Marlaga a écrit:Oui, elle se transforme mais à un rythme lent, selon les évolutions de la société, de la vie, de la technologie...
La lenteur de la transformation est en effet un argument valide, de même que la richesse des échanges entre cultures et nations suppose à la fois la diversité et la séparation, l'éloignement géographique.
Marlaga a écrit:et en quelques décennies, on veut nous faire tout changer pour dire que l'identité française, c'est aussi les mosquées, le halal et la vie avec des djellabahs et des hijab. Et bien non, ce n'est pas de l'identité française ça. L'identité française n'a aucun lien avec l'islam et on peut accepter quelques musulmans qui se conforment à la vie occidentale à la française mais on ne peut pas accepter plus que ça. Et là, le vase déborde, ce qui conduit à cette crise identitaire, à ces replis communautaristes et à ces tensions raciale et religieuse.
Tu vas trop vite à la conclusion en t'épargnant le chemin, ou plus exactement, tu penses à l'envers en commençant par la conclusion. S'il y a bien une identité française, elle est tout autant introuvable qu'incontestable. On peut donc sans hésiter ancrer dans une identité française historique à la fois le petit bourg avec une église en son centre, comme la tradition d'une France rurale, paysanne et ouvrière. Or la désaffection progressive pour la religion catholique, la disparition brutale de la paysannerie, l'extinction programmée du monde ouvrier ont transformé la France en profondeur depuis quelques décennies, sans que l'immigration ou la religion musulmane n'y soient pour rien.
De plus, je suis en désaccord avec ton analyse trop superficielle. L'identité française n'est pas seulement une identité culturelle, diverse (dans ses traditions locales et régionales) mais d'abord et avant tout une identité politique. Et s'il y a bien une identité politique française, elle garantit la liberté de conscience en séparant l'espace public et l'espace privé, comme en préservant l'égalité politique et des droits civils et sociaux de tous les Français, qu'importent leurs croyances, leur origine, leur sexe ou leur couleur de peau. Ce principe d'égalité devant une loi identique pour tous ne peut être à géométrie variable. Tu ne peux dénoncer la revendication communautaire des uns au profit des revendications identitaires des autres.
Marlaga a écrit:Intégrer des millions d'immigrés dans un pays ne peut que heurter l'identité du pays, c'est une évidence. On importerait 2 millions de chinois, d'amerindiens ou de danois que le résultat serait le même.
Oui, sinon dans l'absolu (tout dépend du contexte) au moins dans la pratique. Il semble difficile d'intégrer de manière rapide une immigration trop importante, d'autant plus quand l'État est privé de l'essentiel des attributs de la souveraineté. De la même manière, si nos capacités d'accueil ne sont pas illimitées, il est normal que l'État contrôle ses frontières, fixe les conditions du séjour et décide des conditions d'acquisition de la nationalité. Rien de plus normal enfin que les étrangers ne bénéficient pas des droits politiques, puisqu'ils sont exclusivement réservés aux citoyens français.
En revanche, toujours en vertu de principes qui composent le coeur de l'identité française visible, c'est-à-dire une identité politique, les étrangers en situation régulière ou non ne peuvent être privés de leurs droits humains imprescriptibles, du droit à être traités dignement, à être défendus, à bénéficier de leurs droits civils et sociaux, sinon la France n'est plus un État de droit et n'est plus une démocratie, puisque la démocratie garantit non seulement la volonté populaire mais préserve également les droits de la minorité, et sur tous les plans, politiques (pour les citoyens français exclusivement), civils, sociaux, économiques.
Marlaga a écrit:Je constate simplement que leur présence et leur mode de vie ne nous correspond pas et qu'ils veulent nous l'imposer par la force de leur nombre au lieu de s'adapter au nôtre. C'est ça que je refuse et c'est ça que le peuple refuse en votant massivement FN. Tant que vous en serez à vos atermoiements sur la méchanceté des électeurs FN et leur côté facho, vous serez à côté de la plaque et le vote FN augmentera mécaniquement comme réaction à la continuité de ce phénomène.
Tu commets une généralisation excessive vis à vis des immigrés, et tu te trompes de cible. La revendication communautaire n'a pas de lien avec l'immigration. En ce qui concerne le mode de vie, la culture ou toute autre généralisation hasardeuse, ton discours ne tient pas. En tant qu'individu, tu revendiqueras j'imagine la liberté de pouvoir écouter la musique que tu veux, de t'habiller comme tu le souhaites, de manger ce qui te plait, sans que personne ne mette en cause ton intégration dans la communauté française, ou ton degré de francité. Tout simplement parce que tu appliques parfois même sans le savoir un principe essentiel de l'identité française, celui de la liberté individuelle, liberté de conscience, séparation entre l'espace et l'espace public. Mais évidemment, ce qui est bon pour toi, ta volonté d'adapter les lois républicaines à ta revendication ne l'est pas pour les autres. Cette querelle peut-être tranchée de deux manières, en réalité complémentaires: par les valeurs légales et par l'appel aux principes supérieurs.
Il n'y a rien à redire aux pratiques culturelles, vestimentaires, culinaires, bref au mode de vie des individus qui vivent en France, qu'ils soient étrangers ou Français, immigrés ou non, pourvu qu'ils respectent les lois françaises qui s'appliquent à tous Français ou étrangers. Je n'ai rien à redire aux coutumes de mes voisins tant que la coutume respecte les lois françaises, on peut critiquer sans interdire. En revanche, et pour prendre un exemple brutal, l'excision est sans doute une coutume dans certains pays, mais elle est contraire aux lois françaises. Il n'y a aucune raison de la tolérer au nom de quelque forme de tolérance que ce soit ou d'un droit à la différence. Enfin, il suffit de changer la loi par la volonté de la majorité. Très bien, mais alors tu reconnais à d'autres la possibilité d'en faire autant dans l'autre sens et tu dois souffrir d'être éventuellement mis en minorité et de voir tes valeurs fondamentales, ton identité foulée aux pieds, niée, piétinée par la volonté d'une majorité tyrannique. Ce n'est guère une solution. D'où la République française, principe actif de la France, État-nation millénaire: la volonté majoritaire est bornée par la limitation des pouvoirs, par les principes républicains qui garantissent la liberté, l'égalité et la fraternité.
L'immigration pose des problèmes, la diversité des cultures est un défi pour l'intégration (l'assimilation) à la française, c'est entendu. Impossible de se contenter de répéter en boucle que l'immigration est une chance pour la France sur tous les tons, impossible cependant de se contenter d'invoquer en vain les valeurs traditionnelles de la France, puisque l'immense majorité des Français de culture chrétienne, plus ou moins consciente a bien compris que l'héritage chrétien avait été laïcisé. La France n'appartient pas aux catholiques, elle a été modelée par une histoire catholique intégrée dans une héritage commun, ouvert aux athées comme à tous les croyants. Ce qui a permis à la France de faire vivre ensemble des gens qui ne se ressemblaient pas, de religions différentes, d'origines différentes, de régions diverses, avec leurs patois, leur gastronomie, leurs coutumes et habitudes alimentaires. Il faut à la fois l'uniformisation par le haut (l'État, la citoyenneté) et la pluralité par le bas (la mixité, la diversité des cultures, la liberté individuelle). L'immigration ne peut être durablement le bouc-émissaire d'une crise politique à l'échelle mondiale et qui menace tous les États-nations, en particulier la France. Les rapports complexes entre les immigrés d'Afrique du Nord puis d'Afrique sub-saharienne sont à certains égards des révélateurs d'une crise autrement plus grave, celle du modèle politique français. Si la France n'est plus la France, libre, souveraine et indépendante, comment pourrait-elle fabriquer des citoyens français ? Que nous soyons nés Français ou pas, nous devons tous devenir citoyens français.