu'au jour où il décide d'accepter d'être fait « Citoyen d'honneur » de Sidi Mimoun, la petite ville où il est né. Mais est-ce vraiment une bonne idée que de revoir les habitants de cette ville, qui sont devenus, d'année en année, les personnages de ses différents romans ?


Le premier film confine au génie, le second j'ai peur (ou plutôt je suis certain) que non...

Hugues

PS: Avec loriginal était sorti en librairie un nouveau livre de Daniel Mantovani, le premier depuis son prix Nobel, titré du nom du film...
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede sheon le 14 Juil 2022, 15:25

J'ai retrouvé mon avis de l'époque, je me souvenais qu'il était mitigé mais finalement moins que dans mon souvenir :
sheon a écrit:
sheon, à propos de Citoyen d'honneur a écrit:Je suis très curieux, j'essaierai de voir ça en mars :good

Eh bien, je l'ai vu, et je suis un peu resté sur ma faim. Il y a de très bons passages, des réflexions sous-jacentes intéressantes, mais dans un enrobage DTV qui pique au cinéma (intention de réalisateur ? Manque de fonds ?) et quelques passages vraiment très prévisibles (la gamine, par exemple). Malgré cela, le film est relativement intelligent dans la vision qu'il propose de la créativité et de l'art, bien qu'il manque un peu de subtilité puisque tout est expliqué dans les discours qui parsèment le film, en particulier celui des Nobel et celui du concours d'art.


Mais effectivement je trouve ça déconcertant cette manie des remakes, on en a eu un autre exemple récemment avec Coupez ! de Michel Hazanavicius (quelle déception de le voir brider sa créativité à ce point), qui reprend le très bon One Cut of the Dead quasiment plan par plan et sans trop d'inventivité (selon ce qu'on m'en a dit, car je n'ai même pas été tenté d'en avoir le cœur net).
Si j'avais souvent répété que je désirais mourir dans mon lit, ce que je voulais vraiment dire par là, c'est que je voulais me faire marcher dessus par un éléphant pendant que je ferais l'amour. Les Fusils d'Avalon, Roger Zelazny.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Ouais_supère le 09 Aoû 2022, 13:05

On ne devrait même pas en parler côté cinéma vu que Disney n'a pas daigné le sortir en salles, mais Prey c'est bien raté.
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Messagede Maverick le 09 Aoû 2022, 13:25

Ouai pas terrible mais pas catastrophique non plus comme le dernier.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Ouais_supère le 09 Aoû 2022, 14:12

Je te trouve dur avec The Predator, je l'ai largement préféré à Prey.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Maverick le 09 Aoû 2022, 17:40

Oh nooon, le coup du méchant qui devient encore plus fort (Et pourquoi pas un predator de 10m ?), c'est n'avoir aucune idée.

Moi c'est predators pour lequel j'ai trouvé les critiques injustes, je l'ai trouvé pas mal.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Ouais_supère le 16 Aoû 2022, 15:34

Predators m'ennuie, perso...
C'est pas que ce soit spécialement cata, mais j'arrive pas à m'intéresser.

Sinon j'ai vu plein de films ces derniers temps.

J'ai vu les deux Ordet, celui de Molander et le chef d'œuvre de Dreyer.
Le 1er est sympa, même s'il est beaucoup moins dense que le second, dont l'histoire est pourtant simplifiée.

J'ai vu Vampyr, du même Dreyer, j'ai adoré la subtilité avec laquelle il fait coexister deux mondes, l'un concret l'autre impalpable (ce qui est le principe même du cinéma).

Et je me suis fait une théma John Hugues.
Sans passer par Ferris Bueller ni Breakfast Club que j'ai vus y a pas si longtemps.
J'ai vu Sixteen Candles que j'ai adoré, et que je mets pas si loin derrière les deux précédemment cités. C'est vraiment une exposition de ses thématiques, qu'il développera plus tard.
Weird Science, un petit régal et qui préfigure Ferris Bueller dans un sens.
Et enfin Pretty in pink, qu'il n'a pas réalisé mais scénarisé et produit. De fait la réalisation manque un peu de relief, hormis quelques fulgurances où on sent que le patron devait être dans le coin (la scène de lip dub de Jon Cryer sur Otis Redding), mais c'est pas mal du tout.

Voilà, Dreyer et John Hugues, j'ai tout donné : si Silverwitch revient pas avec ça je réponds plus de rien.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Ouais_supère le 21 Aoû 2022, 15:10

Il était une fois sur F1Express

Silverwitch a écrit:
oz.1 a écrit:Une "discussion" qui commence par "je sais de quoi je parle, pas toi" n'en est pas une. Elle ne se poursuivra donc pas, gentille ou pas.

Ta conception de la critique est acceptable et argumentée, elle n'en reste pas moins TA conception de la critique et non pas la définition universelle et immuable.


oz.1,

Sauf qu'il est un peu facile d'affirmer à priori que ce n'est qu'une conception de la critique sans être capable de la discuter et la contredire autrement que par une jolie enfilade de clichés. Donc tu me pardonneras d'être un peu fatiguée d'écrire et de réécrire sans cesse la même chose. Pour être gentille, malgré tout, je te copie ici des réponses que j'avais déjà faites sur le forum il y a quelques temps à propos du cinéma et de la critique.

Quel est le propre du cinéma ? Pour fournir déjà un semblant de réponse, qu’est-ce qui différencie un film d’un « document humain » parmi d’autres ? La première question devant un médium consiste à déterminer ses propriétés. Avant d’être du cinéma, de dialoguer avec l’histoire du cinéma ou l’histoire de l’art au sens large, un film parle du monde. Et l’invente, le combat, le moque, le questionne, l’interprète, le montre. Un film c’est un point de vue sur le monde. Et à titre personnel j’ajoute qu’un film explore particulièrement l’existence humaine (comme le roman d’ailleurs). L’œuvre d’art est une théorie du réel si tu préfères, le réel, le monde et l’être humain. Par théorie, j’entends son sens premier, le résultat d’un regard porté sur une chose : regard à la fois créatif et interprétatif qui prétend rendre compte d’un objet donné. Je pose une hypothèse : le réel est ce qu’il ne faut pas trahir, il faut lui être fidèle. Le premier moyen de le trahir est d'être grandiloquent. La grandiloquence est un accident, un glissement, un dérapage, dont l'effet est de rendre le réel par des mots (ou tout autre forme) ayant visiblement perdu tout rapport avec lui. C'est une manière d'exagération, une façon d'en dire plus qu'il ne serait juste pour décrire une situation, un sentiment ou autres. C'est une technique de la boursouflure, de l'excès, qui a pour résultat de transformer le petit en grand, et l'insignifiant en signifiant. Parfois d'ailleurs la présentation sobre de l'anodin peut quand même aboutir à la grandiloquence, celle-ci réside dans l'importance accordée au fait, non dans la manière dont le fait est rapporté. Donc, la grandiloquence transforme bien le réel en images, mais en images sommaires, c'est-à-dire en résumés des images qui faussent et occultent la variété des images du réel. Ce sont des images fixes et non en mouvement. La métaphore ou l'allégorie est à l'évidence un des plus surs moyens de tomber dans ce que j'appelle la grandiloquence. Mais on ne peut pas dire pour autant que la métaphore soit une bonne ou mauvaise chose (au cinéma). La caractéristique du cinéma est de montrer a dit Bazin (ou Rohmer ensuite), donc logiquement certains estiment qu'il est inutile de metaphoriser puisque les choses sont déjà montrées, contrairement à l'écriture par exemple. C'est je le crois une fausse solution qui déplace le problème. Le cinéma n'est pas dans la métaphore ou dans l'absence de métaphore, mais dans son juste emploi
La grandiloquence surtout est privée de rapport avec ce dont elle parle, elle parle bien, mais de rien. C'est une façon de mettre la réalité à l'écart. C'est donc la question du rapport entre le réel et sa représentation. Mais c'est un écart critique, car c'est le propre de toute représentation que de différer de ce qu'elle représente. La grandiloquence est l'écart maximal qui implique la disparition de la chose représentée. J'ai écrit qu'il pouvait y avoir une grandiloquence qui s'appuie sur des choses anodines et les traite avec sobriété, cela pour bien montrer qu'il n'est pas une voie de faire du cinéma. C'est que la chose est difficile, la grandiloquence est le triomphe de la représentation sur la chose représentée, une dénégation implicite de la réalité.
Le réalisme pur peut être aussi grandiloquent. Il réussit le plus souvent à ne parler de rien. Comme l'excès, il est une impasse au réel, mais peut-être pire encore, cette platitude ne se soucie même pas de parler de quelque chose. Ce pseudo réalisme singe le réel, et ne prétend pas le traduire. Alors que c'est la traduction sensible qui est essentielle.


La fiction est le mode d'accès que nous avons choisi pour traduire le réel en images. C'est l'un des nœuds du problème. Umberto Eco a très bien identifié les deux principaux types de fictions. Au travers de cette narration, nous trouvons des fictions consolatoires (ex-: Sissi, Titanic, etc...) et des fictions problématiques ou ambiguës (EWS, Madame Bovary, etc...). Comment les différencier ? C'est relativement simple, dans la fiction pauvre, il y a toujours conflit entre le bien et le mal, conflit qui se termine toujours ou en tout cas (en fonction d'une issue heureuse ou malheureuse) en faveur du bien, le mal continuant à être défini en termes de moralité, de valeurs, d'idéologie traditionnelle. La fiction problématique au contraire propose des fins ambiguës, qu'elles soient heureuses ou malheureuses, la joie du soldat de Full Metal Jacket, la fin de Barry Lindon pour rester chez Kubrick, mettent férocement en question la notion commune de "Bien" et de "Mal". La fiction problématique est celle qui met le spectateur en guerre contre lui-même.

L'artiste (et ici je donne mon opinion) est à la fois "engagé" et "dégagé". Il a été pris au piège dans la sphère du désir, des vanités, et il en est sorti, quand il crée, bien entendu. Prenons des exemples comme la fin de Don Quichotte, de Madame Bovary, ou du Rouge et le Noir. La création artistique est une métamorphose, et la révélation finale illumine rétrospectivement tout le chemin accompli. Ces trois romans se terminent par la mort, et avec cette mort un accès à une certaine authenticité, enfin. La fin de Don Quichotte ou de Julien Sorel est une "conversion", une prise de conscience du caractère dégradé de toute chose et un renoncement tardif à la vanité. Une grande œuvre est une œuvre qui nous apprend à accepter l'autre, comme autre, et non pas comme un objet de désir, un rival ou un objet de soi. C'est pour cela aussi que l'amour le plus vrai est, je crois, solitude..


La critique c’est le jugement. La finalité de la critique est de porter un jugement. C’est l’appréciation, c’est la détermination des propriétés de quelque chose. C’est la possibilité de dégager un critérium amenant à porter un jugement. Classiquement, nous nous trouvons confrontés à quatre grands thèmes ou interrogations sur l'Art. L'Art imitation ou création, ce qu'est une œuvre, le jugement esthétique, et enfin l'œuvre de l'Art. De ces quatre points surgissent cinq grandes questions à se poser quand on s'interroge sur un art en particulier. Prenons l'exemple du cinéma, ces questions pourront être :

-Qu'est-ce que le cinéma ?
-Quel le rapport entre le cinéma et son ou ses auteurs ?
-Quel est le rapport entre le cinéma et la réalité ?
-Quel est le rapport entre le cinéma et le spectateur ?
-Quel est le rapport entre le cinéma et son langage ?

Quand on parle d'une œuvre, on fait forcément des hypothèses sur ces définitions. Ces cinq éléments sont indispensables pour qu'il y ait œuvré : un auteur, une œuvre, un spectateur, un langage, et un référent. Bien entendu, je suis consciente qu'à l'intérieur, la chose se complexifie quelque peu. Dans le cas du cinéma par exemple parlera-t-on de langue ou de langage? Il peut exister des œuvres sans auteurs, voire disent certains des auteurs sans œuvre, etc... Mais les points primordiaux sont ceux qui sont énoncés plus haut. À partir de telles questions, nous pouvons déjà faire beaucoup de chemin. Comme nous sommes dans une civilisation moderne avec un passé, et non pas dans une société primitive, nous ne pouvons pour l'appréciation correcte oublier de faire référence à l'histoire et à la critique. En fin de compte pour parler d'un art aujourd'hui, ce sont sept grandes parties qu'il faut traiter :
l'art (cinéma, peinture, etc), l'auteur, le monde, le spectateur (ou lecteur), le style, l'histoire, et la valeur. J'utilise volontairement des termes simples pour être compréhensible, mais sinon des théoriciens utiliseraient plus des termes comme intention, représentation ou réception.

L'important est que ces sept questions sur l'art ne sont pas indépendantes, elles font ce que l'on nomme un système. Quand je réponds à l'une d'entre elles, je restreins les options qui me sont proposées pour répondre aux autres.
Il est évident qu'à l'intérieur de ces catégories s'ouvrent de nombreuses sous-catégories. Ainsi, si je prends la notion d'auteur, nous entamons de nombreux points... La notion d'intention par exemple. Auparavant, c'était simple, le sens de l'œuvre correspondait à l'intention de l'auteur. Aujourd'hui une autre idée reçue (elle n'est pas juste parce qu'elle est moderne) dénonce la pertinence de l'intention de l'auteur pour déterminer la signification de l'œuvre. C'est la nouvelle critique, avec la thèse qui s'ensuit de la mort de l'auteur. De même le sens n'est pas la même chose que la signification. On peut penser qu'une œuvre d'art va transcender l'intention première de son auteur et dire quelque chose d'autre selon l'époque. Je te renvoie à l’exemple que je faisais dans un précédent message avec le Gargantua de Rabelais. Chaque œuvre a un sens originel et des sens ultérieurs, elle a une signification originelle et aussi bien des significations ultérieures. Une satire qui ne nous dit plus rien, c'est-à-dire pour laquelle il n'y a plus aucun rapport entre son contexte d'origine et le nôtre, n'a plus de signification pour nous, mais elle conserve cependant son sens et sa signification originels. C'est la caractéristique primordiale de l'œuvre d'Art qui est abordée ici, elle est inépuisable. Ce qui ne revient pas du tout à dire qu'elle n'ait pas de sens originel, ni que l'intention de l'auteur ne soit pas le critère de ce sens premier. Ce qui est permanent, c'est bien sa résistance hors de son contexte de création.


Le critique pour résumer rapidement a pour fonction de prononcer un jugement de valeur : "je trouve ce film bon ou mauvais". Mais ce jugement se doit d'être argumenté par des raisons, et une argumentation, donc un discours critique. Ce discours critique qui s'appuie sur une réalité objective de l'œuvre, réalité qui fait que l'œuvre existe au travers du temps, des lieux et des affects. Cette objectivité est demandée au critique, c'est la seule manière de sortir d'un : "j'aime ou j'aime pas". L'activité critique consiste donc à prendre ce que l'on nomme la "distance critique", c'est-à-dire un certain recul vis-à-vis des émotions, de ses propres émotions. C'est ce que Umberto Eco nomme très justement une "chimie des émotions". Cette chimie se trompe rarement (si elle se trompe, que le résultat émotif est l'inverse des intentions de l'auteur, ex : rire devant un mélo, c'est le prototype même du nanar, il y a dichotomie radicale entre l'intention et la réception), un pétard qui explose à côté de toi te fera toujours sursauter. Mais le critique ne doit pas s'arrêter là. Le bon critique est celui qui ne reste pas captif de ses émotions, c'est celui qui sait démonter les mécanismes de la fiction.

Le critique doit cependant se poser la question du pourquoi. Pourquoi telle œuvre et pas telle autre ?
On peut aimer ou ne pas aimer quelque chose pour de mauvaises raisons, ça marche dans les deux sens d'ailleurs. Voilà mon avis, l'évaluation d'une œuvre qui se fonde sur une mésinterprétation (un contresens) n'est pas une évaluation de l'œuvre en question, mais d'une autre œuvre. Il y a donc en fait deux places possibles de spectateur critique. Le premier, qui est ému par la signification que ce film a pour lui, et le second qui est curieux du sens de ce film et de ce que son auteur a voulu dire en faisant œuvre. Nous revenons aux définitions d'Eco et indirectement au couple Spectateur Modèle et Auteur Modèle. Le Spectateur Modèle d'un film n'est pas le Spectateur Empirique. Rien n'impose au Spectateur Empirique de voir le film de mille manières, et souvent ce spectateur utilise le film comme projection ou réceptacle de ses propres passions, qui proviennent de l'extérieur du film ou que le film suscite fortuitement en lui. Il existe de nombreux exemples que nous avons tous ressentis au cours de notre vie. Certaines musiques sont en ce qui me concerne définitivement associées des moments tristes, à des périodes d'angoisse, de deuil, ou de déception amoureuse. J’essaye en vain de réécouter cette musique, telle suite pour violoncelle de Bach, la musique entraîne systématiquement une profonde affliction. Il en va de même pour les films. Cette relation esthétique qui se crée entre le spectateur est l'œuvre peut être passionnante, elle est en tout cas unique, intime et non communicable. Elle est en tout cas éloignée de la critique.

Le critique est toujours un Spectateur Modèle, parce qu'il existe des règles du jeu et qu'il faut les respecter. Il y a une métaphore que je trouve assez juste pour qualifier ce comportement, c'est une promenade à l'intérieur des bois. Nos bois sont des forêts de fiction. La fiction construit un monde narratif cohérent à l'intérieur duquel nous pouvons évoluer plus ou moins librement. Un bois est comme l'a dit Borges, un jardin dont les sentiers bifurquent. Quand spectateur, je me promène dans ce bois, chaque découverte, chaque expérience peut être un enrichissement sur la vie, sur le passé. Il est louable de s'enrichir ainsi. Mais comme le bois n'a pas été crée n'importe comment et pour tout le monde, je ne dois pas y chercher des faits ou des sentiments qui me sont propres et d'ailleurs ne regardent que moi. Sinon en effet, ce n'est plus interpréter un film, mais l'utiliser. Il est n'est pas interdit d'utiliser un film pour "rêver les yeux ouverts". Mais ce n'est pas une activité publique, cela revient à confondre le bois avec notre jardin privé.

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Rainier le 22 Aoû 2022, 17:02

la démocratie et la souveraineté nationale sont comme l’avers et le revers d’une même médaille.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Ouais_supère le 22 Aoû 2022, 19:44

Je suis sûr qu'en lisant tu comprendrais plein de choses mais il faut que ça t'intéresse.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Silverwitch le 30 Aoû 2022, 17:31

Ouais_supère a écrit:J'ai vu les deux Ordet, celui de Molander et le chef d'œuvre de Dreyer.
Le 1er est sympa, même s'il est beaucoup moins dense que le second, dont l'histoire est pourtant simplifiée.

J'ai vu Vampyr, du même Dreyer, j'ai adoré la subtilité avec laquelle il fait coexister deux mondes, l'un concret l'autre impalpable (ce qui est le principe même du cinéma).


:good


Ouais_supère a écrit:Et je me suis fait une théma John Hugues.
Sans passer par Ferris Bueller ni Breakfast Club que j'ai vus y a pas si longtemps.
J'ai vu Sixteen Candles que j'ai adoré, et que je mets pas si loin derrière les deux précédemment cités. C'est vraiment une exposition de ses thématiques, qu'il développera plus tard.
Weird Science, un petit régal et qui préfigure Ferris Bueller dans un sens.
Et enfin Pretty in pink, qu'il n'a pas réalisé mais scénarisé et produit. De fait la réalisation manque un peu de relief, hormis quelques fulgurances où on sent que le patron devait être dans le coin (la scène de lip dub de Jon Cryer sur Otis Redding), mais c'est pas mal du tout.

Voilà, Dreyer et John Hugues, j'ai tout donné : si Silverwitch revient pas avec ça je réponds plus de rien.


:D
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Hugues le 31 Aoû 2022, 11:25



Peut on faire une étrangeté plus ineffable que Twin Peaks ou Inhérent Vice.
Eh bien peut-être..

Un labyrinthe. Un film mouvant (surtout juste par l'ambiance sonore)..
Le film est une allégorie de ceci bien évidemment.
Ah mais non en fait c'est une incarnation, une reproduction de cela.
Et puis en fait non, c'est plutot ci.

Ah mais non c'est bien une allégorie de ceci.
Ah moins que...

Et puis soudainement les mots, les images s'alignent, et ce qui était décrit par quelques personnages on l'expérimenté nous même..

Soudainement c'est donc bien cela (ou ceci je vais pas.vous donner d'indice)...

A moins que... Juste quand le mot WHITE NOISE réapparaît sur l'écran on finisse par se dire que c'était tout autre chose, au dernier moment.

Baumbach n'est plus un sous Woody Allen..
Il fait un cinéma qu'il n'a jamais fait encore.
Tout en insérant constamment de la derision.. partout

Mais aussi un étrange malaise..



Et Gerwig qu'on savait grande actrice sort peut être pour la première fois du personnage qu'on lui a donné si souvent à jouer..
Même.si finalement elle met encore à merveille à profit de l'autoderision.
Mais pourtant il est tragique ce personnage....

Mais alors??

Vous verrez.

Hugues

PS: qui aurait dit qu'on pouvait dire autant de choses sur une resucée de That's 70s show?
Mais d'ailleurs c'est vraiment les années 70... ? Ce personnage ne dit il pas ceci...

Et donc .. ça serait pas beaucoup plus tard?

Ah et puis aussi.. ça parle même indirectement un peu de covid.

Bon si vous vous étonnez qu'il y ait tant à dire, rappelons que c'est l'adaptation d'un des livres de DeLilo.
Mais pas.sur que le roman explique ce qu'on a vu .. qui est tout autre chose
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Hugues le 01 Sep 2022, 13:37

On continue, avec un autre film Netflix, et tel est pris qui croyait prendre, je me trouve obligé à mon corps défendant d'en dire du bien...

Bardo; fausse chronique de quelques vérités
de Alejandro González Iñárritu

(Sortie en décembre)


Dans un cinéma plus modeste, Inarritu pour une fois ne tourne pas à vide...
Ce qui ressemble initialement à un compendium en vrac de quelques nouvelles étonnantes, saugrenues, liées à l'histoire de la cité et aux souvenirs et à son imaginaire du personnage se révèle bientôt finalement une quête introspectvie.
Sans chercher l'épate, même si il ne se dispense pas de quelques trucages numériques pour réaliser des plans impossibles (dont la quasi totalité servent le film, l'exception étant en réalité des choses comme des reflets de caméra absent dans des miroirs ou des ombres invisibles), il développe strate après strate un film puissant sur l'imaginaire et le souvenir, auquel Bardo est puissamment lié pour le personnage

On pense d'abord à un sous-sous-8 1/2 pour l'imaginaire ou un sous-sous-Dolce Vita pour l'errance. La similarité avec le premier, d'abord inconsciente, se révèle pas si erronée à bien y songer puisque le film cite (à son insu ou volontarement peut-être au moins un motif de ce dernier)
On finit aussi par songer à Angelopoulos (oui, idée étrange, mais... )
Après une émouvante et puissante dernière scène mexicaine, le film touteois s'affaiblit dans sa dernière partie, à partir de la transplantation états-unienne du film, quand toute l'errance se suffisait à elle même. Inarritu chosit même de rationaliser les bouffées d'imaginaire auxquels nous avons eu accès (j'aurais un terme plus tentant, précis et plus exact que rationaliser, mais ce serait vous divulgâcher), avant un dernier retour dans l'imaginaire qui traine un peu en longueur (et où soudaniement le film prend toute une symbolique Angelopoulienne, façon mexicaine...)... un peu indigeste, donc, cette fin est sauvée par un plan relativement merveilleux et émouvant à la golden hour, qui un instant  nouveau rappelle l'émotion des finals d'Angelopoulos (et non pas Malick, je vous ai eus) avant une fuite du personnage dans le désert dans lequel nous l'avions rejoint (désert que nous rejoignons justement par une allusion malickiene)

Si le film n'est pas dans l'épate, on remarque toutefois la recherche constante du cut étonnant. Et quelques scènes sont un peu grandiloquente (des rochers qui forment une sculpture géante..), une colline ... organique (je n'en dirais pas plus),  ou comme évoqué quelques plans impossibles (une journée qui ne dure qu'un instant).
La fin qui traine, laisse au film un léger gout de surligné, et d'auto-conscience d'importance, alors que jusqu'à la partie états-unienne,,le film respirait une belle modestie
Mais enfin c'est un grand film. Un nain par rapport aux noms précités, mais un grand film.

Le premier (?) bon film d'Iñárritu?
Et en plus c'est un grand film.

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Hugues le 05 Sep 2022, 14:06

Totalement absurde..
Incroyablement drôle.


Et des gens têtus, ça vraiment...
Têtus!



Et un film qui tient deux heures sur la chose la plus importante au monde (pour Padraic) pourquoi son ami ne lui parle plus...
Ça l'obsède, ça l'obsède...

Si en plus je vous dis que chacun a une logique bien particulière, et propre, vous avez une vague idée du voyage en absurdie.



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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Maverick le 06 Sep 2022, 14:49

Vu Top Gun Maverick. Wouah la claque, je l'ai vu chez moi mais au cinéma, ça doit être quelque chose.

Bon c'est du ciné américain donc les gentils gagnent à la fin, les gentils se font sauver au dernier moment, tout ça mais à part ça, on passe un bon moment. :good
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Garion le 06 Sep 2022, 22:15

Hugues a écrit:THE BANSHEES OF INISHERIN

En voyant l'affiche, je me suis demandé si c'était bien eux qui avaient joué dans le film "Bon baisers de Bruges".
En effet, mêmes acteurs, mais aussi même réalisateur :D
J'avais adoré "Bon baisers de Bruges", je regarderai celui là du coup.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Rainier le 07 Sep 2022, 12:40

Garion a écrit:
Hugues a écrit:THE BANSHEES OF INISHERIN

En voyant l'affiche, je me suis demandé si c'était bien eux qui avaient joué dans le film "Bon baisers de Bruges".
En effet, mêmes acteurs, mais aussi même réalisateur :D
J'avais adoré "Bon baisers de Bruges", je regarderai celui là du coup.


Moi aussi j'avais beaucoup aimé "Bons baisers de Bruges" mais j'avais été déçu par "3 Billboards / Les panneaux de la vengeance"
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Hugues le 10 Sep 2022, 20:12

Hugues a écrit:Totalement absurde..
Incroyablement drôle.


Et des gens têtus, ça vraiment...
Têtus!



Et un film qui tient deux heures sur la chose la plus importante au monde (pour Padraic) pourquoi son ami ne lui parle plus...
Ça l'obsède, ça l'obsède...

Si en plus je vous dis que chacun a une logique bien particulière, et propre, vous avez une vague idée du voyage en absurdie.



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