Cortese a écrit:Ça me rappelle la guerre de 67, quand Israël avait attaqué l'Egypte et la Syrie (et que France-Soir avait titré sur 5 colonnes : "L'Egypte attaque Israël !"

). La quasi totalité du show-biz français avait jugé bon de soutenir bruyamment Israël (les yéyés, Johnny, Sylvie, Richard Anthony etc... etc...). Du coup la radio francophone d'Alger qui les passait à longueur de journée les a tous blacklistés et on en a été définitivement débarrassés !
Je me rappelle très bien de la guerre des six jours, même si j'étais pré adolescent à l'époque.
Il faut reconnaître que tous les médias (radio, journaux et sûrement TV que je n'avais pas) ne parlaient que du "courage du petit peuple israélien" attaqué de toutes parts par de nombreux ennemis.
Moshe Dayan était même devenu quasiment un héros :
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« Les Egyptiens attaquent Israël », titre France-Soir ce 5 juin 1967. En fait, à l’heure où le quotidien sort sa première édition, c’est Israël qui a pris l’initiative, détruisant au sol l’aviation égyptienne. Ainsi commence une « guerre préemptive » (lire « Empire, stratèges et conflits ») au terme de laquelle Israël aura quadruplé son territoire, occupant la Cisjordanie, Jérusalem-Est, le Sinaï et le Golan. Le mensonge est si gros que, pour sa seconde édition, le journal de Pierre Lazareff rectifie – si l’on ose dire – le tir : « C’est la guerre au Moyen-Orient », affiche désormais sa « une ».
Caricatural, cet exemple symbolise l’attitude de l’essentiel de la radiotélévision et de la presse face à la guerre des six jours : plusieurs mois durant, la fin – la défense d’Israël – a justifié les moyens – jusqu’aux manipulations les plus flagrantes...
Dans les mois qui précèdent le conflit, les médias ont présenté les décisions du président égyptien Gamal Abdel Nasser (lire « Erreurs tactiques, choc de stratégies ») comme une tentative d’annihilation de l’Etat juif. Même Le Canard enchaîné s’est laissé aller : le 31 mai, sous le titre « Vers la solution finale du problème d’Israël », il écrit que « le Raïs (nom égyptien du Führer) déclare solennellement, devant les représentants de la presse mondiale, que si Israël bouge seulement le petit doigt, il sera procédé à sa destruction totale, sans préciser toutefois par quels moyens (fours crématoires ? chambres à gaz ?) ».
A l’heure de l’offensive israélienne, on l’a vu, c’est le monde arabe que les journalistes accusent d’agression. Le 6 juin, le quotidien socialiste Le Populaire titre encore : « Attaqué de toutes parts, Israël résiste victorieusement ». Et, à l’issue du conflit, cette posture prétendument défensive justifiera les conquêtes de l’armée de Tel-Aviv. Combat célèbre, le 8 juin, « Le fantastique bilan de l’armée d’Israël ».
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De Gaulle et son gouvernement sont isolés dans leur attitude assez neutre, et violemment critiqués par les socialistes et le clan Servan-Schreiber (Nuvo, si tu nous lis !)
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L’image donnée par Le Monde, principalement à travers les déclarations de son ministre des Affaires étrangères, M. Couve de Murville, et du Général de Gaulle, est celle d’une diplomatie ambiguë : d’abord en phase avec celle des États-Unis avant le conflit, quoiqu’appréciée par les capitales arabes, puis en phase avec celle de l’URSS après le conflit, et dénoncée par Israël et ses soutiens en France. La France observe officiellement une position neutre qui est vue comme une rupture par rapport à la tradition de soutien à Israël : le 12 mai, M. Alphand, secrétaire général du Quai d’Orsay, rappelle que « la France entend observer une stricte neutralité dans les querelles qui divisent le monde arabe ». Le gouvernement ne manque pas de rappeler son soutien au principe de l’existence d’Israël (26 mai, 3 juin) et, dans les faits, sa « neutralité » s’accommode de ventes d’armes à Israël - avérées au moins avant le déclenchement des hostilités (31 mai).
Le 3 juin, la déclaration du président français irrite Israël : « L’État qui le premier emploierait les armes n’aurait pas l’approbation de la France ». Le refus français de s’associer à une déclaration sur la liberté de navigation dans le golfe d’Aqaba « consterne Israël » (4−5 juin). Après les combats, « aucun fait accompli au Moyen- Orient ne saurait être tenu pour acquis » (16 juin). « [La France] condamne l’ouverture des hostilités par Israël » (De Gaulle, 22 juin). Le fossé semble se creuser ; ainsi dans l’interview de Lévy Eshkol, publiée le 8 juillet : « Je suis convaincu que le gouvernement français et le général de Gaulle reviendront à leurs premières amours. […] Si l’embargo français [sur les ventes d’armes vers le Proche-Orient] se poursuit, Israël cherchera d’autres sources d’approvisionnement. »
- La position des partis politiques et des personnalités en France
La mobilisation militante semble très inégale. Certes, un rassemblement de la GUPS [3] à la Mutualité est évoqué le 20 mai (« Le sionisme et Israël sont dénoncés au cours d’une réunion à la Mutualité »), et de prestigieuses signatures ont accès aux colonnes du Monde, à la rubrique « Points de vue » : le 2 juin, Jacques Berque [4] écrit « Pour une solution du problème palestinien ». Maxime Rodinson [5] se fait l’avocat d’un « Vivre avec les Arabes » (4−5 juin). Ces deux intellectuels fondent un Groupe de recherche et d’action pour le règlement du problème palestinien (18−19 juin). Le 8 juin, Claude de Boisanger, ancien représentant de la France à la commission de conciliation des Nations unies pour la Palestine, propose de « Repenser l’affaire palestinienne ». Le 13 juin, P. Vidal-Naquet signe « Après ».
Mais l’essentiel du soutien va à Israël, d’abord en espérant influencer la position du gouvernement français, ensuite en la dénonçant. Le 26 mai, M. J.Cl. Servan-Schreiber [6] crée le Rassemblement français pour Israël ; Force Ouvrière affirme sa solidarité avec la Histadrout [7] et les travailleurs de « ce pays libre, entouré d’États hostiles ». L’édition du 2 juin évoque un télégramme de solidarité adressé par Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO, à Golda Meir [8], puis une « manifestation de solidarité devant l’ambassade d’Israël » qui réunit plusieurs dizaines de milliers de personnes derrière le général Koenig [9]. Le 4 juin, Gaston Deferre, présidant à Marseille une réunion du Comité de soutien français à Israël, déclare : « nos amis de la Fédération [de la Gauche démocrate] et moi avons choisi notre camp : nous sommes pour Israël. Nasser est à nos yeux un dictateur ». Le 6 juin, D. Mayer [10] dit sa honte quant à la position de la France. Des cortèges sont organisés un peu partout en France en faveur d’Israël, et six députés français s’envolent vers Tel Aviv (07÷06). Giscard d’Estaing [11] signe un appel du Comité de solidarité française avec Israël.
Le Monde rapporte régulièrement les diverses réactions de la presse et des partis politiques : le journal Le Populaire (proche de la SFIO), l’Alliance Républicaine (Tixier-Vignancourt) et le Centre Démocrate (Lecanuet) condamnent « l’alignement de la France sur Moscou » (24÷06). L’Humanité s’en prend à la gauche française non-communiste, accusée d’impérialisme, et notamment à Jean-Paul Sartre, en « dénonçant les ravages de l’idéologie sioniste » (30 juin). Le 1er juillet, Guy Mollet dénonce « Nasser [qui] a employé les mêmes procédés qu’Hitler ».
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Dans un tel déchaînement médiatique, on ne peut donc pas trop en vouloir aux "yéyés"
la démocratie et la souveraineté nationale sont comme l’avers et le revers d’une même médaille.