Modérateurs: Garion, Silverwitch
Hugues a écrit: Texte caché : cliquez sur le cadre pour l'afficher
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Les bandes-annonces Arte française et allemandes.
Ce n'est pas exactement les mêmes. Le changement consiste dans le contexte de l'apparition du nazisme et de la croix gammée dans la bande-annonce, différent en Allemagne et en France, peut-être pour des raisons culturelles.
On remarquera aussi que la voix off française insiste sur la personnalité de Terrence Malick, quand celle allemande cite August Dielh.
Hugues
Dervi a écrit:J'ai vu le dernier Terrence Malick, Une vie cachée. Il revient à un cinéma évident et accessible pour tout le monde.
Ce film ne trompera cependant personne, il est imprégné du style de Malick avec l'homme qui évolue dans une nature toujours aussi centrale dans son cinéma et ces voix off qui soulignent les sentiments et ressentis de ses personnages principaux.
Dans ce cadre, un homme plaçant le libre arbitre au-dessus de tout, va se poser la question de ce qui est juste pour un Autrichien appelé à servir pour l'armée allemande de Hitler durant la seconde guerre mondiale. Son choix l'amènera à en affronter les conséquences en s'opposant à son village, son église, son armée et son Etat. Tout ce parcours nous ramène à notre propre vie qui nous a confronté, nous confronte et nous confrontera sans relâche à des choix, parfois mineurs, parfois majeurs. Ils nous amènent toutefois toujours à nous interroger sur nos idées et comment les accorder avec les choix que la vie nous impose.
Les acteurs sont aussi grandioses et Malick capte leurs expressions avec génie, ce qui crédibilise d'autant plus leurs sentiments et leurs actes et happe le spectateur dans cette histoire assez simple mais qui s'élève tellement haut.
Voilà, vous pouvez aller le voir. Il est même possible que des lycéens apprécient. Ils sont allés le voir finalement Ouais_supère ?
Ouais_supère a écrit:J'ai de gros complexes pour faire une critique face à un film tel Une vie cachée.
Parce que quoi que j'en dise, je suis soit à côté de la plaque, soit à hauteur mortelle devant le firmament.
J'ai rarement eu la sensation d'être devant une oeuvre aussi pleine, dont chaque plan est strictement indispensable.
C'est une leçon de cinéma qui rappelle que cet art tient finalement davantage de la photographie que du théâtre, c'est un film extrêmement bavard... avec peu de mots, une marque de fabrique de ce réalisateur, que sa caméra file, balaie de bas en haut puis se fige, et tout est dit.
On a vu bien des choses qui parlent de la difficulté de poser un acte tel celui de ce paysan autrichien. Moins qui évoquent le tourment qu'il provoque, dans l'entourage immédiat, chez chaque personne qui en connaît l'auteur.
Une beauté d'Une vie cachée est de montrer si bien la peur qui motive leurs sermons, leurs conseils, en rendant impossible le jugement, jusqu'à celui de ceux qui crachent au passage de la pauvre épouse. Ceux-là ne sont pas des salauds, ils sont montrés plus faibles, et comme pardonnés par avance. Même le juge qui prononce la peine signe par là sa propre condamnation.
J'y ajoute que finalement, le spectateur n'est jamais conforté dans l'assurance que Franz fait le BON choix. On l'accompagne dans ses doutes, et combien de fois on a envie, avec plusieurs personnages le font, de lui dire "allez, ce ne sont que des mots... quelques mots contre une vie, à quoi bon..."
Car Franz non plus ne sait pas vraiment, il est seul sur ce chemin, même Dieu, via l'église ne lui répond pas, ne le rassure pas. Au plus près de Lui, jamais aussi livré à lui-même.
Et le spectateur souffre avec lui, on SAIT qu'il est dans le vrai, mais... Bon sang c'est tellement dur.
Le dernier tête à tête avec son épouse est une épiphanie, "je suis avec toi quoi que tu décides", quelque chose d'approchant, et soudain on SAIT : depuis le début il n'y a pas d'alternative, pas d'autre choix pour lui que de faire ce qu'il croit juste, il est libéré, et même la mort ne peut plus atteindre à son intégrité, il est un avec tout, chaque chose est à sa place.
Ce film est un chef d'oeuvre, je l'ai déjà dit, je ne crois pas le dire à la légère.
Universel parce que ce village, et le camp, sont un monde en entier. Je ne crois pas qu'une seule fois le mot "juif" soit prononcé, il est très possible d'oublier de quel conflit l'on parle.
C'est en tout cas, à titre personnel, une expérience marquante que je ne crois pas être en capacité d'oublier jamais, et c'est une expérience à vivre en salle obscure, sans défense. C'est un film qui transperce sans blesser, qui étreint par l'âme, beau de la première seconde jusqu'à sa conclusion.
Shoemaker a écrit:Je viens de voir Une vie cachée, de Terrence Malick.
Bon, en un mot comme en 1000, c'est du Malick : splendeurs des images, style contemplatif, intériorité, hyper spiritualité, ésotérisme en filigrane pour les "initiés", etc.
Je le dis dès le début, je n'ai et je ne me sens aucune expertise cinématographique en général, et encore moins pour parler (je n'ai pas dit "juger" !) de ce genre de cinéma, un peu ... high tech pour le béotien terre à terre que je suis
Mais comme il n'y a aucune loi qui m'interdise d'en dire deux mots, je les dis alors !
En vrac :
- très... trop long. Répétitif. On sait tout certes sur la vie des paysans Autrichiens des années 30/40 (et c'est génial !), mais au bout d'un moment...
- Les paysages filmés sont grandioses ! Ca, il sait y faire, Terrence. On a envie, dès la fin du confinement, d'aller faire un tour dans le Tyroll (que je connais par ailleurs). Tout est sublime, montagnes dignes de la Terre du Milieu, vallées idylliques, champs on ne peut plus bucoliques, petit village d'humbles et bons (avant l'arrivée du Mal) paysans archétypiques, ...
- Malick montre constamment la beauté du monde (il sait y faire !) et en contraste, en un va et vient qui dure presque 3 heures, et systématique (faisant style), la mocheté de ce même monde, incarnée par le mal ultime, le nazisme. Et d'ailleurs, le nazisme paradoxalement, nait justement dans ce monde même de beauté émouvante à souhait (l'Autriche des années 30).
- La thèse principale du film : le Bien, le Mal, la philosophie christique confrontée à la question terrible : Que faire, lorsqu'on considère que le Bien est IN-négociable, et que le Mal vient frapper à la porte de notre vie...
- Le héros, qui jusqu'au bout (la mort), même s'il se considère au-delà de la vie et de la mort (il se dit libre, au cœur même de l'appareil nazi), le héros, Frantz, ira au bout de cette logique implacable : on ne peut plier genou, ne serait-ce que d'un iota, face au Mal. Sinon, il ne peut alors que triompher.
- Franz est irritant, parce qu'il se retrouve souvent face à des personnes qui essayeront RAISONNABLEMENT (clergé, avocat, magistrat...) de le sauver, mais il s'enferme dans un mutisme lourd, révoltant... On aurait voulu qu'il argumente. Mais bien entendu, cela est voulu par Malick, qui veut nous dire que, pour que le monde tende vers le bien, il faut des jusqu'au boutistes, même obscurs, tels que Franz, quasi "fanatiques".
- Et c'est pour cela peut-être que le film dure si longtemps : pour que nous ressentions jusqu'à la douleur s'il le faut, cet état de fait.
- Bien entendu, Malick ne nous convainc pas nécessairement ! Franz veut aller contre le monde tel qu'il est, mais le monde, n'en déplaise à Malick, ignore Franz et sa démarche (cela est dit dans le film). Franz au final et paradoxalement, a fait du mal. A ses enfants, à sa mère, sa femme... Et Malick pousse la "malignité" jusqu'au fait qu'on propose à Franz une "porte de sortie honorable" : qu'il exerce dans le corps de la santé militaire, et on lui pardonnera tout, mais à condition qu'avec des mots, il prête serment à Hitler. Il refuse. Nous, pauvres terriens de base, nous disons : "Oui ! Vazy, Frantz ! Accepte ! pour tes enfants ! ta famille... et puis, tu feras du bien, en soignant des blessés, des malades... et tant pis pour le serment à Hitler... passe le par pertes et profits..."
- Bien entendu, Malick, et surtout Frantz, qui a existé puisque c'est une histoire vraie, refuse cette voie.
- Parce que c'est une tragédie, et que la fatalité ira jusqu'au bout, jusqu'à la mort... pour qu'au final, au-delà de la tragédie, naisse l'espoir d'un monde meilleur. Et ce monde meilleur a un prix : l'extrême et absurde sacrifice d'un homme (d'Hommes), un homme banal, inconnu, oublié, mais incontournable...
- Ce film, c'est l'histoire du cheminement d'un homme devenu un saint. Un cheminement intérieur, silencieux, paradoxalement statique, puisqu'il n'y a quasiment aucune "histoire narrative" : un homme refuse de prêter serment à Hitler, il est exécuté. C'est simplement ça, le "scénario". Mais Malick a jugé qu'il faut presque 3 heures, pour le saisir profondément, pour qu'il s'inscrive en nous comme dans le marbre, ce chemin de croix, ce martyr nécessaire...
- Il y a aussi, bien entendu, le film lui même en tant qu'œuvre cinématographique. Ce va et vient constant entre la vie bucolique hyper stylisée dans un village Autrichien digne de Heidi, et la fureur de la guerre, le Mal nazie...
- La bande son est fastueuse... Les voix nécessairement intérieures, total Zen-Tao, en contraste avec les images souvent violentes, la voix de Hitler, vociférante mais fascinante, sublimement satanique, paralysante, le Mal en son ! Dans la voix d'Hitler, il n'y a plus aucune trace de bonté, de générosité, d'empathie, pour les Hommes qui ne sont pas dans son camp. La voix d'Hitler est ... absolue ! Comme le silence de Frantz l'est aussi. Incroyable choc/résonance dans nos esprits !
Il y a mille autres choses dans ce film, et si j'ai dit qu'il est trop long, trop répétitif, sans narration riche, cela n'empêche pas, par la virtuosité du style, par l'expression de l'âme de Franz (silence, extase, doute, peur, conviction, béatitude...), par les images d'une rare beauté... mais aussi la violence montrée mais sans aucune image "glauque" comme c'est très à la mode ces temps-ci, cela n'empêche pas que c'est certainement ce qu'on peut appeler un "chef d'œuvre du cinéma". C'est comme ça !....
J'avais proposé ici même, la critique de François Begaudeau. Je la remets ici, au-delà de ses propres opinions/conclusions, elle me paraît très riche, très juste, très intéressante, avec pleine de voies de réflexion. Et elle parle du film d'une manière autrement moins "amateur" que moi !
https://soundcloud.com/la-gene-occasion ... 4rINtDlZCo
Ouais_supère a écrit:Shoemaker a écrit:- La thèse principale du film : le Bien, le Mal, la philosophie christique confrontée à la question terrible : Que faire, lorsqu'on considère que le Bien est IN-négociable, et que le Mal vient frapper à la porte de notre vie...
Ce qui est "juste", plutôt que ce qui est "bien", je dirais.Shoemaker a écrit:- Franz est irritant, parce qu'il se retrouve souvent face à des personnes qui essayeront RAISONNABLEMENT (clergé, avocat, magistrat...) de le sauver, mais il s'enferme dans un mutisme lourd, révoltant... On aurait voulu qu'il argumente. Mais bien entendu, cela est voulu par Malick, qui veut nous dire que, pour que le monde tende vers le bien, il faut des jusqu'au boutistes, même obscurs, tels que Franz, quasi "fanatiques".
Mais Franz n'a pas d'argument, il n'a rien à expliquer parce qu'il ne sait pas, en fait.
Le film ne parle pas vraiment du "nazisme VS les gentils", mais du conflit qui habite et anime Franz.
Il n'a aucune idée du bien fondé de sa démarche, au fond, il "sent" confusément que c'est SON chemin, celui qui lui est dicté par un principe supérieur et qu'il "ressent" comme juste, mais lui est presque un pantin là-dedans : il ne PEUT PAS ne pas suivre cette voie/x.Shoemaker a écrit:- Bien entendu, Malick ne nous convainc pas nécessairement ! Franz veut aller contre le monde tel qu'il est, mais le monde, n'en déplaise à Malick, ignore Franz et sa démarche (cela est dit dans le film). Franz au final et paradoxalement, a fait du mal. A ses enfants, à sa mère, sa femme... Et Malick pousse la "malignité" jusqu'au fait qu'on propose à Franz une "porte de sortie honorable" : qu'il exerce dans le corps de la santé militaire, et on lui pardonnera tout, mais à condition qu'avec des mots, il prête serment à Hitler. Il refuse. Nous, pauvres terriens de base, nous disons : "Oui ! Vazy, Frantz ! Accepte ! pour tes enfants ! ta famille... et puis, tu feras du bien, en soignant des blessés, des malades... et tant pis pour le serment à Hitler... passe le par pertes et profits..."
Je trouve précisément que c'est ça, qui est convaincant.
Le spectateur, toi, moi, en tout cas, hurle intérieurement devant l'écran "à quoi bon, putain, mais laisse béton !!", alors même que l'on SAIT, avec tout le recul de l'Histoire, que LUI avait raison et que comme tu le dis c'est à ce prix que se font les plus grandes révoltes.
Jamais un film ne m'avait fait ressentir aussi puissamment la contradiction entre mes idéaux et ma propre condition d'humain parmi les humains, alors même qu'il ne la juge pas, cette contradiction. Il n'y a pas de méchants dans ce film, au pire des pauvres fous aveuglés, égarés.
Quand sa femme l'absout littéralement des souffrances qu'il a causées à la fin (ose me dire que t'as pas chialé. ), c'est d'une telle beauté que oui, je ressors absolument convaincu, de ce que je suis, et de la noblesse de sa démarche à lui.
Il me tarde de le revoir en tout cas !
Hugues a écrit:Incroyable mais vrai de Quentin Dupieux en ce moment sur Arte
Avec Alain Chabat, Léa Drucker, Anaïs Demoustier et Benoît Magimel
Hugues
Hugues a écrit:
Hugues (oui la voix off est énervante...)
Hugues a écrit:Honte à moi, même pas vu qu'il y avait
La Poursuite Infernale hier soor pour le conseiller une énième fois.
Bon en même temps c'est pas comme si il ne passait pas tous les 2 ou 3 ans... Donc ce n'est que partie remise.
Hugues
Ouais_supère a écrit:Furyo en VOD sur Arte jusqu'à demain 5h
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