Rainier a écrit:Silverwitch a écrit:Entre l'héritier d'un bel appartement parisien et celui qui voudrait se le payer par son travail, il y a un fossé. Pourquoi le second pourrait-il en profiter sans rien débourser quand le second devrait trimer pendant vingt-cinq ans et payer une centaine de milliers d'euros en crédit à la banque ?
Parce que les parents du premier ont trimé pendant 25 ans.
Qui te dit qu'ils n'ont pas hérité du patrimoine en question ? Faute d'une véritable imposition sur les successions, l'inégalité se transmet et on recrée une aristocratie qui ne dit pas son nom.
Rainier a écrit:Le second trimera pendant 25 ans et à son tour il sera 100% d'accord pour que le fruit du travail de sa vie aille à ses enfants et non pas à des inconnus.
Le problème n'est pas le consentement de l'individu à transmettre à sa famille, mais le consentement du citoyen à l'impôt, condition de la fraternité républicaine. C'est la condition pour exercer une réelle solidarité entre une famille abstraite, celle de la Nation.
Tu oublies que l'inégalité s'ajoute à l'inégalité: elle s'accumule dans les deux sens.
Rainier a écrit:L'impôt actuel sur les successions est déjà bien trop confiscatoire.
Quand près de 90% des successions sont totalement exonérées ? Quand les familles les plus aisées peuvent transmettre de leur vivant plus d'un million d'euros sans payer le moindre impôt ? Que le taux d'imposition moyen des successions (imposées) atteint péniblement 12% ? C'est moins que l'impôt sur le revenu, sur les sociétés ou que le taux normal de TVA. Les pauvres payent plus en proportion en consommant au quotidien que les ménages les plus aisés (1% de la population) pour transmettre un patrimoine qui crée une inégalité chaque jour plus criante.
La crise actuelle de l'immobilier peut être analysée comme une conséquence directe de la suppression progressive de l'imposition des successions, entre les propriétaires anciens d'un côté et les locataires ou le primo accédant endetté de manière délirante. Pour parler clairement, combien de Français peuvent par leur travail devenir propriétaires à Paris aujourd'hui ? Je gagne bien ma vie et j'en serais désormais incapable. Seul l'héritage me le permet. Quel ménage peut dépenser 600 000 euros pour un petit 3 pièces, sinon un ménage déjà très aisé... En revanche, on peut désormais transmettre cet appartement et quelques centaines de milliers d'euros supplémentaires sans le moindre impôt. Où sont les assistés ? Et ce n'est pas qu'une inégalité temporaire, cette contre révolution fiscale, le festin des riches créer une inégalité durable en privant l'État de recettes fiscales nécessaires à une meilleure redistribution, à des investissements durables dans le secteur du logement (ce qui permet de faire baisser les prix), de l'Éducation, de la Santé, etc... Ainsi les héritiers peuvent se loger à moindre prix, bénéficier éventuellement d'une épargne et consacrer une part de leur revenu à mieux se soigner, à scolariser leurs enfants dans les écoles privées, à partir en vacances, à prêter de l'argent contre intérêts, intérêts qui seront très faiblement taxés (voire exonérés: PEA, Assurance-Vie). Pas d'inflation pour ne pas éroder la rente. Toute notre économie est désormais tournée vers le patrimoine, vers la rente, vers l'assistanat des plus riches tout en dénonçant l'État Social bénéficiant aux plus miséreux. C'est tout l'édifice républicain qui est sapé.
L'héritage est à la fois anti-républicain et anti-libéral, contraire à la méritocratie. Imaginons-nous un seul instant que les parents puissent transmettre à leurs enfants une place dans une grande école, un poste dans une entreprise, ou leurs notes au baccalauréat ?