de Shunt le 16 Nov 2009, 16:12
Bon je vais me faire l'avocat du "Dahlia Noir", ou plutôt de Brian De Palma.
Primo, je trouve que c'est une adaptation très fidèle au bouquin d'Ellroy et à l'univers d'Ellroy. L'ambiance est plutôt bien restituée, avec des idées intéressantes de mise en scène, notamment la séquence de la fusillade qui précède la découverte du corps mutilé et ce plan aérien qui dévoile l'horreur "hors-champ" (qu'y at-il en dehors du champ de la camera, au-delà de notre champ de vision limité, quelle réalité, c'est la question centrale des films de De Palma).
Les problèmes de scénario du "Dahlia Noir" sont en fait ceux du bouquin. Dans le bouquin, il faut se fader 100 pages sur la boxe et l'histoire de deux flics copains et rivaux, avant d'entrer dans le vif du sujet. L'issue de l'intrigue est aussi un brin guignolesque et décevante. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai toujours préféré au "Dahlia Noir", d'autres bouquins d'Ellroy comme "Le Grand Nulle Part", "White Jazz" et même "LA Confidential" (dont Curtis Hanson a pas remanié l'intrigue, pas forcément dans le bon sens d'ailleurs, puisque la fin est particulièrement ratée).
Le vrai souci du film, pour moi en fait, c'est Josh Hartnett. "Le Dahlia Noir", c'est avant tout l'histoire d'un flic à la dérive en proie à ses démons, à ses obsessions, à des fantasmes limite nécrophiles. C'est ce que Brian De Palma a pigé dans son adaptation, avec un lecture presque "situationniste" de la société du spectacle qui offre une sorte de mise en abime du cinéma hollywoodien. Sauf qu'il n'a pas l'acteur qui convient. Autant le reste du casting fonctionne (Eckhart, Johansson, Swank), autant Hartnett n'est pas crédible en flic bourru et hanté. Bucky Bleichert est un personnage beaucoup trop complexe et paradoxal pour lui. Car c'est à la fois un naïf, un peu bonnard, et un mec hyper sombre qui découvre au fil de l'enquête ses penchants les plus primaires... son inconscient en quelque sorte. Or, pour exprimer cela, il faut autre chose qu'une endive post-adolescente et monexpressive. Hartnett tue le film, parce qu'une grande partie du film reposait sur son personnage, donc sur son interprétation. De ce que je sais, Hartnett avait déjà été casté avant que De Palma récupère le bébé (dont Fincher devait signer la réalisation).
Autant je trouve que De Palma s'est troué sur pas mal de films récents ("Mission to Mars", "Snake Eyes" qui commence très bien mais finit en eau de boudin, "Redacted", ambitieux mais bâclé et raté), autant je trouve que le "Dahlia Noir" reste un bon film, sans doute la meilleure adptation d'Ellroy à ce jour, parce que De Palma en a parfaitement saisi l'esprit. Avec un autre acteur que cette quiche d'Hartnett, ç'eut pu être un chef d'oeuvre.