Xave a écrit:Pour moi, Lynch, c'est à la limite entre le cinéma narratif (ça ne l'est d'ailleurs plus beaucoup) et l'art contemporain. ça a un côté abstrait déroutant pour celui qui veut le juger selon une grille de lecture classique.
C'est exact. Mais le cinéma de David Lynch reste du cinéma classique et non pas du cinéma expérimental ou abstrait, son film raconte bien une histoire avec des personnages.
Xave a écrit:Je les vois et les apprécie plus comme une expérience cinématographique et/ou une oeuvre artistique que comme des films au sens habituel du terme.
C'est sans doute pour cela que toi, au sens purement cinéma, tu les trouves mauvais, mais que moi, au sens "art visuel et sonore utilisant le medium cinéma" en quelque sorte, je les trouve très forts.
Oui et non. Je suis d'accord avec toi (ou avec Lo) pour apprécier les qualités esthétiques que l'on peut trouver dans certains plans, certaines séquences ou trouvailles cinématographiques. Ce qui pose problème, c'est qu'une forme n'existe pas sans relation avec un fond, les deux sont liés. On ne peut jusqu'à aujourd'hui oblitérer la réalité entièrement comme a pu faire l'art contemporain. C'est-à-dire qu'un plan représente toujours quelque chose. Tu peux trouver que tel ou tel plan chez Lynch est poétique, grisant, émouvant, pour autant, il est concret: il filme quelque chose.
Xave a écrit:Il n'y a pas une bonne et une mauvaise façon de les voir mais bien deux manières de les percevoir différentes.
Il faut s'entendre sur la notion de valeur. Pourquoi les films de David Lynch seraient-ils bons ? Je ne dis pas qu'il est interdit de les apprécier, mais qu'il faut les remettre dans un contexte, celui du cinéma, pour apprécier la valeur des idées esthétiques et narratives de ses films. Je ne constate pas vraiment de plus value chez lui, sinon sur quelques aspects épars.
Mais je le répète: chaque film contient une vision implicite du monde. Pourquoi David Lynch choisit-il de filmer ce qu'il filme, de montrer ce qu'il montre, de raconter telle histoire plutôt que telle autre, voilà des questions qui doivent être posées. Sinon, il y a un risque, c'est que la vision du monde s'infiltre en nous inconsciemment. Tout art de la représentation est concerné.
Rien ne t'interdit par exemple d'apprécier des qualités esthétiques d'une publicité filmée. Pour autant, il faut bien garder à l'esprit que c'est une publicité. Pour prendre un autre exemple cinématographique qui illustre mon propos, quand Wong Kar Wai filme un couple au ralenti qui descend s'acheter des nouilles, on peut trouver ça très beau, voire poétique. Pour autant, il importe de se poser la question de la chose représentée et de sa valeur. Si tu remplaces l'exotisme par une réalité plus triviale, par exemple un français filmé au ralenti en train de s'acheter son sandwich jambon-beurre, tu perçois que la mise en scène a une signification implicite. Et tu peux aussi t'interroger sur la manière de représenter cette action. Dans le cas de Wong Kar Wai, c'est une grandiloquence certaine, c'est-à-dire une disproportion involontairement comique de la chose représentée.
De même quand David Lynch filme un couple faisant l'amour à la lumière des phares de voiture, ce n'est pas innocent. Cela dit quelque chose.
Silverwitch