Capet a écrit:Tiens puisqu'on parle de main d’œuvre à bas coût qui serait un bien pour le pays, est-ce que Didier tu pourrais expliquer comment ça se passe dans le monde du BTP ou de l'industrie en Suisse ?
Honnêtement, je connais peu le monde du BTP et de l'industrie. Dans le bâtiment, on a une bonne proportion de portugais, italiens, espagnols, surtout dans les postes demandant des qualifications. Le principal souci à l'heure actuelle, avec les accords bilatéraux avec l'UE, est que de plus en plus de marchés sont remportés par des entreprises européennes, qui amènent leur personnel avec eux le temps du contrat, les paient une misère et les logent dans des containers ou des hôtels miteux et les entreprises échappent bien souvent aux contrôles.
Dans l'industrie, en Suisse Romande, surtout dans les régions françaises, la baisse sur les salaires s'est faite en engageant des frontaliers, surtout des français.
Capet a écrit:Quand j'ai été y faire quelques visites avant l'été j'ai posé la question concernant les chantiers et ça se passe pas du tout comme ici, pas le même genre de rapports entre les personnels. Et quand j'ai demandé s'il y avait une communauté qui pouvait être stigmatisée (comme les maghrébins en France ou les turcs en Allemagne) eh bien on m'a dit que ce n'était pas du tout le cas... En se baladant dans les villes j'ai vu un peu de tout, mais pas de quartiers comme on pourrait en voir en France. Y'en a peut-être mais ils doivent être rares...
A l'heure actuelle, et je parle de la Suisse Romande, le ras-le-bol de la population s'exprime, du point de vue économique, à la fois envers les frontaliers (français pour la majorité) qui sont de plus en plus nombreux et à tous les échelons (ouvriers, infirmières, cadres...etc...) qui "piquent" le boulot des Suisses et envers les expatriés des multinationales qui "piquent" le boulot des Suisses et faussent le marché du logement en occupant des appartements et en payant des loyers élevés qui augmentent les prix sur le marché. Dans le Lavaux (le vignoble après Lausanne) notamment, les riches anglo-saxons ont achetés un nombre impressionnant de propriétés.
Au niveau de la criminalité, les communautés vues comme "fauteuses de trouble" sont les Maghrébins et les Albanais. Le souci, ce sont des gens sans papiers, et même si on arrive à les renvoyer dans leur pays d'origine, ils s'arrangent pour revenir et, bien entendu, la faute en revient également à la justice bien trop laxiste.
Il faut dire aussi, que globalement, les gens sont habitués à cotoyer un nombre important d'étrangers, et que les étrangers sont de toutes les classes sociales et d'énormément de pays, il y a des diplomates et des femmes de ménage, des cadres et des ouvriers, des réfugiés....etc...
Dans l'ensemble, je dirai que cela se passe plutôt bien, et c'est vrai, je ne sais pas si cela est dû à la taille des villes ou à la volonté des autorités d'avoir des villes "propres en ordre", une intégration et une mixité réussie mais il n'y a pas de barres d'immeubles et de quartiers laissés à l'abandon. Je dirai aussi que cela se passe bien car le taux de chômage était par exemple à Genève à 4.8 %, ce qui est l'un des plus hauts de Suisse. Donc il y a de bonnes perspectives pour tout le monde, et peu de gens qui se trouvent livrés à eux-même, avec comme seul activité de trainer dans les rues (je caricature).
Après, c'est sûr qu'il y a toujours des personnes pour penser que les étrangers sont la source et la cause de tous les problèmes, mais, à l'heure actuelle, je dirai que les gens ont plus une dent envers les multinationales qui viennent avec leurs cadres, obtiennent des avantages fiscaux, engagent en définitif peu de personnel local, font des millions de bénéfice et, au bout d'un moment, dégraissent et licencient à tour de bras et aussi sur les riches qui sont au bénéfice de fameux forfait fiscal et qui donc paient beaucoup moins d'impôt que les Suisses.
Sur Genève spécifiquement, vu la proximité de la frontière, certaines personnes ont également une dent contre les frontaliers français qui "piquent" de plus en plus le travail des Suisses et les entreprises qui engageraient en priorité des frontaliers pour faire baisser les salaires.
Mais ce n'est que mon avis et des impressions que je glane ici et là....
« Par exemple, le football, on y joue dans des endroits spéciaux. Il devrait y avoir des terrains de guerre pour ceux qui aiment mourir en plein air. Ailleurs on danserait et on rirait » (Roger Nimier)