Shoemaker a écrit:Je ne savais pas où poster ce chef d'œuvre de clarté, de calme, de sérénité politique.
C'est Cortese qui a déniché cet "inconnu" (par moi en tout cas), qui fait partie de ces intellectuels, rares, qui rendent le monde vraiment plus lisible, plus clair...
http://campvolant.com/2015/04/04/jacque ... de-mepris/
Parfait, à un détail près, sur la question de la laïcité ou Jacques Rancière, pourtant philosophe aguerri
historicise à l'excès et réduit de fait la portée du principe de laïcité. Si l'on reprend son propos (c'est moi qui souligne):
Au XIXe, la laïcité a été pour les républicains l’outil politique permettant de libérer l’école de l’emprise que l’Eglise catholique faisait peser sur elle, en particulier depuis la loi Falloux, adoptée en 1850.
Contexte historiqueLa notion de laïcité désigne ainsi l’ensemble des mesures spécifiques prises pour détruire cette emprise. Or, à partir des années 1980, on a choisi d’en faire un grand principe universel. La laïcité avait été conçue pour régler les relations de l’Etat avec l’Eglise catholique.
Réduction au contexte historiqueLa grande manipulation a été de la transformer en une règle à laquelle tous les particuliers doivent obéir. Ce n’est plus à l’Etat d’être laïque, c’est aux individus.
Théorie politique: ouvertureJe partage sans réserves le contexte et la théorisation d'un principe de laïcité dévoyé, mais son analyse est hémiplégique et passe finalement à côté de l'originalité du principe de laïcité (comme si l'on réduisait la démocratie à son contexte historique athénien).
La laïcité ne s'oppose pas à l'église, catholique ou non mais étymologiquement elle sépare l'ordinaire, le commun, le peuple, laos en grec de "ceux qui sont à part", kleros, les clercs. Ce que ne dit pas Jacques Rancière, et ce qu'il devrait dire par souci de clarté, c'est que
le principe de laïcité a été dévoyé par un clergé qui soumet les individus:Cette laïcité centrée sur les rapports entre école publique et école privée a été enterrée au profit d’une laïcité qui prétend régenter le comportement des individus et qui est utilisée pour stigmatiser une partie de la population à travers l’apparence physique de ses membres.
Comment ne pas voir que ce que décrit Rancière est bien une forme de
cléricalisme, anti-républicain qui refuse la séparation entre la chose publique et la chose privée ? D'où l'actualité, plus que jamais du principe de laïcité, comme principe de liberté et comme principe organisateur de l'intérêt général. Il ne faut pas réduire la laïcité à ses origines historiques en France, mais méditer sa portée générale. En ce sens, elle garantit une République qui ne s'autorise pas à diriger les consciences, une République qui ne se fait pas clergé et combat la vérité révélée et indiscutable au profit d'un libre-examen raisonnable. Le contraire du délire "Charlie" et de la chasse aux déviants, ceux qui ne pensent pas droit, à laquelle nous assistons médusés depuis quelques mois. À nouveau au coeur des propos de Jacques Rancière: la laïcité a été dévoyée, il faut se l'approprier, en nommant les choses correctement.