Marlaga a écrit:Quand la liberté d'expression est limitée pour faire taire les opposants, ce n'est plus pour légitimer son pouvoir mais pour ancrer l'immobilisme.
Mais c'est au contraire une très bonne nouvelle pour les opposants, la censure ! C'est même une excellente nouvelle pour la démocratie.
Cela signifie que les mots, les idées, les propos et les opinions publiques ont une valeur, un pouvoir, une puissance. Des mots aux actes, il y a une relation.
Si les idées publiques ont un pouvoir, tout pouvoir doit être borné, tout pouvoir s'accompagne d'une responsabilité faute de quoi il est illégitime, arbitraire. Seuls les puissants, les riches, les forts dénoncent la censure puisqu'ils ne croient pas aux idéaux démocratiques. L'existence de la censure traduit la relation entre la liberté et la responsabilité.
Marlaga a écrit:C'est ça la censure, c'est ça le début du totalitarisme : faire taire les opposants, interdire d'exprimer des opinions contraires, interdire d'analyser l'histoire autrement que par la version officielle. Et la France a plongé droit cette politique avec les lois mémorielles et les lois "anti-racisme et incitation à la haine" qui ont interdit toute critique du fait religieux ainsi que toute comparaison ethnique.
L'éviction médiatique de Zemmour est une affaire privée, ce n'est pas vraiment une censure. Or il n'y a rien de surprenant à ce que des médias décident en conscience de leur ligne éditoriale, sinon, il faudrait publier les tribunes de Mélenchon dans Minute.
Ensuite, si tu as le droit de critiquer les lois mémorielles (et je ne m'en prive pas), tu t'égares par manque de connaissances historiques. Par exemple, je critique la loi Taubira non parce qu'elle serait contraire à nos principes républicains, mais
parce que cette loi porte en elle son propre renversement, la possibilité par le Parlement de voter le contraire, de louer "les bienfaits de la colonisation", par exemple. Je remarque d'ailleurs que les opposants à la loi Taubira (l'esclavage comme crime contre l'humanité) sont souvent les premiers à relativiser les dénonciations du colonialisme, au motif de la lutte contre la Bien-pensance. Et parmi les plus zélotes contempteurs de l'Islam au nom de la laïcité républicaine se trouvent régulièrement les partisans de la reconnaissance
publique et politique d'une France chrétienne.
Difficile par exemple de prétendre que la loi Taubira (première du nom) soit contraire à notre histoire et à nos principes républicains, quand bien même on s'y oppose. C'est l'héritage direct de la République de 1848, celle qui promeut le suffrage universel. Dès 1848, l'esclavage et ceux qui en font l'apologie commettaient un crime de
"lèse-humanité". Rien de nouveau, donc.
Marlaga a écrit:C'est plus facile de faire taire les opposants que de répondre à des arguments chiffrés et factuels. Alors on interdit les statistiques ethniques.
Rapprochement usuel, et pourtant douteux. Les statistiques ethniques contredisent nos principes républicains. Ils n'ont donc jamais été en usage.
Marlaga a écrit:La France est régulièrement condamnée pour ses pratiques allant à l'encontre de la liberté d'expression, plus que la moyenne des pays européens, ce n'est pas par hasard. Nous sommes d'ailleurs plutôt mal classés dans le monde sur ce point.
Te voilà dans l'air du temps. Condamnée selon quelle juridiction, selon quels principes ? La France est fidèle à ses propres principes, et je crois sincèrement à la supériorité de ses principes. Si tout peut être dit, cela signifie par extension que rien n'a de valeur. Et ne nous y trompons pas, la revendication d'une liberté d'expression sans bornes est la revendication des forts, des riches, de ceux qui savent qu'ils pourront noyer la voix des plus faibles.
La liberté d'expression est donc une valeur qui doit être défendue comme une valeur démocratique essentielle, mais sans pour autant conduire au relativisme général. Si tout peut être dit, pourquoi ne pourrait-on tout faire ? Si tout n'est pas permis, en paroles comme en actes, alors il est légitime que la censure soit une censure légale, pour que la voix des plus riches, des plus forts, des plus puissants n'étouffe pas celle des plus faibles. La liberté d'expression est une vertu, mais elle est toujours bornée, elle se mesure comme tous les autres pouvoirs à la relation de force. On glorifie des caricatures contre Mohammed, mais on condamne Garaudy, on emprisonne Bradley Manning ou l'on pourchasse Julian Assange. On condamne Dieudonné ou bien on défend Zemmour. Il convient d'aller au-delà des postures moralistes, pour regarder chaque cas pour lui-même. Si tu ne le fais pas, tu tombes à ton tour dans une forme de bien-pensance, dans une indignation convenue.