Modérateurs: Garion, Silverwitch


Mufasa a écrit:Je veux dire: c'est une occupation militaire étrangère. Je ne vois pas comment la monarchie peut garder une once de légitimité après ce coup-là. Cela dit je ne connais pas la mentalité des Bahreinis.



Cortese a écrit:Les insurgés de Benghazi ne sont pas le gouvernement légal (reconnu à l'ONU) de la Libye, c'est celui de Kadhafi. Pour passer outre, il faudrait une décision de l'ONU. Comme il est impossible de remettre en question ce fondement du Droit International, Kadhafi reste le représentant légitime des Libyens, et si la France seule envoyait ses avions contre lui, c'est elle qui pourrait être passible de sanctions internationales pour guerre illégale.


Mufasa a écrit:Absolument, quoique plusieurs diplomates libyens dans les ambassades et à l'ONU se sont tourné contre Kadhafi lorsque la rébéllion a éclaté et que l'effondrement du régime semblait probable. (Je me demande ce qu'il en est de ces diplomates maintenant que Kadhafi mate l'insurrection.)
Mufasa a écrit: Mais une intervention de la France serait dans la foulée et dans la logique de sa reconnaissance du régime de Benghazi. Un peu comme les russes sont les seuls à reconnaître l'indépendance des "provinces rebelles" géorgiennes, et sont même intervenus en Géorgie en 2008.

Cortese a écrit:Les insurgés de Benghazi ne sont pas le gouvernement légal (reconnu à l'ONU) de la Libye, c'est celui de Kadhafi. Pour passer outre, il faudrait une décision de l'ONU. Comme il est impossible de remettre en question ce fondement du Droit International, Kadhafi reste le représentant légitime des Libyens, et si la France seule envoyait ses avions contre lui, c'est elle qui pourrait être passible de sanctions internationales pour guerre illégale.

silverwitch a écrit:Mufasa a écrit: Mais une intervention de la France serait dans la foulée et dans la logique de sa reconnaissance du régime de Benghazi. Un peu comme les russes sont les seuls à reconnaître l'indépendance des "provinces rebelles" géorgiennes, et sont même intervenus en Géorgie en 2008.
C'est un résumé un peu tendancieux, quand même ! La France n'a ni intérêts spécifiques, ni frontières communes, ni relations culturelles et ethniques étroites avec une partie de la population libyenne. Et l'on peut quand même remarquer que c'est la Géorgie qui a choisi d'attaquer des soldats de la force de paix en Ossétie du Sud.

Mufasa a écrit:Comparaison un peu spécieuse tant les situations sont différentes, mais je m'intéresse au point commun: une affaire interne géorgienne en 2008, une affaire interne libyenne en 2011.
Mufasa a écrit:Ce que je veux dire, c'est que la France malgré une telle ingérence n'écoperait pas de sanctions internationales si elle intervenait en faveur des insurgés, peu importe ce qu'en dit le droit international. Imaginez-vous Obama et Cameron soutenir des sanctions contre la France pour être intervenu en Libye, et essayer d'expliquer ça à leur concitoyens, ultra-majoritairement favorables aux insurgés ? Je ne parle pas des Italiens, qui le mois dernier ont unilatéralement répudié le traité d'amitié et de non-agression italo-libyen 2008, dans lequel Kadhafi avait arraché une compensation monétaire pour les dommages infligés par l'Italie lors de la colonisation.
Mufasa a écrit:A titre personnel je ne souhaite pas d'intervention (et je pense qu'elle n'aura pas lieu), même si je m'attriste de ce formidable coup d'arrêt au "printemps arabe" de l'année 2011. Et à l'exemple que Kadhafi donne aux hommes forts de la région: n'abdiquez pas, écrasez toute voix discordante dans le sang.

Cortese a écrit: Paradoxalement c'est Obama qui passe pour le plus honnête des gouvernants occidentaux.

Kôôl-x a écrit:Ah bon ? Comment ça ? Quel intérêt ?

Cortese a écrit:J'étais en Algérie au moment du déclenchement de l'insurrection et je suivais les informations sur les chaines arabes (comme dit Fouad, elles sont bien meilleures que les françaises). Au début, les gens étaient tous content de voir virer ce clown de Kadhafi, mais au fil des déclarations des insurgés et des pays occidentaux, l'opinion m'a semblé devenir de plus en plus méfiante. En fait le mécanisme est simple : dès que les Etats occidentaux menacent un régime d'un Etat faible de sanctions militaires, l'opinion se retourne contre eux, vu le niveau de crédibilité sensiblement égal à zéro des diplomaties occidentales depuis la guerre d'Irak. Il restait la France de Chirac et Villepin, mais ce dernier réduit a été démoli par qui vous savez. Paradoxalement c'est Obama qui passe pour le plus honnête des gouvernants occidentaux.

Cortese a écrit:Obama est en train de réussir un tour de force : restaurer la crédibilité et le prestige US sans rien céder sur le fond. Finalement c'est à croire que les gens sont résignés et que tout ce qu'ils demandent c'est qu'on leur parle gentiment, qu'on y mette les formes. C'est peut-être ça le respect du fort envers le faible, et vice versa.

Alzam a écrit:
Le problème me semble simple.
Comment Khadafi présenté comme le modèle du monstre terroriste jusqu'en 2005 peut-il être soudainement devenu le Khadafi ami de sarkozy, frère de Ollier et père spirituel de Boillon depuis 2007 ?
Cela revient à évoquer la perception de Saddam Husein ou Milosevic, tour à tour amis éclairés et despotes sanguinaires au gré de leurs inféodations.
Cela amène aussi à quelques sentiments :
- Le sentiment d'une Europe naine incapable d'adopter une attitude claire face à la crise lybienne et arabe en générale. Il n'y a aucune force dans l'Europe, aucune solidarité, aucun sens commun à part celui de brutaliser ses éléments rendus les plus vulnérables par une crise qu'ils n'ont pu que subir.
L'Europe ne s'est montrée forte que pour rosser les Grecs, les Irlandais... et leur imputer la responsabilité de leurs tracas.
En tous cas... Khadafi et les siens en reprenant la direction des opérations en lybie face au CNT reconnu par Sarko et son ministre des affaires étrangères auto-proclamé Bernard henri lévy ont adressé un sacré doigt d'honneur à la France et à l'Occident en général.
- D'un autre côté, comment accepter une intervention européenne dans les affaires de la Lybie quand dans le même temps on laisse Israël perpétrer ses crimes en Cisjordanie ou à gaza ? Aun nom de quelle équité ? de quel humanisme s'il est à géométrie variable ?
- Il aurait été au final tellement plus simple que Khadafi n'ait pas la possibilité d'opposer aux résistances légitimes d'une partie de son peuple la force de frappe dont l'a si grassement doté l'Occident, sans la moindre vergogne quant à l'identité et à la nature du client.
- Enfin, un président qui se vante, le sabre (de ses soldats) au clair, d'aller mater lui-même le régime de khadafi en engageant "SES" forces militaires dans le conflit, je trouve ça ahurissant. Ce mec est complètement fou... et dangereux.

Alzam a écrit:- D'un autre côté, comment accepter une intervention européenne dans les affaires de la Lybie quand dans le même temps on laisse Israël perpétrer ses crimes en Cisjordanie ou à gaza ? Aun nom de quelle équité ? de quel humanisme s'il est à géométrie variable ?
- Il aurait été au final tellement plus simple que Khadafi n'ait pas la possibilité d'opposer aux résistances légitimes d'une partie de son peuple la force de frappe dont l'a si grassement doté l'Occident, sans la moindre vergogne quant à l'identité et à la nature du client.
silverwitch a écrit:Cortese a écrit: Paradoxalement c'est Obama qui passe pour le plus honnête des gouvernants occidentaux.
Alors même qu'on peut supposer que la position française adoptée par le président Sarkozy lui a probablement été soufflée par les américains...
Silverwitch

Cortese a écrit:Alzam a écrit:- D'un autre côté, comment accepter une intervention européenne dans les affaires de la Lybie quand dans le même temps on laisse Israël perpétrer ses crimes en Cisjordanie ou à gaza ? Aun nom de quelle équité ? de quel humanisme s'il est à géométrie variable ?
- Il aurait été au final tellement plus simple que Khadafi n'ait pas la possibilité d'opposer aux résistances légitimes d'une partie de son peuple la force de frappe dont l'a si grassement doté l'Occident, sans la moindre vergogne quant à l'identité et à la nature du client.
Je m'étonne que tu fasse un parallèle entre la situation en Libye et en Palestine ! Ce sont des cas diamétralement opposés. Vis à vis du droit (et on a tous intérêt à le défendre), l'intervention occidentale en Libye serait illégale (et rien n'interdit de vendre des armes à un Etat en paix comme l'était la Libye jusqu'à cet hiver), par contre l'intervention militaire en Palestine contre Israël est une obligation, depuis 60 ans (pour ne pas dire depuis 1948 en fait) pour faire respecter les décisions de l'ONU, votée par ces mêmes Etats occidentaux. En fait, légalement, l'Occident ne pourrait intervenir militairement en Libye qu'à la demande du gouvernement légal, c'est à dire de Kadhafi ! On pourrait trouver ça absurde, mais je rappelle que le gouvernement du Front Populaire avait froidement laissé tomber le gouvernement LEGAL de l'Espagne en 1936, laissant les fascistes franquistes s'emparer du pouvoir.
En résumé, les Etats occidentaux violent le droit en n'intervenant pas en Palestine, ils l'auraient violé en intervenant en Libye.

silverwitch a écrit:Cortese a écrit:Obama est en train de réussir un tour de force : restaurer la crédibilité et le prestige US sans rien céder sur le fond. Finalement c'est à croire que les gens sont résignés et que tout ce qu'ils demandent c'est qu'on leur parle gentiment, qu'on y mette les formes. C'est peut-être ça le respect du fort envers le faible, et vice versa.
Si l'on peut apprécier la politesse d'Obama, ou même sa considération pour les peuples arabo-musulmans, rien ne permet de penser que la politique américaine connaîtra une inflexion profonde, tant qu'elle est commandée par la défense des intérêts israéliens et par l'établissement de rapports de force vis à vis de la Russie et bientôt de la Chine.
Mais je crois aussi que la nouvelle communication américaine offre une chance unique aux peuples arabes, celle de s'offrir des révolutions nationale s sur le modèle latino-américain, que les américains sont pour le moment incapables de renverser.
Silverwitch

Alzam a écrit:Cortese a écrit:Alzam a écrit:- D'un autre côté, comment accepter une intervention européenne dans les affaires de la Lybie quand dans le même temps on laisse Israël perpétrer ses crimes en Cisjordanie ou à gaza ? Aun nom de quelle équité ? de quel humanisme s'il est à géométrie variable ?
- Il aurait été au final tellement plus simple que Khadafi n'ait pas la possibilité d'opposer aux résistances légitimes d'une partie de son peuple la force de frappe dont l'a si grassement doté l'Occident, sans la moindre vergogne quant à l'identité et à la nature du client.
Je m'étonne que tu fasse un parallèle entre la situation en Libye et en Palestine ! Ce sont des cas diamétralement opposés. Vis à vis du droit (et on a tous intérêt à le défendre), l'intervention occidentale en Libye serait illégale (et rien n'interdit de vendre des armes à un Etat en paix comme l'était la Libye jusqu'à cet hiver), par contre l'intervention militaire en Palestine contre Israël est une obligation, depuis 60 ans (pour ne pas dire depuis 1948 en fait) pour faire respecter les décisions de l'ONU, votée par ces mêmes Etats occidentaux. En fait, légalement, l'Occident ne pourrait intervenir militairement en Libye qu'à la demande du gouvernement légal, c'est à dire de Kadhafi ! On pourrait trouver ça absurde, mais je rappelle que le gouvernement du Front Populaire avait froidement laissé tomber le gouvernement LEGAL de l'Espagne en 1936, laissant les fascistes franquistes s'emparer du pouvoir.
En résumé, les Etats occidentaux violent le droit en n'intervenant pas en Palestine, ils l'auraient violé en intervenant en Libye.
Je ne fais aucun parallèle.![]()
Je dis juste qu'une communauté internationale qui n'a jamais reconnu et puni les crimes d'Israël ni fait appliquer les propres résolutions de l'ONU, pourtant à priori quand elles ont été éditées favorables à Israël, cette communauté, quelque civilisée qu'elle s'auto-proclame n'est certainement pas justifiée à intervenir dans les affaires intérieures d'un pays.
Si ce n'est en évitant de vendre des armes d'élite à un gars dont on sait pertinemment qu'il yoyotte de la touffe... devenu miraculeusement notre ami par la grâce de ses pétrodollars.
Ceci dit, je suis malgré tout consterné de voir ce mirage du printemps de Cyrénaïque maté aussi promptement et sauvagement par la grâce de nos mirages bien réels eux.
silverwitch a écrit:Mufasa a écrit:Comparaison un peu spécieuse tant les situations sont différentes, mais je m'intéresse au point commun: une affaire interne géorgienne en 2008, une affaire interne libyenne en 2011.
Je comprends, mais malgré tout le rapport entre les deux n'est toujours pas évident: affirmer que l'Ossétie du Sud est une affaire interne géorgienne est une position différente: Moscou fait partie des capitales qui ont reconnu l'indépendance et la souveraineté de ce territoire.
Mufasa a écrit:A titre personnel je ne souhaite pas d'intervention (et je pense qu'elle n'aura pas lieu), même si je m'attriste de ce formidable coup d'arrêt au "printemps arabe" de l'année 2011. Et à l'exemple que Kadhafi donne aux hommes forts de la région: n'abdiquez pas, écrasez toute voix discordante dans le sang.
Oui, mais la situation n'est-elle pas un peu différente en Libye ? On feint de croire que seule la détermination, pour ne pas dire la folie, de Kadhafi lui permet de se maintenir au pouvoir, faisant fi d'ignorer que la situation libyenne n'est pas la situation tunisienne ou égyptienne, ni sur le plan national, ni sans doute dans les revendications de l'insurrection, largement composée de hiérarques du régime, pas plus qu'on ne prend en compte que si Kadhafi se bat, c'est bien qu'il s'estime légitime. D'une manière ou d'une autre, si son régime doit tomber, il tombera.

Cortese a écrit:Soit.
Mais je suis toujours aussi sceptique sur ce qu'on reproche concrètement à Kadhafi. On parle d'une vingtaine de morts dans la dernière "bataille". C'est triste, mais j'appelle pas ça de la sauvagerie. Je m'interroge aussi sur ce "printemps" libyens. C'est qui c'est insurgés, ils veulent quoi ? Le moins que l'on puisse dire c'est que les précédents en Europe de l'Est ou en Iran devraient nous inciter à la prudence. Une révolution pro-américaine ne me dirait rien qui vaille.
Ce qui est sur c'est que Kadhafi, jusque dans les années 2000 était clairement dans le camp anti-impérialiste. Je rappelle qu'il a été bombardé par l'aviation américaine et qu'une de ses filles a été tuée ainsi.
Mufasa a écrit:Oui, mais Moscou est la seule capitale a l'avoir fait. Pour le reste du monde, l'Ossétie du Sud se trouve en Géorgie. Pareillement, selon la France, Benghazi est le gouvernement légitime de la Libye. Pour le reste du monde, c'est celui de Kadhafi.
Mufasa a écrit:La situation est aujourd'hui est très différente, puisqu'on a assiste à une (courte) guerre civile sur le territoire libyen. Par contre, même si la Libye est différente de l'Egypte, qui est différente de la Tunisie, je pense que l'insurrection libyenne faisait suite aux mouvements égyptien et tunisien et suivait grosso modo le même modèle (manifestations, facebook, effet boule de neige), avant de se muter en insurrection armée avec une base territoriale.
Mufasa a écrit:Actuellement, Kadhafi gagne la guerre, non en raison de sa légitimité ou de son illégitimité, mais parce qu'il est mieux armé, a davantage de ressources, une force de frappe plus importante que les insurgés.

silverwitch a écrit:Mufasa a écrit:Oui, mais Moscou est la seule capitale a l'avoir fait. Pour le reste du monde, l'Ossétie du Sud se trouve en Géorgie. Pareillement, selon la France, Benghazi est le gouvernement légitime de la Libye. Pour le reste du monde, c'est celui de Kadhafi.
Non, la Russie n'est pas le seul pays à avoir reconnu l'Ossétie du Sud, de mémoire on peut ajouter au moins le Vénézuéla. Mais ce n'est pas la question: la Russie a reconnu l'indépendance de ce territoire après une agression déclenchée par la Géorgie à l'encontre des troupes russes de maintien de la paix suite à un accord international. Ta comparaison me paraît donc des plus maladroites...
Mufasa a écrit:La situation est aujourd'hui est très différente, puisqu'on a assiste à une (courte) guerre civile sur le territoire libyen. Par contre, même si la Libye est différente de l'Egypte, qui est différente de la Tunisie, je pense que l'insurrection libyenne faisait suite aux mouvements égyptien et tunisien et suivait grosso modo le même modèle (manifestations, facebook, effet boule de neige), avant de se muter en insurrection armée avec une base territoriale.
Rien n'interdit de penser que la mise en avant des ressemblances masque des différences significatives quant à la légitimité populaire de l'insurrection.


Mufasa a écrit:C'est possible. Je la clarifie néanmoins:
1. La Russie attaque et envahit un pays souverain et pénétre profondément (excusez mes choix lexicaux) dans son territoire bien au-delà d'une simple action défensive; 2. La Russie reconnaît unilatéralement et seule une province sécessioniste, partie intégrante de la Géorgie selon l'ONU et ses membres; 3. Malgré cela, la Russie n'écope pas de sanctions internationales.
1. La France reconnaît unilatéralement et seule un gouvernement insurrectionnel libyen opposé au gouvernement universellement reconnu par l'ONU et ses membres; 2. La France intervient militairement en Libye à la demande des insurgés; 3. Malgré cela, la France n'écope pas de sanctions internationales. (2 et 3 sont pour l'instant de la fiction)
Mufasa a écrit:La "légitimité populaire" de toute insurrection (ou mouvement populaire) est compliquée pour ne pas dire impossible à mesurer. Et cette question devrait se poser au sujet de tous les pays insurgés: la Libye autant l'Egypte, la Tunisie, Bahrain, et le Yémen. De même que l'Iran en 2009. D'une part, quelle est l'attitude de la "majorité silencieuse" dans chacun de ces pays ?

silverwitch a écrit:Pour ma part, ma position est arrêtée, je ne crierai pas haro sur le baudet.
Silverwitch
Cortese a écrit:silverwitch a écrit:Pour ma part, ma position est arrêtée, je ne crierai pas haro sur le baudet.
Silverwitch
C'est exactement ma position. Je repense à la célèbre fable de La Fontaine chaque fois qu'il s'agit des relations arabo-occidentales.
Shoemaker, je ne vais pas te faire des leçons de politique. J'essaye de m'en tenir aux faits. D'autre part je me demande quelle alternative pourrait être raisonnablement envisageable sans tomber de Charybde en Scylla, sachant que tout pays ayant adopté les coutumes politiques occidentales (la démocratie parlementaire, la presse "libre", la séparation des pouvoirs, les droits-de-l'homme et "pati-couffin" comme disait mon père, il aurait fallu des guillemets partout mais j'ai la flemme) est devenu invariablement une annexe de l'Empire (à l'exception du Venezuela, avec dans son sillage peut-être l'Amérique Latine, mais jusqu'à quand ?), exactement comme nous le prédisait notre prof de philo, Mr Maschino (qui était anti-stalinien, plutôt PSU du temps où le PSU était de gauche) en 1971, au sujet du Chili. Je sais que tu détestes par dessus tout le stalinisme (et par extension les dictatures de gauche, Kadhafi ou Boumédiène), mais je suis un plus grand sceptique que toi, voilà tout. Comme disait l'autre, faire de la politique c'est choisir entre deux mauvaises solutions. Je dirais, étant un optimiste invétéré, que la politique ça consiste à choisir entre une mauvaise solution et une moins mauvaise tout en ignorant laquelle est quoi.
Shoemaker a écrit:Oui, je connais bien tes arguments, nous en avons souvent discuté : un pessimisme total quant à l'aptitude des arabes de devenir plus ou moins "démocrates" et "modernes", comme on dit... Alors, qu'ils croupissent pour les temps à venir, sous le joug stalinien, qui n'est pas si terrible que ça au fond.
Je dis une seule chose : c'est que les charmes de la stagnation ont des limites. Tu n'es pas optimiste du tout : tu prônes une stagnation éternelle issue de la guerre froide. Et si je "déteste" les dictatures de gauche (et c'est ton droit de les considérer de gauche, bien que l'ultra réalisme n'excuse ni n'explique tout), je "déteste" encore plus celles de droite, que cela soit clair. Et puis, qui a dit que Khadafi est encore de gauche et anti impérialiste (en supposant qu'il le fut un jour) ? Un mec qui se targue d'avoir aidé Sarko le sioniste à prendre le pouvoir en France ! Non mais t'as vu son remplaçant dynastique, le gangster Seif El Islam ? Soyons sérieux un instant ! (au fait, j'ai une opinion bien plus subtile que tu ne le croies, sur Boum : ne mélangeons pas !).
Moi, je suis optimiste, car je dis : laissons une chance aux Libyens. Peut être qu'en se débarrassant du cocaïnomane Kadhafi, ils auront une chance de vivre d'autres horizons. Toi, tu les condamnes d'avance... Laisse leur une p... de chance ! Sinon, bah, ça ne sera pas pire que sous Khadafi.
Il existe un exemple gros comme le nez au milieu du visage, pour infirmer ton idée que toute aide de l'Empire a une insurrection populaire quelconque, aboutit toujours à une servitude inévitable envers l'Empire : tout l'Occident a lâché le Shah d'Iran pour jouer la carte Khomeyni, escomptant certainement en faire un... SATRAPE ! MAnque de bol, l'Occident a semé Khomeyni, élevé dans les serres de Neaufles le Château, et a récolté Ahmedinejad au final !Ne parlons pas de Gorbatchev-Elstine, donnant au final un beau Poutine (bien que Medvedev essaye de redonner la main à l'Occident...).
Une dernière remarque concernant "les dictateurs de gauche". Le dictateur de droite possède un unique mérite : il ne trahit pas son peuple : il le combat. Le dictateur de gauche, lui, trahit un jour ou l'autre, son peuple. Et c'est vrai, ça, ça fait mal...
Une ultra dernière remarque. Si Kadhafi déplaît tant que ça à l'Empire, pourquoi alors ce dernier est si frileux quant à une éventuelle intervention ? On a vu l'Empire prendre bien moins de précautions hypocrites, lorsque ses intérêts sont en jeux. Là, en plus, l'affaire est parfaite : contrairement à ce qui ce dit, il n'est absolument pas certain que les masses arabes soient contre une telle intervention. Quant aux opinions occidentales, n'en parlons pas : on frôle le 100 pour 100 de "POUR l'intervention".
silverwitch a écrit:Mufasa a écrit:C'est possible. Je la clarifie néanmoins:
1. La Russie attaque et envahit un pays souverain et pénétre profondément (excusez mes choix lexicaux) dans son territoire bien au-delà d'une simple action défensive; 2. La Russie reconnaît unilatéralement et seule une province sécessioniste, partie intégrante de la Géorgie selon l'ONU et ses membres; 3. Malgré cela, la Russie n'écope pas de sanctions internationales.
1. La France reconnaît unilatéralement et seule un gouvernement insurrectionnel libyen opposé au gouvernement universellement reconnu par l'ONU et ses membres; 2. La France intervient militairement en Libye à la demande des insurgés; 3. Malgré cela, la France n'écope pas de sanctions internationales. (2 et 3 sont pour l'instant de la fiction)
J'ai bien compris le parallèle que tu établissais, mais je ne trouve pas qu'il soit approprié ou pertinent. Tu feins de tenir pour rien l'agression militaire géorgienne contre les troupes russes de la force de maintien de la paix en Ossétie du Sud. La réponse militaire de Moscou, aussi puissante voire disproportionnée soit-elle, est une réponse à un acte de guerre. La Russie a été agressée, est-ce le cas de la France ?Mufasa a écrit:La "légitimité populaire" de toute insurrection (ou mouvement populaire) est compliquée pour ne pas dire impossible à mesurer. Et cette question devrait se poser au sujet de tous les pays insurgés: la Libye autant l'Egypte, la Tunisie, Bahrain, et le Yémen. De même que l'Iran en 2009. D'une part, quelle est l'attitude de la "majorité silencieuse" dans chacun de ces pays ?
La question n'a pas à se poser, puisque nous ne sommes pas intervenus militairement pas plus que nous n'avons chois un camp plutôt qu'un autre avant que le pouvoir (ou plus exactement les hommes à la tête de l'état) ne soient tombés. Il faudrait une fois pour toutes accepter que nous n'avons aucune légitimité à nous ingérer dans les affaires internes des autres pays, et que ces ingérences quand elles ont lieu pour des motifs humanitaires masquent le plus souvent des intérêts plus diffus et une politique de puissance où les forts s'arrogent la parole des faibles. La vérité c'est que l'ingérence des grandes puissances dans les affaires des états les plus faibles a pour objet de déguiser une politique d'hégémonie derrière la posture de défense de la liberté. C'est de la propagande, et rien d'autre.
Tiens, je te propose une nouvelle comparaison: qu'aurais-tu dit, qu'auraient pensé les américains si la France avait proclamé en novembre 2000 que Al Gore était le président élu et légitime des États-Unis et qu'il fallait chasser Bush ? J'ajoute que s'il est entendu que Kadhafi est un dictateur, que savons-nous des opposants ? Quelle serait la légitimité de la France de s'engager militairement auprès d'insurgés dont nous ne connaissons ni la légitimité populaire, ni les motivations, pas plus que leurs aspirations réelles ?
Silverwitch

Mufasa a écrit:Il y a confusion: je n'ai pas appelé la France à intervenir en Libye. Mais je m'interrogeais sur l'absence de mesures militaires concrètes de la France en préparation d'une aide militaire envers les insurgés, qui ne serait que la suite cohérente de cette reconnaissance diplomatique unilatérale du gouvernement de Benghazi, et qui, à mon avis, ne risque pas de sanctions internationales. Sinon, pourquoi et à quoi sert cet acte diplomatique de la France ? (Tu as apporté une réponse possible en suggérant que cette reconnaissance est en fait sous-traitée par les Américains.)
Mufasa a écrit:Au sujet d'Al Gore, j'aurais alors pensé que les Français sont débiles, parce que, 1. jusqu'à fin janvier 2001, le seul président élu et légitime est Bill Clinton, et 2. Al Gore s'est lui-même incliné devant la décision de la Cour suprême en début décembre qui a donné la victoire électorale à Bush.

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