Garion a écrit:Soit.J'ai très peu de connaissance dans le domaine, mais pourquoi dire alors qu'ils ont voulu être français ?
Dans l'absolu, je considère qu'il n'y a pas de "mauvais" peuple, chacun a essayé de s'en sortir dans son contexte.
Ils sont souvent pro-français (alors qu‘ils les ont combattus pendant la guerre d‘Algérie), parce qu‘ils détestent les arabes (qui ne sont généralement que d‘autres berbères, comme les Kabyles eux mêmes, environ la moitié des tribus berbères sont des tribus nomades à l‘origine) parce que comme je le disais plus haut, un occupant chasse l‘autre pour eux, et qu‘ils ne sont jamais complètement assimilés au précédent. De plus, habitant une région très montagneuse extrêmement pauvre (ils aiment bien se comparer à la Suisse), ils sont en surpopulation depuis longtemps et ils émigrent beaucoup (vers Alger déjà), mais surtout en France où ils sont traités d‘arabes, déculturés (ils ne parlent plus ni kabyle ni arabe), non-assimilés, mais une partie s‘assimile quand m-eme et ils deviennent des Stéphane (pour une raison mystérieuse ils adorent ce prénom). Avoir un salaire en Francs ou en Euros leur procure un certain sentiment de supériorité au bled, où ils construisent des blockhaus en brique et béton (trois étages extensibles et deux garages) au somment de leurs chères collines) ou des Tour Eiffel quand il leur arrive d‘être un peu excentrique. Ajoutons que la France coloniale a mené une politique sur le long terme pour en faire des supplétifs contre le reste des „arabes“, notamment en créant un ordre religieux (les Pères Blancs) spécifique pour les christianiser. Ce fut un échec complet, car curieusement les Kabyles sont restés généralement très attachés à l‘Islam (et l‘ordre a été déménagé au Sénégal où il a subi le même cuisant échec face à l‘islam, puis au… Rwanda, où il a très bien marché.
Une des raisons de l‘adoration bizarre des Kabyles pour la France, c‘est la politique d‘arabisation menée en Algérie. Un problème épineux qui concerne tous les pays arabes, puisqu‘on y retrouve en fait trois types d‘arabe différent : l‘arabe du Coran, l‘arabe moderne (créé un peu comme l‘hébreu moderne (qui s‘en est inspiré et y a fait de nombreux emprunts) par un petit groupe d‘intellectuels, à partir de racines „classiques“ et l‘arabe populaire, l‘arabe des gens dans la rue ou dans les familles, qui est différent de pays en pays et même de région en région (à Alger, les vieilles familles bourgeoises comme la mienne parlent un arabe different selon le côté de la porte d‘entrée où l‘on se trouve), bref les Kabyles, n‘utilisant pas l‘arabe vernaculaire, auraient voulu qu‘on garde le français comme langue nationale. Sinon, si tu penses au harkis, ces supplétifs de l‘armée française, abandonnés à leur sort en 1962 et considérés comme des traîtres en Algérie, il y en a eu partout ce n‘était pas une spécificité kabyle, c‘était plutôt des victimes de la pauvreté, des circonstances et des choix des chefs de leurs tribus. Ajoutons que les militaires algériens au „pouvouâr“ (accent kabyle

) sont des chaouïas, d‘autres berbères (les plus nombreux en fait, mais plus éloignés, au contact de la Tunisie) et non des arabes, et que les kabyles sont les principaux représentants politiques de la démocratie à l‘occidentale (mais qui ne rencontre qu‘un faible écho dans le reste de la population, vu que dans l‘ensemble, les Algériens n‘ont absolument aucun sentiment de confiance envers les Occidentaux).