La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Ouais_supère le 11 Fév 2010, 00:28

Né quelque part a écrit:Tu n'en démors pas de ta propagande ! Un pas de plus, et tu vas nous comparer Avatar au Juif Süss ! :roll:

Avatar est un film commercial, c'est à dire qui doit rapporter de l'argent. Et on ne prend pas de risque avec un film commercial. On montre ce que les spectateurs veulent voir : des gentils et des méchants, des gentils qui gagnent, un happy end, de l'amu-uuur, on met le tout dans un thème qui est dans l'air du temps, l'écologie, de la nouveauté avec le 3D, du rêve, de l'action, de l'exotisme, on mélange tout ça, et on a un film parfaitement huilé qui donne 2h40 de plaisir et d'évasion.

Si propagande il y a elle est en amont. En aucun cas dans le film.

On manipule de bon peuple avec la peur, pas avec le rêve.

:o


Dans ce cas, il s'agirait davantage de collaboration que de propagande, alors?
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede B.Verkiler le 11 Fév 2010, 11:09

Lo a écrit:
Dr Renard a écrit:Il me semble que tu bases ton analyse sur une erreur fondamentale : en quoi y-a-t-il harmonie entre les espèces vivantes en l'absence de l'Homme?


Evidemment c'est une erreur... Par exemple, prends les pôles et leur faune, le blanc légèrement beigeasse du phoque des neiges sur la banquise jure totalement avec le blanc bleuté de la glace, un ton sur ton plan-plan et pas du tout harmonieux. Alors que grâce au vaillant trappeur, le rouge carmin du bébé phoque pelé vif est en totale vibration avec l'immaculé du paysage, une harmonie audacieuse, vive et totale.


Qui est l'assassin de masse qui a éradiqué les dinosaures et les ammonites? Qui envoie régulièrement des comètes s'écraser sur terre et fait sauter des supervolcans aussi allègrement que des bouchons de champagne, effaçant au passage 90% des espèces vivant sur terre ? L'homme peut-être ?
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Stéphane le 11 Fév 2010, 11:12

C'est pas faute d'essayer pourtant. :D
Ouais_supère a écrit:Stef, t'es chiant
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Silverwitch le 11 Fév 2010, 11:26

Bob Cramer a écrit:
silverwitch a écrit:Tu poses une théorie que tu n'expliques pas. En quoi l'homme serait-il nuisible ? Pourquoi la nature est-elle un bien à préserver ? Où est la limite ? Moi je veux bien que l'on rêve du monde des bisounours, mais il ne faudra pas t'étonner ensuite que le réveil soit brutal. Et si tu veux supprimer les nuisibles, rien ne t'empêche de donner l'exemple, je te laisse faire le premier pas. Moi je compte bien rester encore un peu.

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Mourrons pour des idées, d'accord mais de mort lente


:good

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Cortese le 11 Fév 2010, 11:28

Bob Cramer a écrit:Mourrons pour des idées, d'accord mais de mort lente


Comme Arafat, quoi.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Silverwitch le 11 Fév 2010, 12:14

Né quelque part a écrit:
Tu n'en démors pas de ta propagande ! Un pas de plus, et tu vas nous comparer Avatar au Juif Süss ! :roll:

Avatar est un film commercial, c'est à dire qui doit rapporter de l'argent. Et on ne prend pas de risque avec un film commercial. On montre ce que les spectateurs veulent voir : des gentils et des méchants, des gentils qui gagnent, un happy end, de l'amu-uuur, on met le tout dans un thème qui est dans l'air du temps, l'écologie, de la nouveauté avec le 3D, du rêve, de l'action, de l'exotisme, on mélange tout ça, et on a un film parfaitement huilé qui donne 2h40 de plaisir et d'évasion.

Si propagande il y a elle est en amont. En aucun cas dans le film.

On manipule de bon peuple avec la peur, pas avec le rêve.

:o


Est-ce que tu connais la signification du mot "propagande" ? C'est pourtant très simple: la propagande est la méthode de diffusion d'une doctrine (le message), ou les moyens mis en oeuvre pour propager un message. Je suis donc en opposition complète avec ta dernière phrase: on manipule le Peuple avec la peur et le rêve, et tout le monde sait que le rêve (le "positif") est bien plus efficace. C'est d'ailleurs pour cela que l'essentiel de la domination américaine repose sur la conquête de l'imaginaire ou plus exactement l'extension du "rêve américain" à la planète entière, l'armée américaine n'est que le bras armé de l'imaginaire. Ou pour le dire comme Machiavel (qu'il serait urgent de lire ou de relire), être à la fois renard et lion:

"Puis donc qu'un Prince sache user de la bête, il en doit choisir le renard et le lion; car le lion ne se peut défendre des rets, le renard des loups; il faut donc être renard pour connaître les filets, et lion pour faire peur aux loups. Ceux qui simplement veulent faire les lions, ils n'y entendent rien."

Quant à ta vision des films ou des fictions en général, elle est d'une naïveté confondante. Tu crois vraiment qu'un film ne raconte que l'histoire qui se déroule sous tes yeux ? Tu crois vraiment que les contes de fée parlent vraiment de princesses, de grenouilles et d'animaux qui parlent, ou que le petit chaperon rouge risque de se faire manger par un méchant loup ? Connais-tu le "storyteling" ?

Le Storytelling

Si tu oublies qu'un récit cache toujours l'essentiel de ce qu'il dit, le déguise, l'habille et ment au besoin, alors que sais-tu du monde dans lequel tu vis ? Reviens au sens le plus évident: si je te dis que tu ne sais pas qu'un film comme "Avatar" en dit plus que ce qu'il prétend raconter, alors tu te "racontes des histoires" ! Quand on se raconte des histoires, on se ment. La fiction te piège parce qu'elle dissimule sa subjectivité (un narrateur, celui raconte une histoire) derrière une objectivité de façade (le récit).

Alors cher NQP, je vais te raconter une histoire ancienne, un mythe même: un jour, "Bia", la force, au lieu de frapper, a parlé. Au lieu de se faire craindre en faisant la guerre pour montrer qu'elle était la plus forte, elle s'est mise en représentation. Elle a tenu un discours, un discours qui répète seulement ceci: qu'elle est la justice et la vérité. C'est ça le pouvoir ! C'est le discours que tient la force et tiendra toujours et qui répète que la justice est injuste et que c'est la force qui est juste. Le pouvoir c'est la justice que se donne la force.

Je crains donc que tu n'aies pas compris à quoi servaient les histoires que tu regardes. Tu es un petit poisson dans un grand lac, tu nages aimablement et voilà que tu vois un petit vers qui se trémousse à la surface, barbotant innocent et joyeux. La faim te prend et tu es pris à ton tour. La fiction c'est ça, le leurre que le chasseur porte à son bras pour rappeler le faucon, les appeaux disposés au passage des canards sauvages. Tu as été pris par ton désir même, c'est la puissance du désir qui te condamne à l'impuissance.

C'est l'appétit (le désir de connaissance, figuré en désir d'évasion ou de "divertissement") qui te piège. C'est parce que ton désir de jouir sans entraves d'une plaisante histoire est violent que tu es pris avec d'autant plus de violence, aussi bien que le poisson est pris par ce qui est un mélange entre la faim et la curiosité. Voilà la puissance des films, ce sont des machines humaines qui convertissent la puissance de notre appétit en impuissance. Nous voulons une vie plus juste ? Nous aurons l'ersatz ! Ou pour le dire comme "Avatar", le film nous métamorphose en impuissants, nous fait à l'image du héros, paralysés, tout en nous faisant rêver que nous pouvons marcher, passer dans un autre corps pendant quelques heures. Qu'est-ce d'autre que le cinéma qu'un piège parfait, qui convertit notre force en immobilité par la seule force du rêve, notre puissance en faiblesse ?

Prenons un exemple chez La Fontaine, "Le Renard et le Bouc":

"Capitaine Renard allait de compagnie
Avec son ami Bouc des plus haut encornés.
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ;
L’autre était passé maître en fait de tromperie.
La soif les obligea de descendre en un puits.
Là chacun d’eux se désaltère.
Après qu’abondamment tous deux en eurent pris,
Le Renard dit au Bouc : Que ferons-nous, Compère !
Ce n’est pas tout de boire ; il faut sortir d’ici.
Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi :
Mets-les contre le mur. Le long de ton échine
Je grimperai premièrement ;
Puis sur tes cornes m’élevant,
A l’aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai,
Après quoi je t’en tirerai.
Par ma barbe, dit l’autre, il est bon ; et je loue
Les gens bien sensés comme toi.
Je n’aurais jamais, quant à moi,
Trouvé ce secret, je l’avoue.
Le Renard sort du puits, laisse son Compagnon,
Et vous lui fait un beau sermon
Pour l’exhorter à patience.
Si le Ciel t’eût, dit-il, donné par excellence
Autant de jugement que de barbe au menton,
Tu n’aurais pas à la légère
Descendu dans ce puits. Or adieu, j’en suis hors ;
Tâche de t’en tirer, et fais tous tes efforts ;
Car, pour moi, j’ai certaine affaire
Qui ne me permet pas d’arrêter en chemin.
En toute chose il faut considérer la fin."


Que nous raconte cette histoire ? Demandons au poète lui-même:

"Dites à un enfant que Crassus allant contre les Parthes s'engagea dans leur pays sans considérer comment il en sortirait; que cela le fit périr lui et son armée, quelque effort qu'il fît pour se retirer. Dites à ce même enfant que le Renard et le Bouc descendirent au fond d'un puits pour y éteindre leur soif; que le Renard en sortit s'étant servi des épaules et des cornes de son camarade comme d'une échelle; au contraire le Bouc y demeura pour n'avoir pas eu tant de prévoyance, et par conséquent il faut considérer en tout chose la fin. Je demande lequel de ces deux exemples fera le plus d'impression sur cet enfant."

Tout est dit. Et si tu reprends la fable, tu retrouves en son sein le sens du texte et sa signification. Il suffit de bien lire la fable pour y retrouver l'architecture élémentaire et prosaïque: aux vers 5 (La soif les obligea de descendre en un puits), 21 (Le Renard sort du puits, laisse son Compagnon) et 31 (En toute chose il faut considérer la fin). La narration tient donc en onze vers, habillés de vingt vers de conversations. Et si le récit nous fait de l'effet, c'est parce qu'il a cette forme unique, le dialogue des bêtes, le renard séducteur et railleur, le bouc ébahi et naïf. Même si en fin de compte, le lecteur attentif est mis en garde. Qui parle ? Qui prononce cette dernière phrase, est-ce le renard ou est-ce le poète ? La leçon s'adresse-t-elle au bouc ou aux étourdis, aux naïfs en général ?

C'est pourquoi je te mets en garde, NQP: en toute chose, il faut considérer la fin.

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Nuvo le 11 Fév 2010, 12:52

Génial :-D
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Aiello le 11 Fév 2010, 14:00

Quelqu'un a vu Sherlock Holmes ?
J'ai trouvé certaines scènes (le début et la fin entre autres) un peu trop jamesbondesques, le scénario un peu prévisible, et les décors un peu trop images de synthèse, mais les personnages ont du relief, et au final c'est un bon divertissement.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Lo le 11 Fév 2010, 14:03

B.Verkiler a écrit:
Lo a écrit:
Dr Renard a écrit:Il me semble que tu bases ton analyse sur une erreur fondamentale : en quoi y-a-t-il harmonie entre les espèces vivantes en l'absence de l'Homme?


Evidemment c'est une erreur... Par exemple, prends les pôles et leur faune, le blanc légèrement beigeasse du phoque des neiges sur la banquise jure totalement avec le blanc bleuté de la glace, un ton sur ton plan-plan et pas du tout harmonieux. Alors que grâce au vaillant trappeur, le rouge carmin du bébé phoque pelé vif est en totale vibration avec l'immaculé du paysage, une harmonie audacieuse, vive et totale.


Qui est l'assassin de masse qui a éradiqué les dinosaures et les ammonites? Qui envoie régulièrement des comètes s'écraser sur terre et fait sauter des supervolcans aussi allègrement que des bouchons de champagne, effaçant au passage 90% des espèces vivant sur terre ? L'homme peut-être ?


Toi tu vas te prendre une fatwa, ça va pas trainer !
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Cortese le 11 Fév 2010, 14:04

Oui, mais il y a un problème dans cette argumentation, silverwitch : soit "Avatar" est un film grossier comme tu nous le répète, et dans ce cas pourquoi s'embêter avec un message de propagande qui serait particulièrement subtil, subliminal, soit c'est un film à prendre au premier degré, sans grande subtilité, reflétant l'opinion de son auteur (qui dit clairement par ailleurs que l'Amérique mène des guerres injustes, il est cohérent avec son film). Bien sur tu me diras que Hollywood ne met pas des millions de dollars dans un produit qui desservirait les intérêts du Pouvoir, ce en quoi tu rejoindrais ce que je dis d'habitude (je me souviens qu'il y a quelques années tu disais qu'il n'y avait pas de censure politique à Hollywood). Dans ce cas c'est moi qui suis en contradiction avec mon discours. Par contre, si tu remets le film dans un contexte plus large, tu note qu'il est sorti sous le mandat d'Obama. Et là on se dit : pourquoi le Pouvoir a t-il fait élire Obama (ce qui apparait clairement au vu de ses financements de campagne) ? La réponse me parait simple : l'élection du tiers-mondiste Obama comme le message tiers-mondiste au premier degré du film sont en réalité au service de la propagande du pouvoir américain mais pas de la façon dont tu le décrit, pas dans un message subliminal, qui n'existe pas à mon avis. Il s'agirait plutôt de restaurer la crédibilité du discours du Pouvoir en renouant avec les habitudes de l'avant-Bush. L'Amérique a toujours fonctionné ainsi. Sa violence sociale, son racisme, l'accaparement des richesses, l'agressivité militariste, l'impérialisme, le pillage des ressources naturelles, l'élimination des empires rivaux (Russe, Anglais, Français) ont été et sont habilement dissimulés par un emballage libéral dans lequel Hollywood joue un rôle essentiel (l'activité artistique américaine fonctionne comme une vaste agence de com'). En effet, comme on peut le constater tous les jours en voyant les réactions à mes messages par exemple, les gens sont choqués par l'exposition de la réalité américaine. Au niveau populaire, seuls les gens qui sont directement sous le marteau impérial (Amérique Latine, pays arabes) se rendent compte de la violence de la domination. L'opinion des citoyens occidentaux (chouchoutés par l'Empire pour des raisons stratégiques évidentes) est complètement incrédule.
Je disais donc qu'Obama et "Avatar" témoignent d'une pause dans l'agressivité impériale. La première étape avait été, avec Reagan, la dissolution de l'ordre économique social-libéral hérité de l'après-guerre : triomphe total. Le modèle hayekien est aujourd'hui quasi universel. La deuxième étape fut l'abolition du système légal inter-étatique représenté par l'ONU (c'était le but évident de l'opération "11/9"), l'abolition de l'habeas corpus et la mise sous surveillance des citoyens du monde par l'intermédiaire d'internet. La troisième sera en toute logique l'abolition du suffrage universel.
On peut observer que la deuxième étape n'a pas été la réussite escomptée. La libération de l'agressivité militaire des inhibitions héritées de l'après-guerre mondiale a été un demi-échec : échec américain en Irak (ils ont été obligés d'acheter une pacification relative en payant un tribut aux chefs de tribus) et en Afghanistan (guerre sans fin), échec israélien face au Hezbollah et au Hamas. La guerre contre l'Iran, programmée mais sans cesse reportée, est sans doute la conséquence de l'inefficacité militaire impériale, amenant le doute et la division sur la stratégie en cours au sein même du pouvoir (l'Etat-Major est visiblement divisé et renâcle face au pouvoir civil, l'alignement inconditionnel (fusionnel même) sur Israël est remis doucement en cause (Walt et Marsheimer), rapport Goldstone). Sous Bush, l'Amérique a imprudemment dévoilé sa vraie nature. C'était prématuré. Voilà selon moi ce que dit vraiment "Avatar" en filigrane. La conquête du monde se poursuivra, mais sous des formes adoucies, avec plus de patience.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Silverwitch le 11 Fév 2010, 15:11

Cortese a écrit:Oui, mais il y a un problème dans cette argumentation, silverwitch : soit "Avatar" est un film grossier comme tu nous le répète, et dans ce cas pourquoi s'embêter avec un message de propagande qui serait particulièrement subtil, subliminal, soit c'est un film à prendre au premier degré, sans grande subtilité, reflétant l'opinion de son auteur (qui dit clairement par ailleurs que l'Amérique mène des guerres injustes, il est cohérent avec son film). Bien sur tu me diras que Hollywood ne met pas des millions de dollars dans un produit qui desservirait les intérêts du Pouvoir, ce en quoi tu rejoindrais ce que je dis d'habitude (je me souviens qu'il y a quelques années tu disais qu'il n'y avait pas de censure politique à Hollywood). Dans ce cas c'est moi qui suis en contradiction avec mon discours.


Il convient mettre au jour les différentes strates qui composent le Sens et la Signification du film. Le "sens" répondant à la question, "que veut dire ce film", et la signification à savoir "quelle valeur a ce film"... Oui, je maintiens que "Avatar" est un film esthétiquement (et dialectiquement) grossier par la manière malheureuse dont il même un discours politique manichéen et un récit d'une pauvreté emblématique du monde moderne.

Oui, c'est un mauvais film parce qu'il ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà, sinon des stéréotypes ou une simple consolation virtuelle. Tout cela, j'en parle largement dans mes précédents messages, je ne vois pas trop l'intérêt d'y revenir. Oui, le film est à prendre au premier degré, mais tu es victime d'une ruse de la raison: le premier degré ce n'est pas la critique de l'impérialisme américain (c'est du second degré d'analyse), mais une victoire du Bien contre le Mal. Et jamais dans le film "nous" ne nous identifions au Mal, ce film ne nous concerne donc jamais. Et la contradiction que tu ne veux pas lever, c'est de savoir qui sont les Navis ? Parce qu'ils n'existent pas. Je ne vais pas reprendre une démonstration que je faisais déjà auparavant, mais qui suffit à rendre le film inutile.

Le vrai discours du film est double et j'essayais de le montrer: une consolation virtuelle (où le trajet du héros est celui du spectateur) qui ne peut franchir les limites de l'écran (puisque le monde des Navis est une illusion) qui fait écran à la réalité du monde; et de l'autre la projection du Monde à venir qui demande certes un cheminement plus complexe: les surhommes sont bien la race à venir, et l'avènement de cet homme supérieur ne se fera que par la disparition de l'humanité surnuméraire qui rend le monde magique et paradisiaque des Navis irréalisable autrement. Si tu veux, c'est l'inconscient du film (les oeuvres de fiction ont une forme inconsciente). La propagande est d'autant plus efficace qu'elle est évidemment "écologiste". Qui peut être contre le monde magique des Navis ?

Il suffit de creuser un peu pour voir que le film dissimule la réalité en s'en faisant le double: le film célèbre la techno-science tout en prétendant la dénoncer (ce qui signe doublement la mort du monde irréel des Navis). Que tu tombes dans un tel piège est une grande surprise pour moi. Le film ment ouvertement en montrant le triomphe des peuples indigènes contre les colonisateurs, il recrée un univers parallèle où les Indiens d'Amérique ont triomphé. Et dans quel but ? Toujours le même: consolation virtuelle qui enjoint le spectateur à rester à sa place, bref à transformer la puissance de contestation en impuissance (soit un trajet symétriquement inversé de celui du personnage principal) et paralysie; et préparer les esprits au totalitarisme de demain.

De l'autre côté, il s'agit de recycler dans le virtuel la nostalgie des hommes pour la Nature mutilée, pour une existence plus harmonieuse. La célébration de la Nature qu'opère le film est entièrement artificieuse, virtuelle. Jamais la Nature, l'Altérité n'a été aussi absente d'une représentation. Il n'y a plus d'extériorité, mais une projection. Le film est donc un piège.

Et ce que j'essaye de montrer, c'est que le piège est double:

- Au présent, le film fait écran.

- Au futur, le film cache dans le non-dit de le destin de l'humanité.

Ce que ne nous dit pas le film, c'est qu'il est impossible au présent de traverser l'écran, la vérité c'est qu'en regardant un tel spectacle nous refaisons le trajet inversé du héros du film. Quand nous entrons dans la salle, nous avons encore des jambes (la puissance), nous avons encore l'expérience du monde, mais nous sommes piégés et devenons spectateurs, c'est-à-dire paralysés et impuissants, avec un monde virtuel pour consolation.

Ce que le film nous cache, c'est que ce monde virtuel est bien une possibilité de l'avenir, réel cette fois, mais uniquement pour une minorité, la race supérieure réalisée non par magie, mais par le miracle de la techno-science (que le film fait mine de dénoncer tout en la célébrant), et qu'alors le film se lit de manière renversée quand on sait voir ce qu'il faut voir: les hommes qui quittent la planète la tête basse sont voués à l'extinction, dépassés et inutiles, mais ces méchants hommes c'est toi ou moi ! La masse de l'humanité menace la puissance des forts, il convient donc de maquiller la réalité, et l'habit fera le moine.

Je répète des choses déjà écrites ici, pour faire comprendre ce qui frappe comme l'évidence. Le film invite ouvertement au renoncement, plutôt que de changer la réalité, il nous enjoint de passer entièrement dans la virtualité, d'accepter que le monde est tellement invivable qu'il convient de s'immerger dans l'abstraction de manière encore plus profonde. Ce qu'il ne dit pas, c'est que nous sommes condamnés à être paralysés, un corps inutile, bref le "cerveau dans le bocal" possibilité prophétique de l'humanité dénoncée par Orwell. C'est une monstruosité. Et une monstruosité rendue possible par un long travail d'abrutissement. Comment un spectateur aussi averti que toi peut-il se laisser prendre par un film aussi mauvais, aussi moche, aussi mal fait, aussi peu charismatique ? Parce que tu as été doublement piégé. Par ta conscience politique, qui agit comme un appât et par des procédés narratifs vieux comme le Monde, la juste consolation de la vengeance.

Cortese a écrit: Par contre, si tu remets le film dans un contexte plus large, tu note qu'il est sorti sous le mandat d'Obama. Et là on se dit : pourquoi le Pouvoir a t-il fait élire Obama (ce qui apparait clairement au vu de ses financements de campagne) ? La réponse me parait simple : l'élection du tiers-mondiste Obama comme le message tiers-mondiste au premier degré du film sont en réalité au service de la propagande du pouvoir américain mais pas de la façon dont tu le décrit, pas dans un message subliminal, qui n'existe pas à mon avis. Il s'agirait plutôt de restaurer la crédibilité du discours du Pouvoir en renouant avec les habitudes de l'avant-Bush. L'Amérique a toujours fonctionné ainsi. Sa violence sociale, son racisme, l'accaparement des richesses, l'agressivité militariste, l'impérialisme, le pillage des ressources naturelles, l'élimination des empires rivaux (Russe, Anglais, Français) ont été et sont habilement dissimulés par un emballage libéral dans lequel Hollywood joue un rôle essentiel (l'activité artistique américaine fonctionne comme une vaste agence de com'). En effet, comme on peut le constater tous les jours en voyant les réactions à mes messages par exemple, les gens sont choqués par l'exposition de la réalité américaine. Au niveau populaire, seuls les gens qui sont directement sous le marteau impérial (Amérique Latine, pays arabes) se rendent compte de la violence de la domination. L'opinion des citoyens occidentaux (chouchoutés par l'Empire pour des raisons stratégiques évidentes) est complètement incrédule.
Je disais donc qu'Obama et "Avatar" témoignent d'une pause dans l'agressivité impériale. La première étape avait été, avec Reagan, la dissolution de l'ordre économique social-libéral hérité de l'après-guerre : triomphe total. Le modèle hayekien est aujourd'hui quasi universel. La deuxième étape fut l'abolition du système légal inter-étatique représenté par l'ONU (c'était le but évident de l'opération "11/9"), l'abolition de l'habeas corpus et la mise sous surveillance des citoyens du monde par l'intermédiaire d'internet. La troisième sera en toute logique l'abolition du suffrage universel.


C'est exactement ça ! Et c'est exactement ce que je montre dans ma critique du film de James Cameron et que tu ne vois pas. La politique américaine consiste à dissocier la réalité de sa représentation, et l'élection d'Obama en est la dernière étape, l'objectif est de faire disparaître la réalité sous les représentations.

Plutôt qu'une pause, c'est au contraire une accélération à laquelle nous assistons.

Cortese a écrit:On peut observer que la deuxième étape n'a pas été la réussite escomptée. La libération de l'agressivité militaire des inhibitions héritées de l'après-guerre mondiale a été un demi-échec : échec américain en Irak (ils ont été obligés d'acheter une pacification relative en payant un tribut aux chefs de tribus) et en Afghanistan (guerre sans fin), échec israélien face au Hezbollah et au Hamas. La guerre contre l'Iran, programmée mais sans cesse reportée, est sans doute la conséquence de l'inefficacité militaire impériale, amenant le doute et la division sur la stratégie en cours au sein même du pouvoir (l'Etat-Major est visiblement divisé et renâcle face au pouvoir civil, l'alignement inconditionnel (fusionnel même) sur Israël est remis doucement en cause (Walt et Marsheimer), rapport Goldstone). Sous Bush, l'Amérique a imprudemment dévoilé sa vraie nature. C'était prématuré. Voilà selon moi ce que dit vraiment "Avatar" en filigrane. La conquête du monde se poursuivra, mais sous des formes adoucies, avec plus de patience.


Oui et non. Dans mon précédent message, je citais Machiavel. L'Amérique c'est le renard et le lion, l'erreur de la période Bush a été de croire que la force pouvait supplanter l'imaginaire. D'où l'émergence progressive du discours écologiste qui est la seule solution pour marier imaginaire mondialisé et force. Alors seulement la cohérence de la propagande médiatique apparaît, alors revient la gouvernance mondiale (soit le pouvoir unique des forts) au nom du Bien de la planète qui demande l'éradication de l'humanité inutile.

Alors c'est la fin d'Avatar qui s'éclaire différemment: la forme ultime de manipulation de l'imaginaire. Un bon film nous donne des armes et le désir de nous confronter au Monde. Le film de James Cameron nous enferme, en nous offrant une libération virtuelle et abstraite.

Et c'est pourquoi comme le dit La Fontaine: "en toute chose il faut considérer la fin".

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Shoemaker le 11 Fév 2010, 18:19

Silver,
Donc, si j'ai bien compris (en plus de ce que j'ai deja bien compris !..), dans un premier temps, les Navis n'existent pas.
Ils sont un leure (un piege) qui nous console sur (par exemple) le genocide des Indiens d'Amerique. Ils sont les vecteurs d'une sterile satisfaction : la vengeance virtuelle.

Puis, dans un deuxieme temps (au-dela du piege sus-dit), un deuxieme niveau de lecture plutot, les Navis sont l'Humanite parfaite a venir, celle induite par les agissements de la technoscience... Ils sont ce qui restera de l'Humanite lorsque le gros de celle-ci sera d'une maniere ou d'une autre, passe par pertes et profits, prix a payer pour une planete enfin "redevenue" paradisiaque (rapport incestueux entre l'ecologie et le Pouvoir ultime).

Cortese,
je constate que ton analyse s'est affinee et d'une maniere tres interessante.
En fait, tu es carrement a 180 degre de ta premiere evaluation, ou tu ne voyais qu'une simple attaque contre le Bushisme.
Avatar est "maintenant" donc, une machine a blanchir l'action americaine qui s'etait emballee (devoilee...) sous Bush. Je trouve ta nouvelle analyse extremement interessante.

Eh bien, voila un mauvais film qui nous rend plus intelligents ! (si on en saisit bien les ressorts !)


Ah oui, j'oubliais ...

Le renard et le bouc, de Jean de La Fontaine.
... "Or adieu, j’en suis hors"...
Panzer, tu m'ecriras cette phrase 1000 fois !
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede B.Verkiler le 11 Fév 2010, 18:27

Mais concrètement Silverwitch, comment ça se passe ? Tout ce que tu dis, Cameron y a pensé ? Ou bien "on" l'a aiguillé à son insu, mais qui est ce "on" à ce moment-là ?
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Messagede von Rauffenstein le 11 Fév 2010, 18:38

Shoemaker a écrit:[...]

Le renard et le bouc, de Jean de La Fontaine.
... "Or adieu, j’en suis hors"...
Panzer, tu m'ecriras cette phrase 1000 fois !



Hein ? Que ? Quoi ? Mais je travaille moi, Monsieur !
Le fascisme au fait, c'était pas déjà l'histoire d'un mec en marche qui fascinait les foules avec son culte de la personnalité ?
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Messagede Silverwitch le 11 Fév 2010, 18:48

Shoemaker a écrit:Silver,
Donc, si j'ai bien compris (en plus de ce que j'ai deja bien compris !..), dans un premier temps, les Navis n'existent pas.
Ils sont un leure (un piege) qui nous console sur (par exemple) le genocide des Indiens d'Amerique. Ils sont les vecteurs d'une sterile satisfaction : la vengeance virtuelle.

Puis, dans un deuxieme temps (au-dela du piege sus-dit), un deuxieme niveau de lecture plutot, les Navis sont l'Humanite parfaite a venir, celle induite par les agissements de la technoscience... Ils sont ce qui restera de l'Humanite lorsque le gros de celle-ci sera d'une maniere ou d'une autre, passe par pertes et profits, prix a payer pour une planete enfin "redevenue" paradisiaque (rapport incestueux entre l'ecologie et le Pouvoir ultime).


Voilà.

Aujourd'hui: le spectateur est piégé par le film ou plus exactement par son appétit (au choix: consolation, revanche, divertissement) d'oubli. Le mécanisme du piège est figuré à l'envers dans le film, le héros impuissant (hémiplégique) convertit au prix d'une perte totale d'autonomie (emprisonné dans une boîte et le cerveau relié) sa faiblesse en puissance en traversant l'écran, et en abandonnant la réalité pour un corps virtuel il retrouve sa puissance et l'expression de sa force. Il faudra même sa mort physique pour renaître enfin dans un monde imaginaire. Le spectateur lui abandonne son corps et sa conscience pour être projeté dans un monde imaginaire et virtuel qui le console de son sentiment d'impuissance à agir dans le monde mais en même temps fait écran au Monde, puisque le monde projeté est un monde irréel ou plus exactement un univers parallèle ou alternatif dans lequel le génocide des Indiens d'Amérique (ou de toutes les cultures locales) n'aurait pas été réalisé. Cet univers parallèle (et virtuel) se suffit à lui-même puisqu'il offre la double satisfaction de l'oubli de notre condition réelle et de l'aggravation qu'il provoque. Plus notre désir est grand, plus le piège est efficace et convertit notre puissance en impuissance. On notera que ce transfert s'effectue par la médiation de toujours plus de technique et de science, que ce soit à l'intérieur du film (le processus lui-même) ou à la projection pour le spectateur qui doit lui aussi s'équiper, assister sa vision au virtuel proposé par la technique 3D, donc passer du réel au virtuel par la techno-science.

Conséquence existentielle, le "cerveau dans le bocal" prophétisé par Orwell:

"Il n'y a vraiment aucune raison impérative pour qu'un être humain fasse autre chose que manger, boire, dormir, respirer et procréer; tout le reste pourrait être fait par des machines qui agiraient à sa place. C'est pourquoi l'aboutissement logique du progrès mécanique est de réduire l'être humain à quelque chose qui tiendrait du cerveau enfermé dans un bocal."

Demain: c'est à nouveau un renversement, ou un changement radical de point de vue, passer d'une possibilité virtuelle à une réalité concrète toujours par le biais de la techno-science et de la propagande opérée insidieusement par le film (et tous ses avatars). Au nom d'un Bien supérieur (la Terre notre Mère), éradication de l'humanité surnuméraire parce qu'inutile avec les instruments de la techno-science afin qu'une caste puisse réellement changer de corps. La morale du film est ainsi à l'envers: l'humanité avide dépeinte dans le film est en fait la victime d'un génocide (et si le film garde pudiquement le silence sur le destin des hommes qui repartent la tête basse, nous savons qu'ils sont renvoyés vers une mort prochaine, ils incarnent une humanité dépassée) alors que les oppresseurs (les surhommes que sont les Navis) ont inventé une fable dans laquelle ils étaient menacés par la multitude des hommes anonymes et qui les contraint à s'unir (gouvernance mondiale). Tout est déguisement et métamorphose, c'est le loup qui montre patte blanche. C'est la force qui adopte le point de vue du faible, le vainqueur qui enrôle les génocidés et les cultures éteintes.

En science-fiction, c'est l'avenir qui revient mettre en ordre le passé.

Conséquence existentielle: éradication de l'humanité et traversée de l'écran pour les quelques élus.

Le film de James Cameron est donc à prendre au pied de la lettre et au second degré. Les deux propositions sont également vraies mais les deux ne se comprennent qu'ensemble, parce qu'en toute chose il faut considérer la fin !

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Silverwitch le 11 Fév 2010, 18:57

B.Verkiler a écrit:Mais concrètement Silverwitch, comment ça se passe ? Tout ce que tu dis, Cameron y a pensé ? Ou bien "on" l'a aiguillé à son insu, mais qui est ce "on" à ce moment-là ?


Je ne vois pas pourquoi Cameron ne serait autre chose qu'un jouet, un idiot utile, relais d'autant plus efficace qu'il est inconscient et persuadé de défendre le Bien. La question que tu poses est centrale. Qui parle ? Qui ordonne nos rêves ?

C'est la spirale qui terrifie tout le cinéma de Stanley Kubrick. Quelle est cette force qui se joue de nous et nous contrôle ? Pense à Tom Cruise dans "Eyes Wide Shut" qui traverse un univers cauchemardesque avec le regard de celui qui voit pour la première fois l'horreur de sa condition. "Autre chose" contrôle, détermine et dirige son existence. C'est le bras artificiel du Dr Folamour, qui essaye d'étrangler son propre maître et qui se raidit dans le salut nazi. C'est la fête spectrale de Shining, espace mental où les choses sont là depuis toujours, c'est le corps de l'astronaute dans 2001 perdu à jamais dans le cosmos.

À travers le film de Cameron, c'est toute notre civilisation, sa projection inconsciente qui s'exprime. C'est le système de la techno-science qui transforme et le monde et notre esprit. La technique ne fait pas que changer le monde, elle nous change, nous façonne, nous déconstruit pour nous transformer en cerveau dans un bocal.

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Messagede Shunt le 11 Fév 2010, 20:36

silverwitch a écrit:
B.Verkiler a écrit:Mais concrètement Silverwitch, comment ça se passe ? Tout ce que tu dis, Cameron y a pensé ? Ou bien "on" l'a aiguillé à son insu, mais qui est ce "on" à ce moment-là ?


Je ne vois pas pourquoi Cameron ne serait autre chose qu'un jouet, un idiot utile, relais d'autant plus efficace qu'il est inconscient et persuadé de défendre le Bien. La question que tu poses est centrale. Qui parle ? Qui ordonne nos rêves ?

C'est la spirale qui terrifie tout le cinéma de Stanley Kubrick. Quelle est cette force qui se joue de nous et nous contrôle ? Pense à Tom Cruise dans "Eyes Wide Shut" qui traverse un univers cauchemardesque avec le regard de celui qui voit pour la première fois l'horreur de sa condition. "Autre chose" contrôle, détermine et dirige son existence. C'est le bras artificiel du Dr Folamour, qui essaye d'étrangler son propre maître et qui se raidit dans le salut nazi. C'est la fête spectrale de Shining, espace mental où les choses sont là depuis toujours, c'est le corps de l'astronaute dans 2001 perdu à jamais dans le cosmos.

À travers le film de Cameron, c'est toute notre civilisation, sa projection inconsciente qui s'exprime. C'est le système de la techno-science qui transforme et le monde et notre esprit. La technique ne fait pas que changer le monde, elle nous change, nous façonne, nous déconstruit pour nous transformer en cerveau dans un bocal.

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C'est toujours intéressant de psychanaliser les oeuvres, d'étudier leur inconscient. Je pense effectivement que Cameron est un type armé des meilleures intentions. Il est juste le reflet de préjugés, d'a priori, d'une idéologie. Il n'a pas forcément conscience lui-même de ce qu'il montre et sous-entend.

Ca vaut aussi pour certaines émissions TV. Je vous recommande notamment l'excellente analyse ce mois-ci dans "Technikart" de l'émission "En terre inconnue" de France 2. Pour ceux qui ne connaissent, c'est une émission qui plonge un "people" au sein de tribus ou de peuplades exotiques, présentées comme "pures", "sages", "en osmose avec la nature". Les mecs de "Technikart" appellent ça la "Télé Banania" parce que son apparente bien-pensance dissimule la plus grossière idéologie colonialiste.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Dr Renard le 11 Fév 2010, 21:36

Shunt a écrit:Ca vaut aussi pour certaines émissions TV. Je vous recommande notamment l'excellente analyse ce mois-ci dans "Technikart" de l'émission "En terre inconnue" de France 2. Pour ceux qui ne connaissent, c'est une émission qui plonge un "people" au sein de tribus ou de peuplades exotiques, présentées comme "pures", "sages", "en osmose avec la nature". Les mecs de "Technikart" appelle ça la "Télé Banania" parce que son apparente bien-pensance dissimule la plus grossière idéologie colonialiste.

Oui, le bon sauvage.
Pourtant j'adore regarder cette émission.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Shoemaker le 11 Fév 2010, 21:47

On traine la culture dont on est issu, parfois, comme un boulet (ball and chain)... Il peut s'averer terriblement difficile de s'affranchir de son propre determinisme culturel. Cameron n'est que le produit de son monde (de notre monde, au point ou nous en sommes). Oui, il est certainement anime par les meilleures intentions, mais en creux apparaissent les "tares", les vices...
Comme l'a parfaitement explique (100 fois !) Silver, comment laisser croire qu'il puisse exister une terre paradisiaque et tout le saint Frusquin ecolo mystique, sans qu'il faille pour cela zigouiller (d'une maniere ou d'une autre) les trois quart des arabes... euh... des gens, etc... C'est... comment dire... automatique !
Comment expliquer que Hollywood, temple ultime de la science propagandaire, accepte de montrer des soldats americains sous un jour si negatif (soldats qui sont le bras arme du systeme, le cote Lion...), si ce n'est en creux, pour nous faire un peu oublier la cruaute de l'Amerique Bushienne, et nous faire passer en travers de la gorge, la couleuvre Obamaienne (le cote renard)...
Le film de Cameron est un gigantesque piege propagandaire, et lui meme, CAmeron, en est la premiere victime. Il nous montre sans le savoir la voie de notre sacrifice a venir... Henorme !...
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Shunt le 12 Fév 2010, 10:32

Dr Renard a écrit:
Shunt a écrit:Ca vaut aussi pour certaines émissions TV. Je vous recommande notamment l'excellente analyse ce mois-ci dans "Technikart" de l'émission "En terre inconnue" de France 2. Pour ceux qui ne connaissent, c'est une émission qui plonge un "people" au sein de tribus ou de peuplades exotiques, présentées comme "pures", "sages", "en osmose avec la nature". Les mecs de "Technikart" appelle ça la "Télé Banania" parce que son apparente bien-pensance dissimule la plus grossière idéologie colonialiste.

Oui, le bon sauvage.
Pourtant j'adore regarder cette émission.


Moi, elle me met très mal à l'aise. Peut-être parce que - déformation professionnelle oblige - j'y vois toutes les grosses ficelles. Je devine l'importance du staff technique derrière, la planification du tournage en un nombre de jours restreint, le matos déployé pour certaines prises de vue (hélico, grue, plusieurs caméras, donc régie), et je ne parviens pas à croire à l'authenticité de ce qu'on nous montre. Une vraie rencontre n'est ni planifiée, ni mise en scène.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Silverwitch le 12 Fév 2010, 15:42

Shunt a écrit:C'est toujours intéressant de psychanaliser les oeuvres, d'étudier leur inconscient. Je pense effectivement que Cameron est un type armé des meilleures intentions. Il est juste le reflet de préjugés, d'a priori, d'une idéologie. Il n'a pas forcément conscience lui-même de ce qu'il montre et sous-entend.

Ca vaut aussi pour certaines émissions TV. Je vous recommande notamment l'excellente analyse ce mois-ci dans "Technikart" de l'émission "En terre inconnue" de France 2. Pour ceux qui ne connaissent, c'est une émission qui plonge un "people" au sein de tribus ou de peuplades exotiques, présentées comme "pures", "sages", "en osmose avec la nature". Les mecs de "Technikart" appellent ça la "Télé Banania" parce que son apparente bien-pensance dissimule la plus grossière idéologie colonialiste.


Oui, j'imagine bien ! C'est que la question de ce qu'est une image, de son sens et de sa signification, est complexe. Devant toute image, on cherche plus ou moins consciemment, la vérité à travers ce qui est montré ou représenté. Chaque image prétend implicitement à la vérité, quand bien même nous savons qu'une image ne "prouve" rien, qu'elle est le fruit d'une sélection et d'une déformation.

En fait, il y a deux attitudes possibles devant une image, soit se concentrer sur ce qu'elle montre (une image est descriptive) soit sur ce qu'elle dit ou plus exactement démontre (rôle prescriptif). Devant une image, qu'elle soit cinématographique ou télévisuelle, il y a toujours cette hésitation: cette histoire est-elle singulière ou a-t-elle valeur d'exemple ? Or, nous voyons bien qu'une image est toujours plus ce qu'elle montre, mais qu'elle n'est jamais seulement ce qu'elle démontre. Un mauvais film est un film sans ambiguité qui enferme ce qui est montré dans un déterminisme total (un personnage ou un lieu ressemble toujours à ce qu'il doit être) ou bien réciproquement où le déterminisme prescrit un monde entièrement clos. Quand un film nous montre un "sauvage" idéal, entièrement conforme à l'idée que l'on se fait de l'Autre, de son exotisme, alors il y a un problème. Je qualifie cette image de "plate", dépourvue de profondeur, d'ambiguité ou plus spécifiquement de respiration.

Il n'y a d'art que s'il y a point de vue, c'est-à-dire une coordination entre ce qu'une image donne à voir et à ce qu'elle est, c'est-à-dire un assemblage de taches colorées. Mais il ne suffit pas qu'il y ait un point de vue, pour qu'il y ait art. Une des propriétés des image (télévisuelles ou cinématographiques), c'est qu'il y avait (tout change) toujours une trace résiduelle de réalité: c'est pour de vrai ce que nous voyons.

Et c'est le fait que les images produisent du vrai avec du faux qui distille le doute devant les images. Ce vrai obtenu avec du faux, dans quel but ? Cette image à la fois singulière (un récit unique) et édifiante (délivrant un message général), ne reflète-t-il pas ou pire encore ne propage-t-il pas des modèles ? On en revient alors au point de départ, s'il reflète c'est de manière largement inconsciente et s'il propage, c'est la propagande. Si l'on ajoute enfin que le cinéma hollywoodien joue sur une fausse ambiguité, un détachement qui transforme chaque image en image-caméléon, qui prend la couleur politique qu'on veut bien lui prêter, on se rend compte à quel point une simple image pose des questions insolubles.

Je crois (parce que devant les images, il y a toujours un rapport de croyance), que l'image cinématographique est un double du Monde, soit qu'une image nous permet de re-connaître ce que nous avions déjà vu, nous avons besoin d'une médiatisation, d'une distance, d'un décentrement du point de vue pour que les choses soient vraiment vécues et comprises. Mais cette propriété est insuffisante, une image a besoin d'un support. Et ce support, c'est le Monde. D'où le gouffre qui sépare "Le Nouveau Monde" de Terrence Malick, d'un film comme "Avatar" de James Cameron. Chez le premier, il faut éprouver le Monde dans sa beauté et dans sa complexité, d'où la relativité des points de vue, d'où le lent apprivoisement de coutumes et l'attention portée aux autres; quand dans le film du second, le monde des Navis est dépourvu d'épaisseur, de réalité, il ne s'y passe rien, parce que c'est une culture virtuelle, abstraite, c'est quelque chose qui a toujours été là, jamais étranger. Chez Malick, le Monde même nous regarde, il fait monde.

Chez Cameron, ou bien j'imagine dans l'émission que tu cites, il n'y a pas de Monde. Je ne sais pas trop comment l'expliquer clairement: c'est comme si le spectateur était une maison, alors que chez Malick elle ouvre sur le monde, dans un mauvais film, le regard du spectateur tient lieu de Monde. C'est une biosphère personnelle et non commune. Il y a des images qui enferment, qui font écran, et des images qui ouvrent, sont des fenêtres vers un monde plus vaste. D'autres réduisent le monde à un pot de fleurs, à un parfum de synthèse.

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede von Rauffenstein le 12 Fév 2010, 16:01

Je vais être obligé de me taper Avatar ce soir. Ça fait mal aux yeux cette connerie ?
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Messagede Né quelque part le 12 Fév 2010, 16:30

von Rauffenstein a écrit:Je vais être obligé de me taper Avatar ce soir. Ça fait mal aux yeux cette connerie ?


Tu vas voir un film de propagande ! :eek:

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Cortese le 12 Fév 2010, 16:59

Né quelque part a écrit:
von Rauffenstein a écrit:Je vais être obligé de me taper Avatar ce soir. Ça fait mal aux yeux cette connerie ?


Tu vas voir un film de propagande ! :eek:

ORDURE ! :evil:


:lol:
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede von Rauffenstein le 12 Fév 2010, 17:46

Né quelque part a écrit:
von Rauffenstein a écrit:Je vais être obligé de me taper Avatar ce soir. Ça fait mal aux yeux cette connerie ?


Tu vas voir un film de propagande ! :eek:

ORDURE ! :evil:

et fier de l'être. :o
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Messagede lovecraft le 12 Fév 2010, 18:28

Bon tout le monde a dit que c'était un film nul, mais je vais assumer, je me suis mis cet après-midi 10 000 BC et même si c'est une abération niveau historique, que l'histoire n'est qu'un pretexte à de belles images (surtout en BD), ca se laisse regarder sans autre prétention que de divertir.

Sinon petite question, ayant plutôt bien aimé 300 et Sin City de Franck Miller, y'a The Spirit (qui a la même jacquette que Sin City pratiquement) qui me tente, mais je ne connais pas du tout, cela vaut-il le coup, ou je passe mon chemin ?
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede von Rauffenstein le 12 Fév 2010, 20:41

lovecraft a écrit:Bon tout le monde a dit que c'était un film nul, mais je vais assumer, je me suis mis cet après-midi 10 000 BC et même si c'est une abération niveau historique, que l'histoire n'est qu'un pretexte à de belles images (surtout en BD), ca se laisse regarder sans autre prétention que de divertir.

Sinon petite question, ayant plutôt bien aimé 300 et Sin City de Franck Miller, y'a The Spirit (qui a la même jacquette que Sin City pratiquement) qui me tente, mais je ne connais pas du tout, cela vaut-il le coup, ou je passe mon chemin ?

On se fait un marathon Police Academy ?
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede lovecraft le 12 Fév 2010, 20:47

von Rauffenstein a écrit:On se fait un marathon Police Academy ?


Pas de problème j'ai le coffret intégral :10:

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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede von Rauffenstein le 13 Fév 2010, 03:14

lovecraft a écrit:
von Rauffenstein a écrit:On se fait un marathon Police Academy ?


Pas de problème j'ai le coffret intégral :10:

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:lol: :lol: :lol: :good :10: :o
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede von Rauffenstein le 13 Fév 2010, 03:21

Bon, sinon, j'ai vu Avatar. Je vous en parlerai demain.

Juste une chose, les sous titres en langue de sauvage là, c'est abusé. La police Papyrus, c'est un peu dépassé, comme on dit. Z'avaient plus les moyens de se payer un designer pour les sous titres ?

Sinon, l'effet 3 D est quand même impressionnant. Surtout la bande annonce d'Alice au pays des merveilles :D . J'ai cru que le chat allait m'arriver sur les genoux ! :eek:
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Rainier le 13 Fév 2010, 15:57

De nombreux Kubrick en vente à 7Euros le DVD dans mon Carrefour local : Spartacus, 2001, Orange Mecanique, the Shining, Full Metal ...

J'ai acheté Spartacus que j'ai pas vu depuis ...30 ou 40 ans mais par contre j'aurais bien aimé trouver les premiers films de Kubrick : le baiser du tueur, Ultime razzia .. :?
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Cortese le 16 Fév 2010, 12:29

Hier, dans une salle d'attente, je suis tombé sur un numéro de décembre des Inrockuptibles. Il y avait la critique d'"Avatar". J'avoue que ça bien fait marrer :

http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-a ... e-cameron/

Extraits :

Douze ans après Titanic, Cameron rejoue la conquête de l’Amérique, mais sur le mode inverse. Non plus du point de vue, gonflé à bloc, des conquérants, mais de celui de la popu­lation amérindienne génocidée. Et le film prend fait et cause pour ces indigènes qui défendent leur territoire. Là-dessus, Cameron ajoute d’autres couches d’images puisées dans la culpabilité militaire américaine. La première attaque massive contre les Navis se fait par les airs. Les vaisseaux spatiaux américains déversent sur la forêt une substance inflammable qui carbonise instantanément la forêt, et c’est toute l’imagerie du Vietnam (napalm, incendies…) qui ressurgit.



Enfin, un immense arbre totem, dans lequel vivaient les Navis, s’effondre au ralenti, écrasant dans sa chute la population, et reproduisant avec beaucoup de soin la chute du World Trade Center. C’est le renversement le plus troublant d’Avatar : faire endosser à l’armée américaine la responsabilité du 11 Septembre. Le film est traversé par une honte profonde, exprimée avec une colère éloquente, celle d’être un Américain, et au-delà, culpabilité écologique aidant, celle d’être un humain.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede redmatt17 le 16 Fév 2010, 13:33

Donnie Darko. Pas compris grand chose.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede 1er tigre le 16 Fév 2010, 14:06

Cortese a écrit:Hier, dans une salle d'attente, je suis tombé sur un numéro de décembre des Inrockuptibles. Il y avait la critique d'"Avatar". J'avoue que ça bien fait marrer :

http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-a ... e-cameron/

Extraits :

Douze ans après Titanic, Cameron rejoue la conquête de l’Amérique, mais sur le mode inverse. Non plus du point de vue, gonflé à bloc, des conquérants, mais de celui de la popu­lation amérindienne génocidée. Et le film prend fait et cause pour ces indigènes qui défendent leur territoire. Là-dessus, Cameron ajoute d’autres couches d’images puisées dans la culpabilité militaire américaine. La première attaque massive contre les Navis se fait par les airs. Les vaisseaux spatiaux américains déversent sur la forêt une substance inflammable qui carbonise instantanément la forêt, et c’est toute l’imagerie du Vietnam (napalm, incendies…) qui ressurgit.



Enfin, un immense arbre totem, dans lequel vivaient les Navis, s’effondre au ralenti, écrasant dans sa chute la population, et reproduisant avec beaucoup de soin la chute du World Trade Center. C’est le renversement le plus troublant d’Avatar : faire endosser à l’armée américaine la responsabilité du 11 Septembre. Le film est traversé par une honte profonde, exprimée avec une colère éloquente, celle d’être un Américain, et au-delà, culpabilité écologique aidant, celle d’être un humain.

Encore un qui n'a pas compris que c'était un film de propagande. :D
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede B.Verkiler le 16 Fév 2010, 14:29

Ca c'est sûr que tu en trouveras beaucoup.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Cortese le 16 Fév 2010, 14:31

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede 1er tigre le 16 Fév 2010, 14:33

B.Verkiler a écrit:Ca c'est sûr que tu en trouveras beaucoup.

Normal, la lecture et l'interprétation d'un film, ça reste très personnel.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Aiello le 16 Fév 2010, 14:56

Olala... Ce week-end j'ai vu I Love You Philip Morris. J'aurais pas dû. :roll: :D
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Cortese le 16 Fév 2010, 15:12

1er tigre a écrit:
B.Verkiler a écrit:Ca c'est sûr que tu en trouveras beaucoup.

Normal, la lecture et l'interprétation d'un film, ça reste très personnel.


Oui, mais enfin parfois c'est difficile de ne pas voir un nez au milieu d'une figure.
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede 1er tigre le 16 Fév 2010, 15:16

Cortese a écrit:
1er tigre a écrit:
B.Verkiler a écrit:Ca c'est sûr que tu en trouveras beaucoup.

Normal, la lecture et l'interprétation d'un film, ça reste très personnel.


Oui, mais enfin parfois c'est difficile de ne pas voir un nez au milieu d'une figure.

Bien sûr. Seulement quand je lis les critiques et les avis sur les films (que ce soit avatar ou autre) je vois que les critiques ne sont pas d'accord entre eux sur l'interprétation de différentes oeuvres. C'est pareil avec Silverwitch et toi. C'est pareil avec tout le monde.
Mais va faire reconnaître ça à certains...
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Re: La séquence du spectateur - TOPIC CINEMA

Messagede Alzam le 16 Fév 2010, 15:21

1er tigre a écrit:
Cortese a écrit:Hier, dans une salle d'attente, je suis tombé sur un numéro de décembre des Inrockuptibles. Il y avait la critique d'"Avatar". J'avoue que ça bien fait marrer :

http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-a ... e-cameron/

Extraits :

Douze ans après Titanic, Cameron rejoue la conquête de l’Amérique, mais sur le mode inverse. Non plus du point de vue, gonflé à bloc, des conquérants, mais de celui de la popu­lation amérindienne génocidée. Et le film prend fait et cause pour ces indigènes qui défendent leur territoire. Là-dessus, Cameron ajoute d’autres couches d’images puisées dans la culpabilité militaire américaine. La première attaque massive contre les Navis se fait par les airs. Les vaisseaux spatiaux américains déversent sur la forêt une substance inflammable qui carbonise instantanément la forêt, et c’est toute l’imagerie du Vietnam (napalm, incendies…) qui ressurgit.



Enfin, un immense arbre totem, dans lequel vivaient les Navis, s’effondre au ralenti, écrasant dans sa chute la population, et reproduisant avec beaucoup de soin la chute du World Trade Center. C’est le renversement le plus troublant d’Avatar : faire endosser à l’armée américaine la responsabilité du 11 Septembre. Le film est traversé par une honte profonde, exprimée avec une colère éloquente, celle d’être un Américain, et au-delà, culpabilité écologique aidant, celle d’être un humain.

Encore un qui n'a pas compris que c'était un film de propagande. :D



J'avoue que je n'ai sans doute pas adoré... c'est avant tout voulu comme un film de divertissement hein.
Mais c'est bien fait.
Et il n'y a guère que quelques êtres restés au fond de leur caverne ici trop longtemps pour ne pas avoir compris que les "Indiens" sont loin d'avoir disparu de "toutes les réserves" où on essaie de les maintenir ou de les faire disparaître.
Le film de Cameron a l'immense mérite de faire émerger cette situation pour un grand public qui heureusement aujourd'hui ne gobe les grandes propagandes qu'on lui déversait encore il y a quelques décennies.
Si Avatar n'explore pas comme l'ont très bien compris mes élèves de 4ème ou 3ème la culpabilité des occidentaux dans les génocides perpétrés aux 4 coins de la planète... si personne ne voit dans les ressources de la forêt navi celles sur lesquelles lorgnent américains ou occidentaux et qui sont à l'origine des conflits que nous découvrons avec horreur aujourd'hui...
C'est que nos "élites" :lol: ont beaucouop à apprendre de l'oeil neuf de certains ados auxquels heureusement on fait de moins en moins bouffer au cinéma le mythe du bon blanc et du sauvage à mater pour mieux "l'éduquer" (pendant qu'on fouille dans sa poche pour voir ce que l'on peut lui retirer pour paiement de notre acte missionnaire".
"Toute vérité franchit trois étapes: d'abord elle est ridiculisée; ensuite elle subit une violente opposition; puis elle est acceptée comme ayant toujours été une évidence." Schopenhauer
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